Quel avenir?

L'avenir du français, bien sûr. Au Québec, évidemment. À Québec, de toute évidence. Le prochain Festival d'été de Québec (FEQ) consentira-t-il à inviter davantage d'artistes de langue française que lors du dernier Festival, qui n'a programmé que quatre soirs sur onze pour les francophones? Peu probable, selon Luci Tremblay, la responsable des communications du Festival, qui estime que le débat est clos.

En effet, la programmation du Festival est établie en fonction des jeunes qui aujourd'hui écoutent très majoritairement des groupes et des chanteurs anglophones. Nous sommes désormais dans la culture de l'offre et de la demande. Où est donc le problème? Au nom de quel principe viendrait-on imposer le français, langue dépassée et du passé, aux forces vives, donc jeunes, de la société de demain? Nous avons évolué du rêve collectif au pragmatisme juvénile. La seule façon de remplir les plaines d'Abraham, ce lieu du début de ce que nous sommes en train de devenir, c'est-à-dire l'ombre de nous-mêmes, c'est d'offrir au public à la pyramide d'âge inversée ce qui lui plaît, ce qui le comble, l'excite et l'émeut. En musique, cela s'écrit en anglais.

Il faudra bien reconnaître que les résistances culturelles des vieux de la Révolution tranquille ne se perpétuent pas à travers les jeunes de la mondialisation culturelle. Pire, dans l'esprit de plusieurs, le combat est d'arrière-garde, obsolète, anachronique. Mais alors, qui pourra nous expliquer comment les générations futures conserveront la langue pour laquelle tant de Canadiens français se sont battus afin d'assurer qu'elle survive? L'argument des autorités du FEQ s'appliquera demain au cinéma, au théâtre, à la littérature. Pourquoi ne pas écrire directement en anglais avec l'assurance d'être publié dans un monde de centaines de millions d'anglophones? Car n'oublions pas que la littérature en traduction a été réduite comme une peau de chagrin. Les films étrangers, sauf exception, rejoignent des publics cultivés, donc restreints. Pourquoi nos cinéastes de talent continueraient-ils à être les victimes de leurs convictions identitaires?

Nous avons fêté cette semaine le cinquantième anniversaire de la création de la Délégation générale du Québec à Paris, seule délégation québécoise au monde à avoir, grâce à Charles de Gaulle, les attributs d'une ambassade. Deux hommes au Québec ont compris la nécessité absolue d'assurer des liens étroits avec ce que l'on appelait à l'époque la mère patrie. Georges-Émile Lapalme et Paul Gérin-Lajoie furent des visionnaires et ils commandent l'admiration de tous. Ce dernier, ainsi qu'Odette Lapalme, fille du premier des ministres de la Culture du Québec, étaient présents mercredi au dîner du premier ministre français commémorant l'événement. Or, une partie des Québécois est aujourd'hui indifférente à cette réalité alors qu'une autre considère les liens avec la France comme une vieillerie à ranger au musée du nationalisme exacerbé d'hier. Les mondialistes sans frontières de même que les tenants radicaux de notre américanité considèrent comme folklorique d'entretenir des relations étroites avec la France, encore à ce jour pays de nos ancêtres et référence obligée de notre langue. Heureusement, cela n'est pas le cas du premier ministre Charest, qui s'est assuré depuis son premier mandat de maintenir ses liens et de les faire évoluer, quoi qu'en pensent ses détracteurs qui refusent de lui accorder quelque crédit que ce soit.

Méfions-nous de ceux qui tonitruent sur notre identité de citoyens du monde, de Nord-Américains surtout, et qui veulent nous couper de la France, devenue une puissance moyenne, certes, mais habitée par 60 millions de personnes qui parlent la même langue. Les références culturelles françaises ne nous sont pas étrangères. Nous revendiquons aussi Descartes, Voltaire et Flaubert. Il n'y a pas un pays au monde, à part la France, où l'on trouve un tel capital d'affection pour les Québécois. Le Québec laisse indifférents les Américains, les Anglais, les Russes, les Chinois, sauf pour le commerce. Toute tentative de nous couper de la France est une façon de nous détacher de nous-mêmes, de notre histoire, des sources de notre identité culturelle.

Le réflexe antifrançais que l'on retrouve encore chez nous, même parmi les jeunes, ressemble à s'y méprendre à une forme de mépris de nous-mêmes. On ne parle pas ici d'une obligation à aimer la France, son gouvernement, ses institutions et ses défauts d'aujourd'hui, mais à ne pas la considérer comme étrangère à ce que nous sommes devenus et à ce que nous avons été.

Le français n'est pas la langue de demain qui, soit dit en passant, ne sera peut-être plus l'anglais, mais le chinois ou le hindi, mais c'est notre langue. On peut évidemment décider de l'abandonner. Sans douleur mais non sans reniement de soi-même. À la malmener comme on le fait au quotidien, en ricanant devant ceux qui s'efforcent de la bien parler et en se comportant avec une insolence irresponsable à son égard, illustré par les responsables du FEQ. Les lendemains ne chanteront, hélas, qu'en anglais.

À vrai dire, l'attitude du FEQ qui veut prouver que le business, l'efficiency et le know how pour attirer les foules, donc le tourisme, sont déménagés de Montréal vers Québec démontre la tentation déculturante d'une société qui baisse les bras et entre de plain-pied dans le fatalisme de la nouvelle modernité sans frontières et sans repères. Une société allégée du poids de son histoire et de sa mémoire. Vers quel paysage culturel doit-on, alors, tourner notre regard pour y retrouver la justification de ce que l'on désigne du nom de société distincte?

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39 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 8 octobre 2011 07 h 00

    Et le présent?

    Madame Bombardier, vous avez certainement dû constater, comme plusieurs d'entre nous, qu'à la radio et à télévision française, surtout dans les jeux questionnaires les plus populaires, les Français/Françaises de tous âges connaissent beaucoup mieux que la moyenne des Québécois les vedettes anglaises et américaines, les groupes musicaux, les acteurs et chanteurs de l'Amérique anglophone et tout le vedettariat international.
    Faudrait-il que les organisateurs de tous les festivals se morfondent à quémander des subventions de l'État, ou certains d'entre eux ne pourraient-ils pas s'autofinancer.
    Mais encore plus important, on ne peut pas demander à nos jeunes, et même à nos aînés de ne pas se familiariser avec le monde qui les entoure qui est familier avec le Smartphone, le Apple Store, l'Androïd Market, le Ipad et le Iphone sans oublier tous les Wikileaks et Newsletter que diffuse également les quotidiens français.
    Les Québécois ne veulent pas se faire ragarder comme des "provinciaux" lorsqu'ils "débarqueront" à Paris à bord d'un transporteur Low Cost que leur aura offert comme Charter un Tour Operator parisien.

  • Normand Carrier - Abonné 8 octobre 2011 07 h 15

    A Québec c'est pas pareil ...

    Le festival d'été de Québec (FÉQ) se distingue depuis des années en favorisant et enrichissant des vedettes anglophones ... Que voulez-vous a Québec on parle business , faut faire avec la demande , on carbure a droite et on suit les radios poubelles ...... Donc dans cette ville a 97% francophone , on se fiche de la survie du francais et de l'impact sur la culture ......

    Dans la grande région de Montréal , le citoyens sont plus concients de la réalité et de l'omniprésece anglophone et cela se réflète dans l'élaboration des grands festivals malgré que le combat est très loin d'être gagné ......

    Pour les plus agés qui ont du se battre pour se faire servir et travailler en francais , il existe une sensibilisation qui nous rappelle notre fragilité et tous les dangers de vivre dans une amérique a 98% anglophone ..... Mais les nouvelles générations qui ont eu tous ces acquis sans se battre ne mesurent pas le danger de perdre leur langue , leur culture et leur identité qui sont les biens les plus précieux qu'une nation peut posséder ....

  • François Côté - Inscrit 8 octobre 2011 08 h 10

    La langue française

    Depuis le temps que l'on entend des chansons québécoises écrites en anglais par des francophones, on doit s'inquiéter de l'avenir du français au Québec. Lorsque qu'il est plus facile d'exprimer son âme dans une autre langue que celle que l'on prétend avoir, on ne l'a déjà plus.

  • Kimakt - Abonné 8 octobre 2011 08 h 40

    Quelle tristesse!

    Quelle tristesse en effet, madame Bombardier!
    Encore des "habitants" de la ville Québec complètement inconscients de la réalité de leur pays réel, le Québec, cette terre française (pour combien de temps?!) unique dans les amériques, mais qui, sans Montréal, sera réduit sous peu en peau de chagrin. Des gens insensibles, au surplus, à la situation précaire de leur plus grande richesse ("inter"-nationale celle-là!): la langue et la culture française, qui n'a rien à envier aux angles de toutes sortes! Comment peut-on être devenu aussi volage et/ou... amnésique?! "Je me souviens"... de quoi au juste...? De la "Belle Province"...?
    Il est fort agréable pour les citoyens de cette ville de se croire "le nombril" de la nation, et surtout bien facile de profiter, sans grand effort, de moults avantages ratachés au siège du gouvernement de ce "quelque chose comme un grand peuple" que nous sommes encore... Mais bientôt il n'y en aura plus de peuple autour de ce "nombril"! Niet! Trop tard!
    Malgré tout, je ne peux me résoudre à croire qu'il n'y a pas quelqu'un de sensé dans cette ville... Faudrait quand-même penser à ce que Montréal redevienne la capitale du Québec!
    Michel Giard

  • Jacques Lafond - Inscrit 8 octobre 2011 08 h 49

    Seulement le FEQ, Madame Bombardier ?

    Vous n’en mettez pas assez, Madame. La langue française est déjà devenue du folklore au Québec; surtout dans la grande région de Montréal.

    D’un simple ‘’click’’ ou d’une simple demande, tout, mais absolument tout se transforme à l’unilinguisme anglais pour toujours.

    Les anglophones et allophones ont été obligés d’apprendre notre langue, mais cet apprentissage s’avère totalement inutile sur le terrain. Certains sont frustrés, d’autres trouvent ça bizarre; mais tous utilisent l’anglais presque exclusivement. Ils n’ont aucune raison d’utiliser le français.

    La plupart des francophones utilisent eux-mêmes l’anglais. La plupart des francophones abordent les gens en anglais, ou par notre ‘’ bonjour/ hi ‘’ national. La plupart des francophones vont ‘’shifter’’ eux même à l’anglais si l’autre personne semble parler français avec le moindrement de difficultés…

    Regardez les photos de la manifestation du Mouvement Montréal français devant les bureaux du Registre foncier du Québec qui a eu lieu mercredi dernier ( 5 octobre) à Midi. Regardez bien les photos. Barbes blanches, têtes grises. En plus, ils semblent être habillés en clown…

    Les défenseurs de la langue française du Québec sont des ‘’loosers’’. De plus en plus les utilisateurs de la langue française sont des ‘’loosers’’ eux aussi.

    La Canada a gagné, madame Bombardier. Les commandites, qui dans la tête des gens sont une affaire du passé; ces commandites marchent encore à pleine vapeur…

    Tous ces $ milliards dépensés par Ottawa pendant toutes ces années pour contrer le mouvement séparatiste a eu l’effet de rendre la cause de la défense du français non légitime.

    Les enfants de la loi 101, dans leurs têtes, pour les plus jeunes, pensent que la langue française est la langue des méchants qui veulent nous obliger à l’apprendre, et pour les plus vieux, c’est la la