Théâtre - Au beau milieu du milieu

Ça y est, la machine est repartie! Les grandes salles ont déjà lancé quelques spectacles, et toutes les autres, les moyennes comme les petites, vont bientôt s'y mettre. Résultat: dans quelques jours, une masse de productions vont nous tomber dessus, toutes en même temps comme d'habitude et, bientôt, on ne saura déjà plus comment arriver à surnager pour réussir à voir l'essentiel... Yeah!

Pas vraiment le choix, donc: plongeons-y zôssi! Pour dire d'abord, encore une fois, le bonheur d'être ici à suivre avec vous — pour vous, même, voisins de Saint-Venant-de-Paquette et d'ailleurs qui ne fréquentez les salles de la grande ville qu'épisodiquement —, de tout voir ou presque avec les collègues de l'équipe de couverture. Et de vous parler toutes les semaines de ce qui anime le milieu théâtral. Cela implique d'être présent à tout.

À l'actualité des dossiers qui agitent le milieu, comme l'arrivée de ces deux «nouveaux lieux» que sont redevenus La Licorne et Aux Écuries. Aux conditions dans lesquelles tout cela se fait; aux politiques comme aux programmes et aux budgets qui leur sont consacrés. Il sera ainsi fort difficile de ne pas décortiquer ce qui se passera au 12e Congrès organisé par le Conseil québécois du théâtre, début novembre, puisque l'on se penchera là sur le rôle des compagnies institutionnelles dans le développement de l'art théâtral. Tsé...

Mais présent également, par principe, aux nouveaux discours et aux nouveaux langages scéniques en suivant le plus souvent possible la crème de la crème qu'osent — ou non parfois, vous le saurez! — nous présenter les différents festivals qui abreuvent le milieu ici et ailleurs. En insistant toujours, parce que c'est une des grandes voies permettant l'accès direct à la culture pour tous, sur ce secteur bien particulier des jeunes publics où l'année qui vient s'annonce faste avec trois sinon quatre festivals majeurs. Re-yeah!

À l'écoute aussi des débats qui éclatent, soudains, imprévisibles, souvent collectifs puisque la représentation théâtrale vient toucher la fibre la plus vivante et, heureusement la plus sensible, en nous: souvenons-nous de «l'affaire Cantat», de son impact global et de tout ce qu'elle a soulevé comme passion. Être présent aux acteurs en place, donc, aux rythmes palpitants de la saison à mesure qu'elle s'étire en ses incarnations multiples, parfois gauche, molle comme les montres de Dali, plus ou moins déstabilisante ou au contraire irrésistiblement stimulante, séduisante, nécessaire. Présent aux principaux joueurs en commençant par les brasseurs d'idée, les empêcheurs de tourner en rond et les brouilleurs de cartes, anges ou bums... Tout cela sans oublier nos valeureux ministres tutélaires: Christine St-Pierre et James Moore...

Mais nous revoir ici tous les mardis c'est surtout parler des spectacles, oui, de ceux qui leur donnent vie et de ce qu'ils mettent en jeu en chacun de nous. Parce que le théâtre se fait de plus en plus essentiel et prioritaire dans notre univers désincarné où le virtuel semble se substituer irrévocablement au contact réel... sans parler du fait que le «tweet» a depuis longtemps remplacé la phrase articulée et exclut l'alexandrin de sa petite cage à 140 barreaux...

Bon. Je me calme un peu...

N'empêche que c'est précisément parce que nous sommes convaincus nous aussi du fait que le théâtre est un «service essentiel» comme le martelait Martin Faucher en préparant les États généraux du théâtre, que nous investissons autant dans sa couverture. Parce qu'Artaud avait vu encore plus large qu'on ne le croyait en lançant son dérangeant: «Le théâtre, c'est la vie!» Voilà pourquoi votre fille est muette et que, dans la grande tradition instaurée par Jean Basile, Le Devoir sera encore une fois exceptionnellement présent au théâtre cette année; au beau milieu du milieu.

Bonne saison!, comme dirait l'autre clown avec ses lunettes rondes...

En vrac

- Vendredi soir, au théâtre Denise-Pelletier, on pourra assister à une expérience hors du commun impliquant le groupe de musique baroque Les Boréades et une équipe de comédiens improvisant dans l'esprit de la commedia dell'arte et de Tabarin, un prédécesseur de Molière. La chose porte le titre de Tabarinades et sera présentée ce seul vendredi à 20h. Francis Colpron des Boréades s'est occupé des arrangements musicaux et dirige les musiciens alors que Jean-François Gagnon signe l'adaptation et la mise en scène du spectacle. Carl Béchard, Jean-François Gagnon, Ariane-Li Simard Côté et Bruno Piccolo seront sur scène avec 11 musiciens qui joueront, entre autres, des pièces de Jean-Baptiste Lully servant de trame aux «questions facétieuses, jeux de mots, quiproquos, jeux de jupons et de chapeaux». On réserve au 514 253-8974.

- C'est lundi et mardi prochains, les 19 et 20 septembre, dans le cadre du Festival international de la littérature (FIL) que la comédienne Christiane Pasquier signera la mise en lecture de Pour un oui pour un non de Nathalie Sarraute. Ce texte met en scène «le processus de mise à mort d'une très ancienne amitié» comme l'explique le communiqué, et tout l'art de Sarraute consiste à nous y faire saisir à quel point «sous la surface lisse d'une conversation innocente et bien intentionnée, il y a un champ de bataille où l'adversaire doit être éliminé». Marc Béland, Vincent Magnat, Julie St-Pierre et François Trudel sont de l'aventure présentée au Studio-théâtre de la Place des Arts et proposée par le Théâtre Galiléo — Monsieur Malaussène au théâtre et Kamo, l'idée du siècle. Si tout se passe comme prévu, le spectacle devrait voir le jour en 2013.

- La Société des auteurs et compositeurs dramatiques de France (SACD) a décerné la semaine dernière son prix de la Dramaturgie francophone à Michel Marc Bouchard pour Tom à la ferme, créé la saison dernière au Théâtre d'Aujourd'hui dans la mise en scène de Claude Poissant. Le texte, publié chez Leméac Éditeur, connaît déjà une carrière fort impressionnante. Il a été présenté au Festival international de la nouvelle dramaturgie de Monterrey au Mexique en mai dernier et prendra l'affiche en 2012 à Mexico. La pièce sera donnée en lecture publique en allemand au Festival des Primeurs à Sarrebruck en novembre et prendra l'affiche à Toronto dans la traduction anglaise de Linda Gaboriau en novembre 2012; des traductions en italien et en catalan sont également en cours. Signalons aussi que Marie-Hélène Gendreau en donnera une nouvelle version pour lancer la saison du Théâtre de la Bordée la semaine prochaine. En prime lors de la remise du Prix au Festival international des francophonies de Limoges en octobre, une «mise en espace» de Jacques Descordes sera présentée au Théâtre de l'Union.

- La Biennale Zones théâtrales s'ouvrait officiellement hier au CNA d'Ottawa avec la première mondiale de La Persistance du sable, de Marcel-Romain Thériault au Studio du CNA avec la comédienne Béatrice Picard. Le programme de l'événement est chargé: trois cents artistes, une quarantaine d'auteurs et de diffuseurs, neuf productions, quatre lectures, deux oeuvres en chantier, cinq rencontres du midi, un atelier d'écriture, une rencontre internationale sur la dramaturgie, un projet d'accompagnement des diffuseurs et plein d'autres activités marqueront cette semaine intense. Les événements se tiendront au CNA, à La Nouvelle Scène, à la Cour des Arts, à la Salle académique de l'Université d'Ottawa et à la galerie Saw.

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