Théâtre - Démarrer sur les RIMM5

Quand tout se met à «partir en même temps» dans le milieu, c'est un peu comme les taches de rouge dans les arbres sur les bouts de doigt d'Appalaches qui encerclent la maison à la campagne: ça éclate de toutes parts! Tout d'un coup! Autant vous prévenir, on ne pourra donc qu'effleurer cette semaine tout ce qui s'agite déjà frénétiquement un peu partout.

Mais il y a quand même des morceaux un peu plus gros que les autres, comme ces cinquièmes Rencontres internationales du mime de Montréal (RIMM) animées par Omnibus à l'Espace libre. L'événement annuel était lancé hier soir rue Fullum par le patron, Jean Asselin, avec une sorte de salade mixte présentée par les sept compagnies qui participent au festival question de donner un aperçu de la diversité de la programmation qui s'étend jusqu'au 1er octobre. En prime presque, la compagnie française À fleur de peau présentait Au-delà du temps et un deuxième spectacle au titre admirable: Si un jour je te quitte je te garderai en moi à nu à vif à jamais. Beau programme...

Tous les soirs durant une bonne dizaine de jours encore, le festival offre plus d'une vingtaine de petites formes (à 18h au Studio Espace libre) et de grandes formes (à 20h dans la grande salle)... Mais il faut d'abord dire et redire absolument que le mime ne ressemble plus beaucoup à l'idée que le commun des mortels s'en fait habituellement. Il est bien loin le temps de Marcel Marceau et des mimes de rue jouant les laveurs de vitres ou se limitant à faire la statue ou les fontaines en période de chaleur. Aujourd'hui, le mime est une pratique extrêmement dynamique faisant appel à plusieurs disciplines, comme le théâtre, la marionnette, la danse, la performance et même le cirque.

Au fil des années, on a pu voir aux RIMM des performances éblouissantes, et la cuvée 2011 laisse entrevoir des choses étonnantes si l'on se fie simplement à certains des titres proposés, comme Jusqu'à la dernière minute j'ai pensé que je ne mourrais jamais de la Cie Mâle/Femelle de Montréal. Soulignons d'ailleurs que cette cinquième édition des RIMM, qui accueille trois compagnies européennes et quatre d'ici, propose aussi toute une série de rencontres gratuites, de conférences et de tables rondes tous les soirs à 19h dans la salle Omnibus de l'Espace libre. On trouvera un programme détaillé sur le site www.espacelibre.qc.ca/rimm5-5e-edition-des-rencontres-internationales-du-mime-de-montreal... ce qui vous permettra de voir du même coup le site revampé d'Espace libre.

Charleville envahie

Charleville, c'est Charleville-Mézières, une petite ville à un peu plus de 200 km au nord-est de Paris, dans les Ardennes, qui est un peu La Mecque du théâtre pour marionnettes. Eh ben, Charleville, comme on dit, est depuis le week-end dernier une ville envahie par des légions complètes de personnages en guenille, en tissu et en bois, avec ou sans fils, tous sans colonne vertébrale et dotés d'une poignée située à l'intérieur de la tête: tout pour faire rêver les politiciens tout au plus ordinaires que nous avons pris l'habitude d'élire. Mais nous nous égarons...

On parlait donc d'envahissement. D'une petite ville tranquille qui verra sa population doubler au moins durant toute la semaine alors que 132 compagnies vont présenter un peu partout dans la ville quelque 250 spectacles, certains dans l'IN, les autres dans l'OFF, comme il se doit. Sans compter plus d'une vingtaine de communautés du coin qui recevront aussi plusieurs spectacles sur leur territoire. La preuve qu'il y a toujours moyen de faire d'une pierre 20 coups et qu'il n'y faut que la volonté politique, mais voilà que nous nous égarons zencore...

Le festival que l'on retrouve maintenant tous les deux ans sous l'impulsion d'Anne-Françoise Cabanis, qui en a pris la direction il y a à peine quelques années, accueille des compagnies venant de partout sur la planète, dont la Chine, la Birmanie, le Cambodge, le Burkina Faso, la Biélorussie et même le Canada si l'on se fie au programme que l'on peut télécharger sur le site. Trêve de plaisanterie, ce qui frappe le plus cette année dans la programmation, c'est la présence importante de compagnies d'ici pour la deuxième édition d'affilée puisqu'en 2009, le festival avait consacré un important volet de sa programmation à la Nouvelle Vague du Québec. La chose est d'autant plus réjouissante que cette 16e édition coïncide avec le 50e anniversaire du festival.

Les spectacles québécois invités sont Sticks, Stones, Broken Bones, de Bunk Puppets, une compagnie montréalaise que je ne connais pas encore, Les Joyeux Bouchers, de la Tête de pioche, Pomme, une coproduction Théâtre des Petites Âmes - Compagnie Garin Trousseboeuf, Roland, la vérité du vainqueur, de La Pire Espèce, L'Objet pour les nuls, une coproduction Pire Espèce - Bob Théâtre et l'installation Pleine-Lune, de l'artiste Magali Chouinard. Signalons aussi que Denis Marleau et Stéphanie Jasmin étaient là dimanche dernier pour participer à la série Les Grands Maîtres de la scène.

En vrac

- Nous avons cette semaine la rare occasion de signaler la parution de deux livres importants qui viennent documenter l'histoire du théâtre d'ici. D'abord Écrits sur le théâtre canadien-français (Études suivies d'une anthologie, 1900-1950). Édité sous la direction de notre ex-collègue Gilbert David, professeur au Département des littératures de langue française de l'Université de Montréal — qui publie le livre dans sa collection Paragraphes —, c'est «le premier ouvrage de sa catégorie à faire état de la vie théâtrale sous l'angle des textes publiés durant la première moitié du XXe siècle à Montréal». Yves Jubinville, Hervé Guay, Maggie Dubé, Sylvano Santini, Lucie Courchesne et Sylvain Schryburt ont contribué à l'ouvrage. Ce dernier vient d'ailleurs tout juste de faire publier De l'acteur vedette au théâtre de festival, une «histoire des pratiques scéniques montréalaises, 1940-1980». Outre une série d'analyses captivantes dont certaines font presque revivre l'effervescence des années 1970, on y trouvera de précieuses photos d'archives. L'ouvrage est publié aux PUM.

- Le Centre des auteurs dramatiques (CEAD) annonçait la semaine dernière la nomination d'un nouveau directeur général qui remplacera Marc Drouin qui dirigeait l'organisme depuis cinq ans. Il s'agit de David Laferrière, l'actuel directeur de la Corporation de la salle de spectacle de Sept-Îles. M. Laferrière se joindra à l'équipe du CEAD dès le 17 octobre et devient aussi directeur général de la Fondation du CEAD qui poursuit des activités philanthropiques auprès des auteurs dramatiques.

- À compter de jeudi, l'organisme ELAN (English Language Arts Network) organisera «le Sommet State of the Arts qui rassemblera pendant quatre jours certains créateurs et professionnels de la culture issus de la communauté anglophone et provenant de toutes les régions du Québec». L'activité principale du Sommet, un colloque de deux jours intitulé «Des solutions créatives pour une communauté créative», aura lieu à la SAT les 22 et 23 septembre. On dirait presque des États généraux! L'événement se veut du moins «une vitrine d'échanges intellectuels et créatifs» au cours de laquelle les organisateurs veulent «défendre l'idée que la communauté anglophone est une composante vibrante de la société québécoise». On peut visiter le site Internet www.RAEV.ca pour en savoir plus.

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