Le ciel sur la tête

À l'automne 1987, le ciel était tombé sur la tête de Pierre Marc Johnson quand on avait appris que Gérald Godin avait invité Jacques Parizeau à s'adresser à ses militants de Mercier. Quelques jours plus tard, moins de cinq mois après un congrès qui avait consacré son leadership, M. Johnson démissionnait.

Coïncidence, alors que Pauline Marois fait face à une fronde de ses députés, Gilles Duceppe sera dimanche conférencier à un brunch de financement organisé par l'association de Richelieu, qui est représentée à l'Assemblée nationale par Sylvain Simard, qu'Yves Michaud a déjà qualifié de «quémandeur de maroquin aux loyautés successives». Dans les circonstances, il était presque sadique d'y inviter aussi Mme Marois.

C'est un secret de Polichinelle que M. Simard souhaite la venue au PQ de l'ancien chef du Bloc québécois. Quand André Boisclair avait démissionné, en 2007, il avait été le premier, presque le seul, à lui offrir la couronne. Quand il avait déclaré forfait, M. Simard s'était empressé de retourner sa veste et, à la surprise générale, il avait réussi à rentrer en grâce. En septembre dernier, il avait déclaré au Sorel Tracy Express que Mme Marois pouvait compter sur sa totale loyauté. «Pauvre Pauline», avait aussitôt commenté un de ses anciens collègues.

En réaction à la manchette de La Presse d'hier, selon laquelle plusieurs députés veulent la voir quitter son poste avant la fin de l'année, Mme Marois a assuré qu'elle serait toujours là aux prochaines élections. À moins de démissionner sur-le-champ, que pouvait-elle dire d'autre?

La chef péquiste n'est pas tombée de la dernière pluie. Elle connaît parfaitement le parti au sein duquel elle milite depuis plus de trente ans. Peu importe le vote de confiance massif d'avril dernier, elle ne pourra pas tenir. Au moment de mettre cette chronique sous presse, le caucus des députés était toujours réuni à huis clos pour la troisième fois de la journée.

Dans l'état actuel des finances du PQ, il était franchement indécent de vouloir investir 200 000 $ dans une campagne publicitaire pour la réhabiliter dans l'opinion publique. L'exécutif du parti ne pouvait pas avoir une meilleure preuve que son cas est désespéré.

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À tort ou à raison, Mme Marois a toujours été soupçonnée de vouloir être la première femme élue première ministre du Québec plutôt que de réaliser la souveraineté. La crise provoquée par le projet de loi 204 sur l'amphithéâtre de Québec et, encore cette semaine, son positionnement ambigu sur le règlement de placement dans la construction ont également confirmé les doutes sur son jugement politique.

Plusieurs de ceux qui réclament aujourd'hui sa tête se seraient cependant accommodés volontiers de sa «gouvernance souverainiste» si leurs chances de réélection avaient été meilleures.

Dans l'immédiat, son départ aurait pour effet de ramener au bercail les quatre députés démissionnaires de juin dernier. Cela n'aurait peut-être pas d'impact immédiat sur les chiffres des sondages, mais l'effet sur le moral des troupes serait certainement positif.

Il n'est pas étonnant que tous les yeux se tournent maintenant vers M. Duceppe, même s'il a conduit le Bloc au désastre en mai dernier et qu'il n'est pas plus pressé de tenir un référendum que Mme Marois. Un sondage CROP réalisé à la mi-septembre indiquait qu'il était de très loin le plus apte à sauver les meubles. Pour le moment, c'est tout ce qui compte.

À l'époque, le PQ était crédité de 28 % des intentions de vote sous la direction de Mme Marois ou de Bernard Drainville, de 32 % avec Pierre Curzi et de 45 % avec Gilles Duceppe. Le sondage ne tentait pas de mesurer l'effet François Legault, mais le sort du PQ serait vraisemblablement plus enviable avec l'ancien chef du Bloc, même avec l'entrée en scène de son nouveau parti.

Sans regretter leur appui au Nouveau Parti démocratique le 2 mai dernier, bon nombre de Québécois pensent que M. Duceppe lui-même méritait un meilleur sort et seraient sans doute trop heureux de faire amende honorable.

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En 2007, la perspective de voir M. Duceppe et son entourage débarquer à Québec faisait frissonner les députés péquistes, qui craignaient les méthodes autoritaires qu'il avait appliquées à Ottawa.

Aujourd'hui encore, plusieurs appréhendent sa venue, mais cette inquiétude est moins forte que la peur de disparaître. André Boisclair avait laissé le PQ en triste état, mais le sentiment d'urgence est encore plus fort aujourd'hui.

S'il n'est pas effrayé par la possibilité de conduire un autre parti à l'abattoir, M. Duceppe ne sera pas seul sur les rangs. Pierre Curzi a déjà déclaré qu'il serait de la partie si Mme Marois la quittait. Bernard Drainville tentera sans doute sa chance et Jean-Martin Aussant pourrait être le candidat des impatients.

On ne demandera pas la lune au prochain chef. Dans l'état désespéré où se trouve le PQ, lui conserver son statut d'opposition officielle serait déjà un exploit. À première vue, il semble condamné à assurer un long et ingrat intérim, mais qui peut savoir de quoi l'avenir sera fait?

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