Mon tour de France - La French seduction: tout est dans la façon

Jacques Chirac en «serial kisser», une arme de séduction présidentielle à laquelle ne résiste pas une Laura Bush ravie.<br />
Photo: Agence Reuters Philippe Wojazer Jacques Chirac en «serial kisser», une arme de séduction présidentielle à laquelle ne résiste pas une Laura Bush ravie.

Si Arielle Dombasle l'a dit, on peut lui faire confiance. Après tout, elle s'est exhibée dans le plus simple appareil au Crazy Horse. Mais elle ne s'est jamais foutue à poil devant BHL, son (ex?) mari, qu'elle vouvoie pour conserver le mystère entre eux. «La nudité est extrêmement violente à contempler, dit-elle. Je ne me promènerais jamais nue devant mon mari. Jamais, jamais, jamais. Je suis nue lorsque je suis seule, je suis nue quand je suis dans ses bras», explique la chanteuse et comédienne dont le charme légendaire frise parfois la caricature sur scène. «Sinon, il ne vous paiera plus jamais le déjeuner», ajoute-t-elle dans une entrevue accordée à la journaliste américaine Elaine Sciolino à qui elle prodigue ses conseils de fatale.

Pour Dombasle, la séduction n'est pas une activité frivole, non, elle évoque plutôt la guerre. Et à l'amour, comme à la guerre, toutes les armes de séduction massives sont permises, sauf le costume d'Ève. Sciolino, une ex-correspondante de guerre, comprend la stratégie. Mais, en tant qu'expat américaine et correspondante à l'étranger (ex-chef du bureau de Paris pour le compte du New York Times), elle s'étonne toujours de voir combien la séduction campe au coeur de la vie française, légère et transparente, comme la pyramide dans la cour du Louvre.

Du simple échange de politesses chez le boucher aux codes plus chargés adoptés par les politiciens, en passant par la mode, les parfums, la gastronomie ou la rhétorique, elle semble incontournable. C'est ce qui a motivé son essai La Seduction: How the French play the game of life, paru en juin dernier aux États-Unis.

Inséparable du plaisir, la séduction fait partie du frisson de la vie quotidienne, remarque-t-elle en concluant que Dombasle est trop sexy pour ses besoins comme conseillère maritale.

Elle se tourne plutôt vers Inès de la Fressange, l'ex-égérie de Chanel, «la» Parisienne par excellence, qui lui conseille à son tour de prendre un «french lover» si elle veut savoir de quoi il retourne vraiment en matière de séduction. «Vous devez vous balader dans les rues de Paris avec votre amant, aller à Montmartre, marcher le long de la Seine, manger une soupe dans un bistrot. Puis, vous allez à Deauville et marchez le long de la mer et mangez des crevettes jusqu'à 4h du matin. Et quand votre mari vous appelle, vous dites: "Mais non, tu imagines le son des vagues..."».

Liberté, égalité (?), séduction

Dans un pays où la séduction lubrifie et pimente les rapports humains, on pourrait être tenté de croire que séduction et sexe vont main dans le slip. Et pourtant, non... Depuis l'affaire DSK, les journaux et magazines français n'ont de cesse d'analyser le rapport de l'homme français à la séduction, le «politique» étant une classe à part qui jouit de la clémence médiatique et populaire.

Dans le Paris Match du 12 juillet dernier, le psychanalyste Charles Melman se fend d'une explication: «Dans notre culture, on a tendance à confondre amour et désir. Anne Sinclair semble assez bien élevée pour les dissocier. Elle aime son époux. Tout en comprenant qu'il peut avoir des désirs qui ne la concernent pas exclusivement.»

La France est merveilleuse de simplicité quand on y pense, il suffit d'être «bien élevée». Dans certains milieux on passe même pour n'avoir rien pigé «au jeu» si l'on n'a pas un amant ou une maîtresse à portée de portable. L'élite cultive avec brio cette croyance selon laquelle, bien au-delà du travail, l'intelligence et la séduction peuvent vous mener n'importe où. Et vous éviter la prison.

Écrit bien avant le scandale DSK de mai dernier, la Seduction consacre plusieurs pages à l'ex-président du FMI et nous fait même cadeau d'une photo du coq français présidentiable, dont la devise pourrait bien être cette phrase d'Albert Camus: «Le charme: une manière de s'entendre répondre "oui" sans avoir posé aucune question claire.»

«Dès qu'il y a un trou dans la conversation dans un dîner français, un invité n'a qu'à mentionner le nom de Dominique Strauss-Kahn [...]. Cela ravive les choses», écrit l'auteure au carnet de contacts le plus people du Tout-Paris. La petite Tristane Banon ne serait pas la seule à posséder des anecdotes croustillan-tes à servir avec les mignardises.

De toute manière, insiste Elaine Sciolino, aux États-Unis, mélanger sexe et politique est dangereux, même si Bill Clinton a réconcilié la pipe et le cigare (dixit le député André Santini), alors qu'en France c'est inévitable. La vigueur sexuelle — chez les hommes surtout — est perçue comme une valeur ajoutée, un signe de santé indubitable, et donc de puissance et de supériorité. Et l'infidélité chez l'homme politique, avantagé par le magnétisme que lui confère le pouvoir, est quasi «de rigueur». Chez la femme politique, on s'attend à plus de retenue ou de discrétion, of course.

Le baisemain fatal

Dans un pays où draguer votre femme (oui, la vôtre!) consiste à la fois à lui rendre hommage et à souligner votre bon goût (un double compliment), dans une culture où l'on manie le verbe et le baisemain avec autant de raffinement que de théâtralité, dans un marché où les femmes consacrent 20 % de leur budget vêtement à la lingerie, s'abstenir tient davantage de l'insulte que de la politesse.

Et même si l'on peut considérer que le président Sarkozy détonne en ce qui trait à la séduction — il bombarde lourdement à l'américaine, alors que les Français feraient plutôt dans l'exquise légèreté —, ses prédécesseurs, eux, ont fait honneur à la réputation qui leur échoyait et dont Versailles fut le symbole le plus éloquent. Sciolino, qui semble avoir rencontré plusieurs présidents de la République, qualifie Sarkozy d'étude de cas en matière d'anti-séduction!

Mais elle s'attarde au baisemain mémorable qu'elle a reçu de Jacques Chirac, une spécialité un rien vieille France dans l'arsenal de séduction présidentiel. Celui-ci poussait le zèle jusqu'à effleurer les lèvres de la main, alors que le protocole dicte plutôt d'y souffler un baiser. Monsieur «trois minutes, douche incluse» savait y faire et «vendait» même son autographe aux jolies femmes contre un baiser. Brigitte Bardot disait de lui, au début des années 90, qu'il était le seul politicien à la faire fondre, comme une banquise.

Dans l'arène politique, pas de doute, mieux vaut séduire que conquérir. Et dans le théâtre de la chambre conjugale, mieux vaut suggérer que tout dévoiler. Désormais, je m'en tiendrai aux suggestions d'Arielle Dombasle pour la gaule: plus jamais nue, un rien dévêtue. Et, comme disait de Gaulle: «l'intendance suivra».

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Et les zestes

Remarqué
: sur les trottoirs parisiens, cette inscription publicitaire «sauvage» à la bombe aérosol: «osezleclito.fr». J'ai osé. Un site féministe qui vise à faire découvrir ce grand oublié du jeu de la séduction. Vive la France!

Aimé: le dernier Willy Pasini, Les Armes de la séduction. Le psychiatre-sexologue italien s'intéresse aux différents types de séducteurs (et séductrices) et aux modes de séduction. Selon lui, on ne naît pas séduisant, on le devient! Pour naviguer à vue dans ce monde chargé de récifs symboliques, certains ont le pied plus marin que d'autres. Un regard, un ton de voix, une démarche, un style, un compliment, un rire provoqué, et voilà le travail. Sans parler de l'écoute, l'arme la plus puissante de la séduction, avec l'intuition. La séduction peut virer au harcèlement et exige doigté et respect du rythme. C'est ce qui en fait toute la beauté passéiste en cette époque de vitesse à tout casser. Séduire, c'est ralentir. Et le psy prescrit même le pyjama aux couples pour qu'ils redécouvrent le plaisir de créer des obstacles. Arielle n'est pas tout à fait dans le champ!

Un livre qui s'adresse à tous ceux qui doivent séduire pour gagner, c'est-à-dire à peu près tout le monde.

Acheté: le dernier magazine Psychologies (juillet-août 2011, en format mini, crise de l'imprimé oblige) pour le dossier «Faire l'amour. Sexe et sentiments: les vraies différences hommes-femmes». L'affaire DSK s'inscrit en sourdine, mais il semblerait que ce soit l'exception qui confirme la règle. On parle plutôt de femmes amazones et d'hommes en quête de tendresse... et de thérapeutes qui croulent sous les plaintes. Les hommes-objets laissent leur numéro de téléphone et attendent qu'on les rappelle. Comme le monde change!

Parcouru: Les hommes, le sexe et l'amour. Enquête sur l'intimité, la sexualité et les comportements amoureux des hommes en France du psychiatre et anthropologue français Philippe Brenot. Ici aussi, le macho français semble avoir adopté des caractéristiques plus féminines. On l'interroge sur à peu près tous les sujets (ses érections, le sexe de sa partenaire, les préliminaires, le cunni, sa virilité, son identité, la pénétration), et les réponses retranscrites généreusement sont parfois bien cocasses. La grande préoccupation demeure celle du couple, puis la famille, l'activité professionnelle et, enfin, les passions personnelles. Le sexe? Et la tendresse, bordel!

Dégusté: Souris qui n'a qu'un trou, un petit dico des expressions courantes d'origine érotique d'Agnès Pierron. Langue verte ou langue bien pendue, on retrouve ici des proverbes désuets ou familiers, oubliés ou à double sens, le plus souvent. «Se faire sonner les cloches» peut vouloir dire «se faire réprimander» ou «se masturber», pour un homme. «Faire prendre la mayonnaise», «Mettre la main à la pâte», «Changer de crémerie» vont dans le même (double) sens.

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