Médias - Le PQ, Agnès Maltais et le dentifrice

En avant, comme avant. Le Parti québécois ressoudé, solide comme le cap Diamant, peut retourner à l'Assemblée nationale et voter dans l'honneur et l'enthousiasme sur le projet de loi Labeaume-Maltais concernant le nouvel amphithéâtre de Québec. La proposition législative privée veut «sécuriser» l'entente avec Quebecor Media pour le nom et la gestion du futur équipement multifonctionnel.

Cette allumette législative a servi de prétexte, au printemps, pour mettre le feu au baril de poudre péquiste qui ne demandait qu'à exploser depuis l'euthanasie du Bloc québécois aux élections fédérales. Pauline Marois voulait imposer la ligne de parti. Quatre députés de poids sont partis.

La chef du PQ a fait son mea-culpa cet été en reconnaissant sa part d'erreurs stratégiques autour du projet controversé. La marraine du brûlot, elle, n'a pas particulièrement péché par contrition.

L'accoucheuse de Quebecor


Mme Maltais demeure ainsi fidèle à ses principes. Aujourd'hui, elle joue la bonne fée marraine en protégeant l'empire médiatique. Il y a dix ans, elle agissait comme sage-femme du titan.

C'était donc au tournant du millénaire. La députée de Taschereau, ancienne femme de théâtre, était ministre de la Culture dans le gouvernement de Lucien Bouchard, de 1998 à 2001 précisément. Or, Vidéotron était à vendre. La canadienne Rogers s'y intéressait. Le PQ favorisait la québécoise Quebecor. La Caisse de dépôt et placement fournit finalement 2,2 (sur 4,9) milliards de dollars pour bétonner la transaction d'août 2000, qui a aussi jeté dans l'escarcelle de la famille Péladeau TVA et des sites Internet.

Depuis, l'empire a gonflé comme un Zeppelin, avalant des publications, créant des chaînes, achetant d'innombrables maisons d'édition. Le Groupe Livre Quebecor Media annonçait la semaine dernière l'acquisition des Éditions La Bagnole. TVA Sports naîtra la semaine prochaine. On n'arrête pas le progrès.

«C'est la modernité», répétait d'ailleurs il y a une décennie le vice-premier ministre Bernard Landry en soulignant les exem-ples étrangers de concentration médiatique (AOL-Time Warner, etc.). Son gouvernement a aussi accepté l'achat de trois journaux (dont Le Soleil) par Gesca. M. Landry ajoutait que «l'éthi-que capitaliste» baliserait les pratiques.

Une commission parlementaire formée pour le principe a reçu 34 mémoires à l'hiver 2001. Plusieurs mémoires s'opposaient aux transactions.

La ministre Agnès Maltais a été très active en commission, alors que la tradition lui aurait imposé une certaine retenue. Elle a répété dès le départ des travaux que son gouvernement ne se mêlerait pas des transactions, ne se sentirait même pas lié par les recommandations. Elle mettait déjà les transactions à l'abri des critiques, quoi...

Elle a même rejeté les rares options pour dorer un peu la pilule. Par exemple, l'idée de créer un fonds d'aide à la presse indépendante. Elle a aussi miné la proposition de doter le Conseil de presse du Québec d'un fonds d'un million afin de lui donner de l'indépendance et du mordant. Elle a répété que son gouvernement ne pouvait intervenir, même si des avis juridiques lui démontraient sa capacité d'interdire la propriété croisée des médias, comme cela se fait ailleurs dans le monde, y compris aux États-Unis.

Les deux pieds sur le tube

Pour la remercier, sitôt devenu premier ministre, le 9 mars 2001, Bernard Landry a rétrogradé Mme Maltais comme ministre déléguée à la Santé et aux Services sociaux. Il faut dire que la grogne gagnait les milieux artistiques très mécontents de la faiblesse des budgets du ministère de la Culture.

La nouvelle titulaire du poste, Christine St-Pierre, elle-même une ancienne reporter, répète cette expression empruntée à l'anglais quand on la questionne sur la concentration de presse au Québec, réputée pour être une des plus denses du continent: «On ne remettra pas la pâte à dent dans le tube...» Elle mise sur un statut professionnel et un code d'éthique pour corriger certains effets indésirables. Une nouvelle consultation aura lieu tout l'automne sur le sujet...

Peu importe, l'amphithéâtre multifonctionnel va repousser encore plus loin les limites de l'intégration horizontale, verticale, tous azimuts, de la compagnie géante née il y a dix ans avec la bénédiction péquiste. Et Agnès Maltais a encore les deux pieds sur le tube...

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18 commentaires
  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 6 septembre 2011 07 h 20

    La liberté de presse...ça n'existe pas

    Si l’information est vitale à l’homme pour assurer sa survie en tant qu’individu et en tant qu’espèce, l’information est un droit.
    Le droit à l’information est le droit fondamental de l’individu et de la collectivité de savoir et de faire savoir ce qui se passe et que l’on a intérêt à savoir.
    Malheureusement, au nom de la liberté d'expression, on a dénaturé ce droit de savoir. La seule liberté d'expression qui existe aujourd'hui, c'est celle de publier telle ou telle publicité plutôt que telle autre.
    Avec les empires Desmarais et Péladeau, la liberté de la presse n’est plus la liberté d’un individu désireux de propager ses idées, c’est la liberté de l’appareil thermodynamique maintenant possédé par des groupes d’intérêts financiers mais ce n’est pas celle du contenu, la liberté de l’information.
    La liberté de presse, c’est et c’est uniquement la liberté de publier ou non ce qu’on veut, quand on veut, où on veut et de la manière que l’on veut, pourvu que cela rapporte économiquement ou politiquement.

    À New York, lors d’un banquet, le 25 septembre 1880, le célèbre journaliste John Swinton se fâche quand on propose de boire un toast à la liberté de la presse :
    « Il n’existe pas, à ce jour, en Amérique, de presse libre et indépendante. Vous le savez aussi bien que moi. Pas un seul parmi vous n’ose écrire ses opinions honnêtes et vous savez très bien que si vous le faites, elles ne seront pas publiées. On me paye un salaire pour que je ne publie pas mes opinions et nous savons tous que si nous nous aventurions à le faire, nous nous retrouverions à la rue illico. Le travail du journaliste est la destruction de la vérité, le mensonge patent, la perversion des faits et la manipulation de l’opinion au service des Puissances de l’Argent. Nous sommes les outils obéissants des Puissants et des Riches qui tirent les ficelles dans les coulisses. Nos talents, nos facultés et nos

  • Charles F. Labrecque - Inscrit 6 septembre 2011 08 h 50

    Le coût ?

    Il serait intéressant, si quelqu'un un jour pouvait nous dire combien ces services ont coûtés. Puisque qu'on nous répète constamment qu'au Québec nos politiciens au pouvoir sont supposés être des magouilleurs. Je sais que cette question peut-être jugée fallacieuse, mais nos députés de l'opposition nous répètent constamment que les gouvernants nagent souvent dans magouilles.
    Alors devrions nous demander une enquête à ce sujet ? Peut-être.
    Si l'on désir: Plus blanc que blanc.

  • Geoffroi - Inscrit 6 septembre 2011 08 h 52

    Le dentifrice cancérigène de Christine et Agnès

    « Les médias sont devenus, par leur puissance, de souverains moyens d'occupation de l'esprit humain. Ils ont développé deux choses de manière hypertrophique, deux cancers: la publicité et l'information. »

    Pierre Vadeboncoeur

    Extrait de : L'Humanitée improvisée, 2000

  • Nunu - Inscrite 6 septembre 2011 08 h 52

    Franfric,

    Bravo,enfin de l'honnêteté,les vrais affaires,que ça fait du bien.Vous devriez l'écrire sur tous les blogues et je vous souhaite bonne chance parce que je ne suis pas sure qu'il passe partout.Heureusement qu'il nous reste de Devoir pour dire les vrais choses.C'est la seule place qu'on a vraiment la liberté de parole.Ailleur on ne peut pas parler des journalistes.Ca fait longtemps que j'essaye de le dire comme vous mais on bloque mes messages.Ils sont tous ligués ensemble sur le même bord et on s'en va vers une dictature mais personne n'ose le dire,surtout pas les journalistes qui devraient être le premiers aux aguets et nous informer mais ils se taisent pour ne pas perdre leur job.

  • Gaston Bourdages - Abonné 6 septembre 2011 09 h 28

    Mille mercis Monsieur Baillargeon pour...

    ...cet intrigant rendez-vous avec le dentifrice, un matin gris nuages. Le titre de votre «papier» à lui seul ensoleille, du moins éveille.
    Vous écrivez que M. Landry a dit «...éthique capitaliste» alors que Madame Christine St-Pierre y est allé de «...mise sur un code d'éthique».
    @ Monsieur Frankric. aussi mille mercis. Je salue ces culottes qu'a mises Monsieur Swinton. Nous pourrions l'inviter à venir nous «réveiller».
    Je change de propos. Qu'arrive-t-il dans le coeur, dans l'esprit et voire dans l'âme d'un être humain lorsque ses ou son sens éthique(s) se voit(ent) mis en présence de cet autre dieu qu'est celui du dollar. Celui si agréablement...sic...personnifié par ces deux mots. Mais encore ? «MONEY TALKS»
    Le milieu des médias y échappe-t-il?
    Le doute m'habite.
    Mes respects,
    Gaston Bourdages
    Simple citoyen - écrivain en devenir
    Saint-Valérien de Rimouski
    www.unpublic.gastonbourdages.com