Milieux naturels: le statu quo ne suffit pas

Les audiences sur le Plan métropolitain d'aménagement et de développement (PMAD) de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) démontrent l'existence d'un désir très large de diminuer l'empreinte écologique des établissements humains en misant sur la densification du tissu urbain, sur une intégration poussée avec le transport collectif et sur la préservation des écosystèmes les plus importants, fleuve, ruisseaux et rivières, rives, milieux humides et forêts de la périphérie.

En somme, il ressort des audiences une nette volonté d'écologiser le développement métropolitain, une rupture d'avec la culture politique actuelle qui ne sera pas facile...

Les promoteurs immobiliers se font rares à ces audiences, sans doute parce qu'ils disposent de canaux privilégiés, sans doute plus efficaces qu'un mémoire, même s'ils contaminent par ces liens secrets les mécanismes démocratiques.

Globalement, réduire l'empreinte globale de la moitié de la population du Québec en matière d'énergie, de transports et de construction constitue un enjeu environnemental dont les incidences sont importantes pour les milieux naturels. Mais il s'agit de relations indirectes de pollution, de gaz à effet de serre et de dévastation d'écosystèmes. Plus directement se pose la question de savoir ce qu'on va faire des écosystèmes existants, en santé ou vacillants, et même ce qu'on doit faire pour en recréer là où les pertes ont été trop élevées.

Telle est la problématique que soulève Canards illimités (CI) dans un mémoire qui propose des solutions novatrices, mais à la portée des élus.

Pour CI, de façon très claire, «le statu quo n'est pas une option» en matière de conservation, principalement des milieux humides.

Jusqu'ici, selon Environnement Canada, 80 % de ces écosystèmes critiques ont disparu des 82 municipalités membres de la CMM entre 1966 et 1981. On imagine que le pourcentage des milieux dévastés est plus élevé, compte tenu de la rapidité avec laquelle prolifèrent depuis 1981 les dortoirs de la banlieue. Selon le dernier inventaire réalisé par CI, les milieux humides ne représentent plus que 4,7 % de l'ensemble du territoire et 80 % d'entre eux «présentent des signes de perturbations en lien avec des activités anthropiques» dans leur voisinage.

Si la CMM se propose de ramener la superficie des terres agricoles de son territoire au niveau de 2001, pourquoi n'en serait-il pas de même pour les milieux humides, demande CI à l'organisme métropolitain? L'organisme nord-américain propose aussi à la CMM d'adopter une politique de «zéro perte nette». Cela veut dire en clair que si on autorise un promoteur à faire disparaître un milieu humide, il devra en construire un ailleurs d'une productivité faunique identique et, globalement, d'intérêt public. Pour CI, en effet, il n'y a pas que les canards en cause: les milieux humides ont aussi une valeur sociale et économique élevée qui doit entrer en ligne de compte et déterminer la valeur de la compensation à faire.

Ces milieux humides filtrent l'eau et agissent comme épurateurs naturels, régularisent le débit des cours d'eau, favorisent la recharge des nappes souterraines, diminuent les risques d'érosion et des sécheresses, réduisent l'effet d'îlot urbain de chaleur, constituent des havres pour la diversité biologique et contribuent à l'économie locale en raison des activités récréotouristiques qu'ils suscitent, y compris la chasse et la pêche. On estime que 38 % des espèces en situation précaire y survivent, ainsi que 25 % des plantes vasculaires du Québec!

Canards illimités demande donc à la CMM d'accorder aux milieux humides au moins la même attention qu'aux milieux boisés, qui, eux, peuvent se renaturaliser sans intervention humaine. La CMM devrait donc dans cette logique se doter d'abord d'un plan de conservation global, qui comprendrait la restauration ou la construction des milieux disparus. La CMM pourrait ainsi se constituer une banque de milieux où on pourrait recréer des milieux humides, y compris dans les parties du milieu agricole en voie d'abandon. Un système de crédits pourrait être mis sur pied, dont les contributions permettraient de recréer ou de créer de toutes pièces de nouveaux milieux humides dans des endroits propices. Un tel mécanisme mettrait fin aux pratiques de certaines municipalités qui détournent les compensations environnementales pour payer les factures de pistes cyclables, de balançoires, etc., des équipements qui n'ont rien à voir avec la réparation ou la restauration d'écosystèmes.

Pour le Centre québécois du droit de l'environnement (CQDE), la CMM et les municipalités doivent stopper maintenant la dévastation en cours des milieux naturels grâce aux pouvoirs que la loi et la jurisprudence leur confèrent déjà.

Pour Me Jean-François Girard, président du conseil d'administration du CQDE, aucun maire de la CMM n'a désormais l'excuse d'invoquer le manque d'argent pour sauver des milieux naturels susceptibles d'être saccagés. Cette excuse, dit-il, repose sur une fausse prémisse, soit que la protection des milieux naturels serait une «expropriation déguisée» qui exige compensation financière. Les élus locaux, dit-il, ont aujourd'hui tous les pouvoirs légaux pour restreindre certaines activités humaines, y compris la construction, sur des terres privées sans devoir les exproprier. La Loi sur l'aménagement et l'urbanisme, ainsi que la récente dévolution de pouvoirs aux municipalités en matière d'environnement accordent tous les pouvoirs nécessaires pour le faire. Donc, messieurs les maires, vous pouvez réglementer maintenant pour enrayer les pertes de milieux sensibles, quitte à ce que des fiducies foncières finissent par les acquérir pour assurer leur pérennité. Mais on pourra en sauver davantage si le zonage interdit déjà leur développement, car logique économique oblige, ils coûteront alors sensiblement moins cher.
1 commentaire
  • SusanK - Inscrit 7 octobre 2011 10 h 05

    Un peu plus d'efffort, M. Francoeur

    M. Francoeur,

    C'est très bien d'écrire ces lignes mais ce ne sont que des mots qui visent la problématique dans son ensemble. Commencez donc par écrire au sujet des territoires individuels qui sont menacés. Un territoire par reportage. Là, vous renseignerez vos lecteurs sur ce qui se passe réellement.

    En exemple, l'écoterritoire de l'Anse à l'Orme qui est le plus grand territoire qui sera anéanti par la ville de Montréal. D'accord, la Coalition Verte a réussi avec d'autres citoyens à préserver environ le tiers mais il en demeure qu'environ 300 hectares de forêt, remplie d'animaux, qui commence en bordure de la Rivière-des-Praires disparaîtra pour être remplacée par du béton, si rien n'est fait.

    Imaginez le trafic que ça va générer. 5 000 logements de plus, soit quelque 10 000 voitures qui seront rajoutées à l'enfer du trafic quotidien.

    Quant aux milieux agricoles, il est trop tard pour écrire à ce sujet. Les milieux agricoles de Pierrefonds ont été achetés par les promoteurs à des prix dérisoires, gracieuseté de la ville de Montréal. Ne savez-vous pas que les maires roitelets sont couchés dans le même lit que celui des promoteurs? Ne savez-vous pas qu'il est trop tard pour maintenir les zonages agricoles. Ils ont tous été convertis à résidentiel il y a quelques années, suite aux fusions.

    Résumé: identifiez les terrains importants à conserver et écrivez un reportage individuel et exclusif à chacun d'eux pour que la population puisse identilfier les terrains à risque près de chez eux. En faisant ce petit effort, vous rendrez service à la population.