Zoom sur les ciné-parcs - Super écrans

Le Sunset Drive-In Theatre de Colchester, dans le Vermont, ouvert en 1948, a conservé tout le cachet de l’époque, des chansons de vieilles bandes sonores projetées en plein-air jusqu’à son mini-putt. La soirée était froide et tranquille au début du mois de mai, mais cette relique du passé survit encore aujourd’hui. <br />
Photo: Émilie Folie-Boivin - Le Devoir Le Sunset Drive-In Theatre de Colchester, dans le Vermont, ouvert en 1948, a conservé tout le cachet de l’époque, des chansons de vieilles bandes sonores projetées en plein-air jusqu’à son mini-putt. La soirée était froide et tranquille au début du mois de mai, mais cette relique du passé survit encore aujourd’hui.

N'allez pas croire que les ciné-parcs roulent uniquement sur la nostalgie. Certains propriétaires constatent même une augmentation du nombre de voitures dans leur parc depuis quelques années.

Gordon Ramsay, superchef malengueulé et ultra-star de la moitié des shows de cuisine télévisés, disait ceci cette semaine au sujet du Laurier BBQ, la vieille et historique rôtisserie qu'il a ressuscitée en jeune poulette: «Businesses don't survive nostalgia» (les commerces ne peuvent survivre à la nostalgie).

L'établissement a ouvert à Montréal en 1936, soit trois ans après que les images du film Wives Beware eurent été projetées sur l'écran du premier automobile movie thea-tre de Camden, au New Jersey, célébration du culte de la voiture et ancêtre du ciné-parc. Une industrie en voie d'extinction qui aujourd'hui carbure à la nostalgie, comme le rabâchent les médias chaque été pendant la période creuse de juillet, lorsque le temps d'antenne et les pages sont à remplir.

Ces dernières semaines, ils ont pu alimenter les rumeurs de son extinction, car le bruit court qu'en 2013 les studios cesseraient de produire des films en 35 millimètres au profit du numérique, une technologie fort onéreuse pour un commerce saisonnier. Et qui risque de donner le coup de grâce à quelques-uns des 10 ciné-parcs survivants, sur les 41 qu'a comptés le Québec depuis les années 70.

Tut, tut, adeptes de plein air, de blockbusters et de chaises pliantes qui sentent le matin de camping, y a pas de quoi noyer sa peine dans l'Orange Crush.

Du moins, pas encore.

Si la ville de Frackville, en Pennsylvanie, nous nargue en se dotant d'un ciné-parc numérique tout neuf, et ce, en plein déclin de cette invention de l'Empire américain — il en reste 374 aux États-Unis, sur les 4500 des années 50, et le Canada en compte une soixantaine toujours actifs —, le Québec peut espérer en voir une poignée emprunter le virage numérique. Même si l'équipement, plus sensible aux écarts de température de notre glaciale contrée, coûte près de 100 000 $ par projecteur.

Le ciné-parc Orford a annoncé ce lundi qu'il prépare le terrain pour entrer dans la modernité, et le ciné-parc Saint-Eustache, ouvert depuis 1971, confirme lui aussi sa présence. «Je ne veux pas attendre 2013 pour passer au numérique. On va être là en même temps que les cinémas», assure la propriétaire de l'entreprise familiale, Brigitte Mathers. «En fait, on va toujours être là.»

Idem au ciné-parc Templeton (1974), où Paul Touchet, le proprio, tempère un peu: «Les gens sont partis avec la rumeur que c'est fini, les ciné-parcs.» Au téléphone, on pouvait l'entendre lever les yeux au ciel lorsque la question lui a été posée. Pas trop stressé, il en a vu d'autres, des tempêtes, cet optimiste fondateur du seul ciné-parc bilingue de la province. «Le numérique, faut pas paniquer avec ça. [...] Aux dernières nouvelles, on me dit qu'on devrait encore avoir des copies 35 mm pendant 4-5 ans. »

Alors, quand il le faudra, il traversera le pont.

Faut dire que certains voient l'avenir un peu plus à court terme, car les terrains des ciné-parcs, autrefois des terres éloignées des centres urbains, ont été étranglés par la banlieue et sont aujourd'hui reluqués par les riches promoteurs. Car ces acres rapportent beaucoup, beaucoup plus d'argent qu'un fructueux été de popcorn et de sortie d'un xe franchisé de The Fast and the Furious, l'un des films chouchous des caisses enregistreuses des cinémas en plein air. «Ce n'est pas par manque d'intérêt que les ciné-parcs ont fermé», ajoute M. Touchet.

Et n'allez pas croire que les ciné-parcs roulent uniquement sur la nostalgie. Le vétéran proprio de Gatineau conserve peut-être une dizaine de haut-parleurs d'époque sur chaque écran pour les mélancoliques motorisés, il constate toutefois une augmentation du nombre de voitures dans son parc depuis quelques années. Alors qu'à Saint-Eustache la popularité ne se dément pas, la cour asphaltée est toujours aussi remplie et la file pour aller se chercher une molle à vanille est toujours aussi interminablement longue.

Comme à l'époque, le rendez-vous cinématographique rameute toujours autant les jeunes, fiers d'avoir l'occasion de se pavaner dans leur rutilante caisse à la brunante. Le divertissement, une aubaine pour les familles, est aussi populaire auprès d'elles, qui y voient l'occasion de faire des économies en se dispensant d'une gardienne et de passer du temps de qualité ensemble, quitte à fermer les fenêtres si le petit dernier, en plein high de sucre, pique une crise à la Thor.

La VHS, les multiplex, les pay-per-view, les films à 5 $ sur iTounes à regarder sur son téléphone cellulaire, l'UltraAVX, le 3D, les DVD à l'arrière de la minifourgonnette, ils ont tous fait la descente du coude aux ciné-parcs, mais ne l'ont pas mis K.-O. Quand le cinéma des Mathers a ouvert, jamais il n'a vampirisé les écrans en plein air voisins. «Les gens qui vont au ciné-parc ne vont pas nécessairement au cinéma», fait remarquer la propriétaire.

Le ciné-parc, c'est un événement. Dans une pub de 1956, un drive-in theatre états-unien vantait l'expérience à coup de gros mots tels que: «sit in your car, talk or SMOKE!»

La voiture, c'est l'extension de la maison. Très informel, tu t'habilles comme tu veux «j'ai même vu des gens débarquer en costume de bain», se rappelle M. Touchet. Tu mets les pieds sur le tableau de bord (essaie de faire ça au Paramount sans t'attirer des gros yeux du gars d'en face) et, si t'as faim, tu piges dans ta glacière ou tu te lèves et marches jusqu'au garde-manger du snack-bar en tôle qui n'a pas changé d'un iota depuis sa création. S'il y a un orage, tu montes le son et continues de regarder le film, assourdi par le martèlement de la pluie sur le capot.

Et qu'importe les intempéries que lui réserve l'avenir, et ce que disent les Gordon Ramsey de ce monde, quand Paul Touchet va fermer en septembre, sur sa marquise, il écrira, comme il le fait depuis 38 ans: «Merci! De retour à la fin avril.»
1 commentaire
  • Nike - Inscrit 12 août 2011 13 h 09

    Y'a rien comme le Cinéparc!!!

    J'ai une Grand Caravan. On couches les enfants derrière, oreillé, matelas, couverte, doudou...
    On prends les sushis dans la glacière, un tit verre de blanc, chut!!! Et Après un cannolli à la ricotta. Même le plus insipide des navets vous fait passer une belle soirée en amoureux.

    Et la soirée est tiguidou pour tout le monde!!!