Canada appelle Québec

Il y a quelques semaines, j'ai soutenu dans ces pages que la thèse selon laquelle M. Stephen Harper a fait une croix sur le Québec était farfelue, et ce, même s'il a obtenu son gouvernement majoritaire grâce à tout ce qui se trouve à l'extérieur du Québec. Comme par hasard, le lendemain, le premier ministre annonçait que son gouvernement allait indemniser le Québec pour avoir harmonisé sa TVQ avec la TPS — une promesse électorale. Ensuite, il a promis la construction d'un nouveau pont Champlain — un engagement que les autres partis politiques avaient fait pendant la campagne électorale.

Dans la foulée de ces annonces, certains observateurs nous ont mis en garde contre la tentation d'interpréter ces gestes comme le début d'une nouvelle opération de charme des conservateurs dirigée vers le Québec. En particulier, ils ont insisté sur le fait que le gouvernement conservateur s'évertue à renforcer les liens du Canada avec la reine qui, en dépit du fait qu'elle est installée à Londres, est quand même le chef d'État du Canada, conformément à la Constitution de 1867.

Personnellement, je pense que ces mouvements sont inutiles et peu judicieux. Cela dit, personne n'aurait dû s'étonner de voir le gouvernement Harper courtiser ses partisans ailleurs qu'au Québec, étant donné le poids décroissant de cette province au sein de la fédération.

Ce déclin s'explique en partie par les changements démographiques et les tendances de migration. Fait plus important encore, les résultats de l'élection de 2011 ont montré que les conservateurs peuvent former un gouvernement majoritaire en le constituant presque complètement sans le concours du Québec. Ces tendances se poursuivront et se refléteront bientôt à la Chambre des communes, bien que des rumeurs suggèrent que la représentation du Québec ne diminuera pas aussi radicalement qu'on le prédisait.

Malgré tout cela, la stratégie québécoise adoptée à la suite de la défaite de l'accord du lac Meech doit être remplacée. Voter pour le Bloc québécois servait à indiquer au reste du pays que les choses ne se passaient pas comme à l'habitude. Que même s'il n'y avait pas de requête de divorce, il fallait faire chambre à part. Et que la relation souffrirait de quelques cicatrices.

Par exemple, pendant la campagne électorale de 2008, Yolande Brunelle — la conjointe de Gilles Duceppe — a expliqué dans un entretien avec Chantal Renaud publié dans La Semaine qu'en votant pour le Bloc québécois, le Québec «empêche chaque fois le Canada d'avoir un gouvernement majoritaire». Lors de l'élection de 2011, M. Harper a mis à mal cette stratégie.

Maintenant, un gouvernement majoritaire conservateur dont les bases se trouvent en Ontario et dans l'Ouest canadien a nommé un deuxième juge unilingue à la Cour suprême du Canada. Et ses contrats de construction navale ont été bien accueillis en Nouvelle-Écosse et en Colombie-Britannique.

Il est vrai que le dernier gouvernement majoritaire conservateur avait également nommé des juges unilingues. Cependant, le projet de construction navale de M. Harper est en net contraste avec le choix du gouvernement Mulroney d'accorder les contrats d'entretien des CF-18 à Montréal plutôt qu'à Winnipeg.

M. Harper a clairement tiré une leçon de cette expérience qui a été très mal accueillie dans l'Ouest canadien et a donné naissance au Parti réformiste. Pourtant, son parti continuera à chercher des votes au Québec et il convient d'observer par exemple que, selon Jean-Marc Léger, qui abordait cette question dans une chronique publiée hier dans Le Journal de Montréal, plus des trois quarts des Québécois estiment que les crimes ne sont pas suffisamment punis.

En même temps, le NPD essaiera de maintenir sa position d'opposition officielle à la Chambre des communes. En effet, il est probable que Thomas Mulcair ou Brian Topp dirigera le parti pour espérer devenir, peut-être, le prochain premier ministre du Canada. Même si M. Topp n'a pas vécu au Québec depuis 20 ans, ses liens avec la province sont plus forts que ceux qu'entretenait Jack Layton.

Pour que les Québécois profitent au maximum de cette situation, il va falloir former des alliances avec d'autres régions du pays. En d'autres termes, alors que le mouvement souverainiste n'est pas mort, dans l'immédiat, il faudra trouver une nouvelle approche pour traiter avec le reste du Canada.

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Norman Spector est chroniqueur politique pour le Globe and Mail
 
13 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 27 octobre 2011 02 h 32

    Tendez l'oreille Monsieur...

    Pour peu que vous tendiez l'oreille Monsieur, vous comprendrez que le mouvement souverainiste du Québec n'est ni mort, ni prêt de mourir.
    Mais bon, comment dire autrement que s'il n'y a pas plus sourd que celui qui ne veut rien entendre, il n'y a pas plus dynamique sapeur que celui qui convainc l'autre de son objectivité... ?
    Vivement le Québec et le Canada libres l'un de l'autre !

  • Roger Lapointe - Inscrit 27 octobre 2011 05 h 28

    Nouveau pont Champlain à péage.

    Ce sont uniquement les Québécois qui paieront pour la construction de ce nouveau pont international par le truchement du péage.Pas un cadeau pour le Québec.Harper va tout faire pour humilier ou ignorer le Québec comme la nomination du juge à la Cour suprême et du vérificateur général tous deux unilingue.Qu'en pensent tous les André Pratte du Québec soumis?

  • Gilles Bousquet - Inscrit 27 octobre 2011 07 h 02

    La croix sur le Canada ou pas

    Tant qu'il n'y aura pas une majorité de Québécois qui voudra sortir le Québec du Canada, les Québécois y seront soumis volontairement. En attendant, acceptons le sort que nous choisissons, à la place de frustrer inutilement, même si ça passe bien le temps.

  • François Dugal - Inscrit 27 octobre 2011 08 h 02

    Péage

    Le pont Champlain sera à péage: ses utilisateurs devront payer pour rester dans le «plusse meilleur» pays du monde.

  • Claude Kamps - Inscrit 27 octobre 2011 09 h 06

    Une comparaison de truand...

    Comparer le ont Champlain qui est un lien indispensable entre le reste du Canada et certainement du Québec avec l'île de Montréal et le pont de Windsor qui est un pont de transit entre le Canada et surtout l'Ontario et les USA est une fausse comparaison.

    Un sert pour la plupart du temps entre québécois et canadien et l'autre sert à 50% entre les USA et l’Ontario...

    Justifier le «péage» la forme d'impôt la plus anti-sociale qui date d'avant les romains d'un pont indispensable intérieur par le péage sur un pont transfrontalier est une méthode digne du moyen âge ....

    Juste pour vous faire remarquer aussi que le pont de Millau en France s'est construit en 3 ans....