Restaurer la planète

Ceux qui soutiennent que les conférences internationales ne donnent rien devront concéder que parfois...

En effet, la récente rencontre de certains pays signataires de la Convention internationale sur la protection de la biodiversité, qui réunissait à Bonn la semaine dernière des ministres et des responsables de grandes entreprises et d'ONG, a débouché sur un consensus majeur: les participants se sont engagés à restaurer 150 millions d'hectares de forêts disparues ou de terres dégradées, soit presque la surface entière du Québec!

Mais cet ambitieux projet ne représente, en réalité, qu'une faible portion du potentiel de restauration des terres ou forêts amochées de la planète, qu'on pourrait transformer en écosystèmes productifs en les retournant à la nature tout simplement, avec un petit coup de pouce en sus. En effet, une nouvelle analyse du potentiel de restauration de ces milieux terrestres dégradés indique qu'il y a sur la planète deux milliards d'hectares de ces terres susceptibles d'être restaurées. Ce n'est rien de moins que l'équivalent de la moitié de la surface de l'Asie, indique Stewart Maginnis, un des directeurs de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Cet inventaire a été fait conjointement par l'UICN, le World Resources Institute (WRI) et des chercheurs de l'Université du Dakota du Sud.

Mais, ajoute Stewart Maginnis, «ce qui est urgent, c'est d'avoir en main des inventaires nationaux plus précis que notre portrait global, et qui pourraient préciser comment ces projets peuvent contribuer aux objectifs nationaux de développement économique et aux priorités de conservation». Une grosse commande pour un gouvernement conservateur comme celui de Stephen Harper...

La restauration de ces 150 millions d'hectares devrait rapporter 85 milliards $US par année, selon les calculs de l'UICN. La moitié de cette valeur proviendra du stockage du carbone atmosphérique par les forêts ressuscitées et un peu moins de l'autre moitié, de la valeur commerciale des arbres et des sous-produits forestiers, comme les plantes médicinales, de nouvelles souches d'ADN, des fruits, etc.

Le tiers des forêts susceptibles d'être restaurées dans le cadre de cette stratégie sont situées en Russie, le deuxième tiers au Brésil, en forêt amazonienne, et l'autre tiers sur le reste de la planète (environ 10 % en Asie et 9 % en Afrique). Ces projets de restauration rejoindraient les objectifs, non seulement de la Convention sur la protection de la biodiversité, mais aussi les objectifs de la convention sur les changements climatiques et en particulier son programme Redd Plus (Reducing Emissions from Deforestation and Degradation), affiné l'an dernier à la conférence internationale de Mexico.

Plus d'espaces marins


Un nouveau document de l'UICN, «Marine Protected Areas for Whales, Dolphins and Porpoises», plaide pour une augmentation urgente des territoires marins fréquentés intensément par les mammifères marins et les marsouins. Selon cet inventaire, au moins 300 000 baleines et dauphins meurent chaque année dans les filets des pêcheurs dans ce qu'il est convenu d'appeler des «prises accidentelles»... qui n'en sont pas toujours. Selon cette nouvelle analyse, qui vise à augmenter la surface maritime protégée — pour l'instant, ces surfaces protégées ne couvrent que 1,3 % des mers et océans —, il faut que les politiques de protection s'appliquent en dehors des zones maritimes nationales de 200 milles marins. Mais protéger des portions d'océans ou de mers en dehors des zones maritimes nationales exigera une entente internationale qui pose un autre problème: comment discipliner les flottes de pêche dans les eaux internationales, et qui aura l'autorité pour le faire?

Longicorne brun

L'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) a récemment confirmé la présence du longicorne brun de l'épinette tout près d'un terrain de camping du parc national Kouchibouguac, au Nouveau-Brunswick: une première migration fort malheureuse en dehors de la Nouvelle-Écosse, où l'insecte ravageur semblait jusqu'alors se confiner. Les autorités fédérales pensent que l'insecte aurait pu migrer grâce à des livraisons de bois de chauffage. Jusqu'à nouvel ordre, toutes les matières susceptibles de propager ce coléoptère ravageur des forêts d'épinettes dans un rayon d'un kilomètre du lieu de sa détection ne pourront être transportées ailleurs. Sans danger pour les humains, le longicorne a tué des milliers d'épinettes depuis sa découverte en 1999 dans le parc de Point Pleasant, en Nouvelle-Écosse. On considère qu'il représente un danger majeur pour les forêts commerciales de tout le continent.

Coupes à blanc

La Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP) dénonce les coupes à blanc effectuées dans le parc de la Gatineau dans le cadre du prolongement de l'autoroute 5 entre Chelsea et Wakefield. La SNAP estime que ces coupes constituent une violation des limites du parc sur une superficie de 100 âcres, dont des forêts très anciennes qui seront détruites d'ici le printemps prochain. La SNAP organise d'ailleurs une randonnée nature dans le secteur du lac Brown, le 25 septembre, pour montrer au public la valeur de cette forêt que le projet autoroutier va rayer de la carte. (www.gatineauparc.ca)

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