cache information close 

Saveurs - Le jeûne du ramadan... quand tombe la nuit

Pendant le neuvième mois du calendrier musulman, le ramadan, les magasins restent ouverts tard dans la nuit, notamment au Maroc (notre photo).<br />
Photo: Philippe Mollé Pendant le neuvième mois du calendrier musulman, le ramadan, les magasins restent ouverts tard dans la nuit, notamment au Maroc (notre photo).

Il m'est à maintes reprises arrivé d'être de passage dans le Maghreb durant le ramadan. Il se pratique bien différemment selon les familles musulmanes, comme vous avez pu le lire dans nos pages. Il appartient aux croyants de cesser de manger, de boire (surtout de l'alcool), de fumer de d'avoir des relations sexuelles entre le lever et le coucher du soleil. Seuls les malades, les enfants en bas âge et les femmes enceintes en sont temporairement dispensés. Pour certains, la période du jeûne s'avère difficile, voire douloureuse, car si le jeûne, même sous contrôle médical, est parfois bénéfique pour le corps, il peut aussi s'avérer nuisible et dangereux. Et les excès de nourriture après la rupture du jeûne, au coucher du soleil, peuvent également être éprouvants. Il m'est arrivé de côtoyer des familles qui se gavaient littéralement avant le lever du soleil.

Faits vécus

Il était 17h10, je venais tout juste d'arriver à la gare routière de Casablanca. Nous étions partis de la palmeraie vers 11 heures, et déjà le soleil brillait de mille feux. Dans l'autocar, qui n'était pas climatisé, des Marocains et des touristes se préparaient à passer quatre ou cinq heures sans manger et sans boire, ramadan oblige. Au départ de Marrakech, le directeur de l'hôtel nous avait demandé d'essayer d'éviter de boire et de manger, durant le trajet, parce que les gens faisaient le ramadan. Cependant, 240 kilomètres, soit près de six heures, nous séparaient de notre destination, et la chaleur atteignait parfois 38 à 40 degrés. Heureusement, quelques arrêts nous ont permis de récupérer un peu.

De la gare routière, je devais ensuite me rendre jusqu'à la côte Atlantique de Casablanca, du côté de Sidi Abderrahmane, en direction d'Oualidia. On sentait une certaine fébrilité dans les rues à mesure que le jour s'amenuisait. Il me fallait trouver au plus vite un taxi pour gagner mon point de rencontre avant que le soleil ne se couche!

Mon chauffeur de taxi, qui s'appelait Ali, hésita quelques instants avant de me dire oui. D'abord, je pensai que mes bagages étaient trop encombrants, mais je m'aperçus bien vite que la rupture du jeûne approchait et qu'Ali était pressé par le temps. Dans le petit taxi rouge qui filait à vive allure, j'entendais les bruits de la ville qui s'amplifiaient et devenaient presque agressants.

À un moment, le chauffeur ne put s'empêcher de me dire qu'il faudrait s'arrêter dans cinq minutes, car la faim le tenaillait depuis le matin. En bon musulman qu'il était, il n'avait consommé ni eau ni nourriture, bien entendu, et encore moins fumé. Pour le reste, aucune allusion.


Le signal de la faim


Le signal du coucher du soleil étant donné, le Maroc d'un coup se précipite sur toutes les gargotes et tous les endroits où l'on sert la soupe harira, le plat traditionnel de la rupture du jeûne. Chaque pays, chaque ville et même chaque famille originaire du Maghreb a sa propre recette. Cette merveilleuse soupe-repas, solide et consistante, se décline dans toutes ses saveurs durant le ramadan. Préparée avec de la viande de mouton ou de poulet, on y ajoute des légumineuses, des oignons, des tomates et des épices. Une fois apprêtée, on l'accompagne de dattes, de citron, d'oeufs durs et de crêpes au miel.

Mon chauffeur Ali m'invita à prendre place parmi la foule serrée autour de longues tables de bois. Après avoir mangé abondamment, Ali me fit remarquer que, deux heures après, ce serait la fête avec sa famille, et que le vrai repas serait alors servi. Je payai pour nous deux, et il me conduisit enfin là où j'étais attendu.

Durant toute la soirée, ce fut la fête. Toute la journée, les cuisinières n'avaient cessé de préparer les plats que l'on sert pendant le ramadan: la chorba, le couscous sucré, les tajines de mouton et de légumes, dont les épices savent nous titiller les narines, les crêpes percées de mille trous et enrobées de miel, les briouates, le thé à la menthe, etc.

Durant 30 jours, ou plutôt 30 soirées, les familles se réunissent, et les magasins restent ouverts tard dans la nuit. Puis, lorsque l'aurore arrive, tout redevient calme. Vivre le ramadan est la manière la plus authentique de saisir la vie du Maghreb, et cela nous permet de comprendre une culture bien différente de la nôtre. Cependant, jeûner comporte certains risques qui peuvent grandement atténuer les plaisirs de la fête.

***

Recette de la semaine

Soupe traditionnelle servie pendant le ramadan: la chorba


Ingrédients

- 200 g de petits cubes d'agneau ou de mouton

- 45 ml d'huile d'olive

- 1 oignon haché

- 2 carottes hachées

- 2 branches de céleri hachées

- 100 g de lentilles

- 4 tomates en dés

- 45 ml de concentré de tomate

- 4 gousses d'ail hachées

- 100 g de vermicelle

- 2 courgettes en dés

- 45 ml de coriandre fraîche hachée

- 1 bouquet garni

- Sel et poivre

- Piment (facultatif)

- 2,5 litres d'eau

Préparation

- Faire revenir dans l'huile la viande, les carottes et l'oignon.

- Ajouter tous les autres ingrédients, sauf le vermicelle, la coriandre et les courgettes.

- Verser l'eau et laisser cuire après avoir assaisonné durant 35 minutes.

- Ajouter les courgettes et le vermicelle, puis cuire encore 30 minutes.

- Assaisonner et servir avec la coriandre.

Note: les lentilles doivent avoir trempé au moins 3 heures au préalable.

***

Découverte

La Capitana, Shiraz 2009 Réf.: 10694165,

prix à la SAQ: 17,15 $, 14,5 % d'alcool.

Un vin costaud, avec des arômes de mûres et de violettes. Avec ses nuances d'épices et de prunes sauvages, il convient parfaitement aux grillades relevées, aux côtes levées et au poulet boucané. Une belle découverte!

***

Biblioscopie


Les carnivores infidèles

Catherine Lefebvre

Éditions Cardinal,

Canada, 2011, 176 pages.

Voilà, pour une fois, un livre sur le végétarisme qui sort des sentiers battus. J'adore les légumes, les légumineuses et les herbes fraî-ches, mais je déteste le tofu. L'auteure tente de nous convaincre qu'on peut remplacer un bon steak sur le BBQ par un succédané au tofu. Faut voir, mais, cela dit, le livre est intéressant, et les recettes, alléchantes.

***

Philippe Mollé est conseiller en alimentation. On peut l'entendre tous les samedis matin à l'émission Samedi et rien d'autre, à la Première chaîne de Radio-Canada.