Migration du sud au nord

Il n'y a pas que de magnifiques animaux dans la nature qui seront affectés par les changements climatiques: on le sait, ceux qui seront éliminés seront remplacés par d'autres. Par quoi? Voilà qui est par contre souvent fort incertain.

Mais en mer et dans les océans, c'est souvent encore plus complexe. C'est cette incertitude qui a conduit des chercheurs italiens, britanniques, allemands et étasuniens à vouloir jeter un éclairage sur un phénomène qui pourrait coûter des dizaines de millions aux Européens, voire aux différents systèmes de santé de la planète. Leur étude fait partie du projet CLAMER, dont nous donnions un compte-rendu dans les pages d'information du Devoir cette semaine. Ce projet de recherche visait à déterminer les coûts pour l'Europe des impacts des changements climatiques sur les océans et les mers qui ceinturent ce continent.

L'étude dont il est question ici, qui n'est qu'un volet du projet CLAMER, est attribuable à une équipe dirigée par Luigi Vezzullu, du Département des études territoriales de l'Université de Gênes. Elle s'est penchée sur la prolifération dans les mers nordiques d'une bactérie particulièrement dangereuse, du genre Vibrio, dont la présence se confine généralement dans des eaux beaucoup plus chaudes, plus au sud.

La plus tristement célèbre de ces bactéries, la Vibrio cholerae, est réputée causer des épidémies de choléra. Une autre membre de ce genre, la V. parahaemolticus est réputée contaminer les fruits de mer qui, une fois infectés et consommés, peuvent provoquer des gastro-entérites. De plus, la V. vulnificus peut être la cause de septicémies, une affliction particulièrement grave, et des infections majeures et difficiles à guérir de plaies. Certaines bactéries de type Vibrio seraient responsables de morts massives d'espèces mollusques aux États-Unis et même de poissons ailleurs dans le monde, une situation qui n'est pas sans répercussions économiques.

Si on savait que le genre Vibrio se développe dans des endroits précis, on n'avait jamais pu lier ses explosions de population, si l'on peut dire, avec le réchauffement des eaux dans des endroits précis, et donc de l'associer au réchauffement climatique en cours. La raison de cette lacune scientifique est simple: on n'avait pas de données historiques fiables. On avait cependant des indices, comme des maladies liées à leur présence en nombre croissant lors d'épisodes d'El Niño, par exemple, autant du côté asiatique que du côté sud-américain.

La question devenait d'autant plus importante à éclaircir qu'on a relevé un nombre sans précédent de maladies de peau liées à la présence de bactéries du genre Vibrio dans les pays d'Europe du Nord en 2010, des pays ceinturés de mers froides. Des cas similaires avaient aussi été notés en 2006 dans les zones allemandes baignées par la mer du Nord. Même chose au Danemark et aux Pays-Bas.

C'est alors que l'équipe de chercheurs a décidé de vérifier si elle ne pouvait pas combler cette lacune en utilisant les dizaines de milliers d'échantillons de plancton de toutes ces régions, qui sont conservées dans des solutions de formol au Continuous Plankton Recorder (CPR). On y trouve les plus longues séries historiques sur l'abondance et la distribution de la vie marine sur Terre. Mais les techniques de conservation posaient un obstacle, car notamment, l'utilisation de formol pouvait avoir altéré les chaînes d'ADN. Finalement, ce problème a été résolu et on a obtenu pour la première fois une corrélation directe entre les hausses de la température, entre 1961 et 2005, à un endroit précis des eaux du Rhin et de la rivière Humber en Grande-Bretagne. À chaque hausse de la température de l'eau, on assiste à des proliférations de Vibrio au cours des 44 années de cette étude.

Ces constats vont probablement modifier à la fois les politiques des pays riverains quant aux normes de sécurité pour la baignade, affecter la valeur des propriétés riveraines et des centres de villégiature et surtout, modifier à grands frais les exigences de traitement de l'eau potable à plusieurs endroits, sans parler de la baisse des rendements de la pêche dans le cas d'espèces contaminées par des bactéries Vibrio. Comme quoi un tout petit changement dans la température des eaux de surface peut avoir des répercussions qui étonnent.

Île Charron


Québec met 15 millions sur la table pour obtenir les terrains d'Investissements Poirier afin d'acquérir les quelque 20 ha où le promoteur projette de construire des centaines de condos là où on pourrait agrandir le parc national des Îles-de-Boucherville. C'est cher, même très cher pour aussi peu. On pourrait imaginer que le Mouvement Desjardins, en citoyen corporatif modèle, pourrait éventuellement contribuer 5 millions pour la préservation du site, lui qui a touché 6 millions du promoteur en 2005 au lieu d'en faire don à la collectivité. Quant à Québec, si l'affaire devait aller plus loin, au risque de faire grimper davantage la facture, il devrait envisager d'exproprier le site par loi spéciale avec un montant moindre en indemnisation, comme il le fait parfois pour des syndiqués dont il force le retour au travail et à qui il offre moins que ce qui était sur la table. Après tout, 150 % de gain en cinq ans, c'est beaucoup. Beaucoup, même pour un promoteur immobilier, à moins d'être outrageusement gourmand.

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À voir:
Au cinéma du Parc, depuis hier soir, les Productions Bord de mer présentent L'Amour au pays des orignaux. La première avait eu lieu en février aux Rendez-vous du cinéma québécois. Trois ans de tournage pour raconter l'histoire d'une femelle et de son petit à qui elle apprend tout.

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