Jusqu'à la fin, un homme de convictions

«Mes amis, l'amour est cent fois meilleur que la haine. L'espoir est meilleur que la peur. L'optimisme est meilleur que le désespoir. Alors, aimons, gardons espoir et restons optimistes. Et nous changerons le monde» — Jack Layton, chef du Nouveau Parti démocratique.

La lettre est datée du 20 août, soit pas plus tard que samedi dernier, et elle dit tout. Jack Layton était un homme de convictions et l'est resté jusqu'à la fin. Une fin venue trop tôt après qu'il eut tout donné pour s'approcher de son but, celui de donner aux Canadiens un gouvernement progressiste et généreux.

Son décès est une perte immense. Pour ses proches, évidemment, mais aussi pour le pays, et pour le Québec en particulier. Un Québec qu'il a su séduire le 2 mai dernier avec son charisme, son intégrité, sa passion pour les gens moins bien nantis et toutes ces familles «ordinaires», comme il disait. Avec aussi sa profonde conviction que les Québécois, même ceux tentés par la souveraineté, pouvaient, sans se trahir, réintégrer la discussion politique canadienne au sein d'un parti fédéraliste et ainsi travailler de concert avec d'autres progressistes du reste du pays.

Champion du dialogue et de la main tendue, il comprenait la réalité québécoise et était ouvert aux compromis. Il savait que, pour bâtir des ponts, son parti devait faire son bout de chemin. Il s'est donc prononcé en faveur du français comme langue de travail dans les institutions et organismes de juridiction fédérale situés au Québec. Il a défendu le fédéralisme asymétrique et maintenu qu'il reconnaîtrait une victoire référendaire remportée à la majorité simple.

Mais, plus que tout, il a refusé de traiter en brebis galeuses les anciens souverainistes tentés par son parti. Il les a acceptés comme candidats. Il s'est réjoui de leur élection. Il n'a pas mis en doute leur sincérité en leur demandant un quelconque serment d'allégeance, contrairement à trop de membres de l'élite médiatique et politique du Canada anglais. Aux détracteurs de Nycole Turmel, il a répondu en lui réitérant son appui dans sa lettre d'adieu aux Canadiens.

Cet esprit d'ouverture qu'il a insufflé au NPD ne disparaîtra pas avec lui. Du moins, on l'espère. Mais, comme on l'a vu avec l'épisode Turmel, personne ne semble pour l'instant capable de défendre cette position et de l'articuler aussi bien que lui.

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Pour cela et bien d'autres choses, l'absence de Jack Layton va cruellement peser sur le NPD, tout frais promu au rang d'opposition officielle. Ce succès du printemps dernier n'était pas que le fruit d'une sympathie pour un homme attachant combattant la maladie, mais le résultat de huit années de travail assidu pour unir les factions du parti, moderniser son organisation, consolider son financement, nuancer son programme en lui donnant un ton plus pragmatique. Il ne laissait jamais rien au hasard, comme le démontraient encore hier les recommandations pour sa succession incluses dans sa lettre aux Canadiens.

Il y écrit aussi que la cause que ses supporteurs et lui défendent «est bien plus grande qu'un chef». C'est vrai, mais son décès prématuré lui porte un dur coup. Le vide sera difficile à combler, car on ne voit personne, à première vue, qui allie les qualités de leader qui caractérisaient M. Layton: flair politique, sens aigu de l'organisation, entregent, talent de rassembleur. Son intégrité, sa sincérité, son empathie et son leadership inclusif ont réussi, au fil des ans, à faire de lui le politicien qui inspire le plus confiance aux Canadiens. Et cela ne s'est pas démenti hier dans le flot de commentaires attristés et louangeurs.

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Issu d'une lignée de politiciens aguerris, Jack Layton aimait et savait faire de la politique, mais sans jamais oublier que le pouvoir est un outil, et non une fin. Un moyen pour construire un monde meilleur, comme il le soulignait encore en juillet en annonçant son nouveau combat contre le cancer. Un passage en particulier résumait bien en quoi sa vision était si différente de celle de ses adversaires conservateurs.

«S'il y a une chose, une seule chose que j'ai tenté d'amener en politique fédérale, c'est cette idée que l'espoir et l'optimisme devraient être au coeur de notre engagement. Nous pouvons prendre soin les uns des autres, veiller au bien-être de chacun», disait-il de sa voix méconnaissable.

En cette ère où l'individualisme a la cote, où le discours politique dominant privilégie les intérêts particuliers et clientélistes, lui parlait de bien commun, de justice, d'entraide, de solidarité. Jamais il n'a reculé sur ces principes. La publicité négative, le dénigrement des adversaires, la confrontation, l'intimidation ne figuraient pas sur la liste de ses méthodes. Et cela aussi a séduit les Québécois.

Jack Layton a littéralement donné sa vie pour son pays, son parti et, avant tout, son idéal. Il était le genre de politicien dont bien des citoyens rêvent et qu'ils désespèrent de trouver. Celui que les allergiques au cynisme souhaitent voir siéger au Parlement. C'est pour tout cela que la politique canadienne se retrouve aujourd'hui énormément appauvrie, mais que Jack Layton, lui, peut dire: devoir accompli.

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5 commentaires
  • Roger Lapointe - Abonné 23 août 2011 06 h 34

    Plus fort mort que vivant.

    Un leader inspirant et convaincant n'est ce pas ce que tous les partis politiques recherchent désespérément aujourd'hui,même sous le couvert du statu quo comme on le constate malheureusement au Québec présentement avec la croisade de Legault.Jack sera plus fort mort que vivant car ses nombreux héritiers politiques assumeront son héritage pour un monde meilleur et sa mémoire comme celle de Tommy Douglas se perpétuera pendant des décennies.

  • Yvon Bureau - Abonné 23 août 2011 08 h 46

    Il a gagné son combat

    Jack a gagné son combat cotre le cancer : il a été un GRAND vivant jusqu'à la fin.

    Il nous a donné la conviction d'être vivant jusqu'à la fin.

    Bernie Siegel a écrit dans Messages de vie :
    «La mort n'est pas un échec. Le seul échec, c'est de pas être vivant lorsque l'on est en vie»

  • Michelyne Blais - Inscrit 23 août 2011 13 h 01

    Triste nouvelle !

    Lorsque j'ai appris la mort de M.Layton, je partais au travail et je vous dirais que ça m'a vraiment peiné. C'est seulement le 2 ème homme politique que la mort m'attriste, il y a eu René Lévesque.
    M. layton, comme M.Lévesque, était un homme fort et avec des convictions auxquelles il croyait. Il n'avait pas un grain de malice et c'était un homme que je pense aimait beaucoup la vie. Je ne l'ai jamais approché, mais on sent ces choses là. Donc, qu'il repose en paix, il a donné beaucoup au cours de sa vie. Mes condoléances à tous ses proches.

  • amaranta - Inscrit 24 août 2011 01 h 22

    Jack Layton: plus qu'un bon Jack!

    Comme toujours, Mme Cornellier, votre analyse est juste et évite de reprendre les lieux communs qui ont constitué l'essentiel du discours journalistique sur la popularité de Jack Layton et la performance du NPD le 2 mai dernier. Ainsi, cet hommage sonne d'autant plus vrai et vos observations lucides, d'autant plus précieuses. Merci!

  • meme40 - Inscrite 24 août 2011 12 h 53

    Autre fois...

    Ce discours aurait pu ressembler à celui d'un P.Q. naissant, et, même si on s'entête à le nier, c'est aussi la base des réflexions de M. Duceppe .avec en plus le devoir de voir aux intérêts bafoués du Québec.