La Ville de l'harmonie

Les années passent, mais le maire Tremblay ne change pas. Toujours le même insupportable jovialisme.

Au début des années 1990, alors que le Canada tout entier traversait sa pire crise économique en quarante ans, le ministre de l'Industrie et du Commerce dans le gouvernement de Robert Bourassa avait lancé: «Dites à vos lecteurs que ça va bien. Pourquoi ne diriez-vous pas à vos lecteurs que ça va bien?»

Le taux de chômage atteignait les 11 % au Québec et le Conference Board ne prévoyait aucune reprise avant deux ans, mais rien ne pouvait ébranler l'optimisme de M. Tremblay. «La crise que nous traversons est riche de défis et de solutions.» On devrait dire cela aux Grecs!

De passage au Devoir hier matin, à l'occasion du dixième anniversaire de son élection à la mairie, il a été égal à lui-même. «Montréal est la métropole qui a le mieux passé à travers la crise en Amérique du Nord», a-t-il soutenu. Et on n'a encore rien vu. En l'entendant compter les grues et énumérer les merveilles à venir, on croyait presque entendre le premier ministre Charest parler du Plan Nord.

Mieux encore, «c'est la ville où il y a le plus d'harmonie au monde». Que toutes ces villes de Scandinavie, qui croient avoir découvert la recette du bonheur, se le tiennent pour dit: Montréal est la capitale mondiale de l'harmonie. C'est qu'il a vraiment l'air d'y croire!

Les Montréalais sont bien ingrats, à en croire le dernier sondage Léger Marketing-Le Journal de Montréal, selon lequel 63 % estiment que M. Tremblay a fait un mauvais travail à la mairie. Il n'est cependant pas du genre à blâmer ses administrés. Cette mauvaise perception résulterait simplement d'un problème de communication. Qu'à cela ne tienne, «je me lève le matin et je vois l'espoir», dit-il. Heureux homme!

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Son humeur s'est un peu assombrie quand on a abordé la question de la corruption. La dernière visite de M. Tremblay au Devoir remontait à octobre 2009, deux semaines avant l'élection du 1er novembre. Il avait surpris tout le monde autour de la table en déclarant qu'il avait toujours été au courant de ces magouilles, alors qu'il affirmait le contraire depuis des mois.

Hier, il ne voulait plus revenir sur le sujet. Pourquoi se désoler du passé alors que l'avenir est si prometteur? À l'entendre, aucune administration municipale n'a fait davantage que la sienne à ce chapitre. C'est à se demander pourquoi le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, a senti le besoin de dépêcher les policiers de l'UPAC à l'Hôtel de Ville sans même l'avertir.

Malheureusement, des communications déficientes empêchent encore la population d'apprécier pleinement le travail de M. Tremblay. Comment expliquer autrement que 61 % des Montréalais jugent aussi sévèrement ses efforts pour lutter contre la corruption? Pourtant, la belle brochure publicitaire publiée par Union Montréal, dont il nous a chaudement recommandé la lecture, est complètement muette sur le sujet.

Là où le maire a réellement eu du mal à contenir son exaspération, c'est quand le nom de son homologue de Québec a fait irruption dans la discussion. Clairement, il n'en peut plus d'entendre chanter les louanges de Régis Labeaume. C'est tellement facile de jouer au marchand de rêves quand on n'a pas de problèmes à régler ou si peu, n'est-ce pas?

Pour les «indignés» de Montréal, sa volonté de se démarquer du petit Napoléon de Québec est plutôt une bonne nouvelle. À moins d'un incident malheureux, M. Tremblay semble tout disposé à se montrer patient. «Je ne veux pas être en contradiction avec mes valeurs», dit-il. À Québec, on peut se montrer intolérant, mais être le maire de la capitale mondiale de l'harmonie comporte certaines obligations.

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À deux ans de la prochaine élection, il est beaucoup trop tôt pour annoncer s'il sollicitera un quatrième mandat ou non, mais il se garde bien d'avoir l'air d'un homme qui s'apprête à prendre sa retraite.

Le sondage de Léger Marketing, qui le crédite de seulement 17 % des intentions de vote, derrière Richard Bergeron (27 %) et Louise Harel (26 %), n'est pas très encourageant, mais M. Tremblay a encore du temps devant lui. À trois jours de l'élection de novembre 2009, les sondages le plaçaient également troisième, même si la lutte était plus serrée. Plusieurs avaient été surpris de le voir se sauver avec la victoire.

Après trois mandats consécutifs, un lourd bilan en matière d'éthique et un taux d'insatisfaction chronique, M. Tremblay se retrouve dans une situation très semblable à celle de Jean Charest, qui ne donne pas davantage l'impression de vouloir partir.

Avec son franc-parler, Denis Coderre joue le rôle de François Legault. Quand on leur demande qui ferait le meilleur maire, le député fédéral de Bourassa est de loin le favori des Montréalais, qu'ils soient francophones, anglophones ou allophones. À quand la formation de la Coalition pour l'avenir de Montréal (CAM)? Qui pourrait incarner mieux que M. Coderre cette belle harmonie qui caractérise la métropole?

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4 commentaires
  • Jeannot Duchesne - Inscrit 8 novembre 2011 07 h 19

    C'est le nombre de grues qui fait que Montréal est harmonieuse?

    Sa retraite approche, c'est peut-être pour cela qu.il se dépêche à devancer la construction de l'autoroute Bonaventure sans connaître le projet du pont Champlain. Est-ce un dernier service qu'il rend à ses amis? Est-ce un cadeau empoisonné qu'il veut laisser à ceux qui le suivront? C'est probablement les deux en même temps.

    Une ville à la hauteur de la politique, de la petite politique.

  • François Dugal - Inscrit 8 novembre 2011 08 h 05

    Mme la marquise

    Tout va très bien, madame la marquise,
    Tout va très bien, tout va très bien.

  • Jean Richard - Abonné 8 novembre 2011 08 h 57

    CAM ou BM ?

    Dommage que le Bloc Québécois se soit un peu effondré car c'est lui plus que le futur parti de François Legault qui devrait inspirer les Montréalais.

    Les villes sont en état d'éternelle dépendance face au gouvernement du Québec. Or, le gouvernement du Québec, très provincial dans ses politiques urbaines, ne reconnaît pas le statut de métropole qui revient à Montréal. Et tant que ce gouvernement sera dirigé en alternance par le PQ et le PLQ, rien n'y changera. Pour le PLQ, Montréal est un acquis et pour le PQ, c'est une cause perdue. Alors, dans les deux cas, il vaut mieux faire le plein de vote en province et quand on vise la province, vaut mieux ne pas avoir l'air de trop en donner à Montréal.

    Le Bloc Québécois s'était donné comme rôle celui d'être le chien de garde du Québec à Ottawa. Ne faudrait-il pas un Bloc Montréalais qui fasse la même chose à Québec ?

    Parallèlement à une représentation plus musclée de la métropole à Québec, Montréal a besoin d'une administration plus indépendante et non pas des rejetons du PQ ou du PLQ.

  • Jean Martinez - Inscrit 8 novembre 2011 09 h 08

    Il ne voit rien

    Même si la mafia a pris le contrôle de la ville de Montréal, le maire Tremblay ne voit rien et ne sait rien. Pas étonnant qu'il soit si jovial. Mais nous, nous voyons et nous savons qui il est vraiment, et il peut être assuré qu'il n'aura pas notre vote...