Qui mène le monde?

Tous les pays du monde vivent à crédit. «Jouissez maintenant, payez plus tard» était le slogan du capitalisme international. Chaque pays avait sa carte de crédit: schlack-schlack.

Nous sommes des citoyens si naïfs. Nous pensions vivre en démocratie, car nous votons tous les quatre ans afin de désigner les politiciens qui veilleront à la bonne administration de la chose publique. Mais qui mène le monde quand les dirigeants ont les mains liées par des déficits qu'ils n'arrivent plus à rembourser? Cette situation ne touche pas seulement les États-Unis. Plusieurs pays de la zone euro sont au bord de la faillite et nous-mêmes, nous sommes loin d'être au-dessus de la mêlée. Criblés de dettes. Tous.

Au-dessus des gouvernements, ce sont les dieux de la finance qui mènent le monde. Ils s'appellent Moody's, ou Standard & Poor's, ou Fitch Ratings. Ce sont ces agences qui mettent les pays à genoux. Vous avez intérêt, que vous soyez un grand ou un petit pays, à être dans les bonnes grâces des agences de notation. C'est essentiel. Elles jugent de la santé financière des États et, si son verdict est mauvais, vous n'êtes pas mieux que mort.

Les agences qui évaluent la performance financière des gouvernements à travers le monde se situent au-dessus de tout. Elles contrôlent l'accès au crédit dans le monde entier et il suffit qu'elles regardent un gouvernement de travers, n'importe où sur la planète, pour que les taux d'intérêt se mettent à grimper ou à s'effondrer, que les banques se mettent à paniquer et que les ministres des Finances fassent de l'urticaire, qu'ils soient grecs, irlandais, espagnols, italiens, canadiens ou québécois. Tous dans le même panier. Un fameux panier de crabes.

Nous n'avons jamais réalisé que, en élisant nos représentants, notre vote ne servait qu'à élire les «concierges de l'immeuble», ces grands immeubles qu'on appelle des pays. Le grand patron, celui qui déterminera ce que votre concierge peut faire ou ne pas faire, c'est l'agence Moody's, Standard & Poor's ou Fitch Ratings. En quelques semaines, on vient de voir ces agences menacer du pire l'Europe tout entière et faire blanchir les cheveux de Barack Obama, qui était déterminé à garder sa cote AAA comme si sa vie en dépendait.

Quand l'agence, qui est Dieu, qui voit tout et qui sait tout, menace de décréter la décote, ce mot horrible qu'on ne prononce que les yeux baissés, la sueur au front et les mains moites, c'est la déprime. On annonce qu'on va devoir couper dans les services ou augmenter les impôts afin de diminuer LA dette, car se voir décoter, ça empêche tous les ministres des Finances de dormir la nuit.

Le capitalisme est ainsi fait. C'est le système qui carbure au crédit et les pays, comme les individus, n'y échappent pas. Nous avons chacun notre cote de crédit. Il suffit de se présenter à la banque ou à la caisse pour emprunter et on vous jugera sur votre comportement financier. L'agitation politique qu'a connue la zone euro au cours des derniers mois a obligé ses dirigeants à «inventer» des moyens d'intervention jamais vus pour sauver les pays qui étaient au bord du précipice.

Les agences d'évaluation mesurent la capacité de payer ses dettes dans les temps promis. Ces temps-ci, disons que ça va plutôt mal. Plusieurs pays européens sont aux soins intensifs et des peuples entiers se révoltent parce qu'ils perdent ce qu'ils avaient mis des siècles à obtenir, comme des retraites décentes ou des soins de santé accessibles. Ces acquis de leurs vies collectives ont tendance à fondre au soleil.

Certains diront que les fameuses agences de notation sont des garde-fous. Que ce sont les gouvernements qui dépensent comme des fous. Ce qui démontrerait bien que ce sont les agences que nous devrions élire en démocratie puisque ce sont elles qui ont le dernier mot. Elles détiennent, en tous les cas, un immense pouvoir et nous devrions savoir à qui nous avons affaire.

Quand la nouvelle arrive au Conseil des ministres, à Québec, que l'agence de notation pourrait envisager de baisser la cote du Québec parce qu'on a un programme social trop généreux, parce que les droits de scolarité sont trop bas ou qu'on envisage de baisser le coût des médicaments, le frisson est perceptible. Au fond, c'est l'agence qui décide, au bout du compte, ce qu'un gouvernement élu démocratiquement peut faire ou ne pas faire.

L'agence, c'est comme un gouvernement international qui n'en a pas le nom mais qui en a les moyens, qui peut choisir de laisser aller une dette nationale sans intervenir parce que ça sert des intérêts particuliers qu'il favorise ou parce que ça lui permet de modeler un gouvernement comme il le souhaite. C'est surtout comme un gouvernement international qui n'aurait de comptes à rendre à personne. Assez inquiétant.
50 commentaires
  • Darwin666 - Abonné 12 août 2011 01 h 20

    La notation auto réalisatrice

    «Les agences d'évaluation mesurent la capacité de payer ses dettes dans les temps promis.»

    Non. Elles ne veulent pas que les pays remboursent leurs dettes, ce ne serait pas bon pour elles (ni pour personne). Elles veulent seulement que les pays soient en mesure de continuer à payer les intérêts sur leur dette. Or, si elles jugent que vous n'êtes pas en mesure de le faire, elles baissent votre cote, les taux d'intérêt grimpent, ce qui vous empêchera de payer les intérêts. Elles ne peuvent donc pas avoir tort...

    À moins qu'on résiste...

  • Vladislav Kivepe - Inscrit 12 août 2011 03 h 01

    Est-ce des sociétés privées qui décident de ce qu'est un mêtre, un kilogramme ou un litre

    Le pouvoir des agences de notations est dépendant d'une décision politique et législative qui réserve les notations économiques à un organisme international similaire aux statuts des organisations qui contrôle les poids et mesures

  • Vladislav Kivepe - Inscrit 12 août 2011 03 h 05

    Les dettes sont des gros chèques

    Une solution pour rationaliser les dettes et les réduire aux sommes réellement dues est d'établir un organisme de compensation international ou chaque banque et/ou organisme financier compenserai ses dettes vis à vis des autres dettes des autres organismes financiers.

    Système similaire aux "chambre de compensations" des chèques en France et certainement dans d'autre pays.

  • Yves Côté - Abonné 12 août 2011 04 h 10

    Amis circonstantiels...

    Je me rappelle d'une certaine anecdote que Madame Payette racontait tout à fait pertinemment à propos de ce qui se réglait au Conseil des ministres comme par magie après les pauses pipi qui séparaient les hommes des femmes à l'époque ou elle était ministre.
    Et bien il existe certainement aussi des toilettes séparées où vont les financiers et leurs circonstanciels amis, ces politiciens si ambitieux pour eux-mêmes qu'ils en sont capables de restreindre leurs programmes électoraux aux exigences des marchés spéculatifs et agences de notation...

  • Claude Kamps - Inscrit 12 août 2011 05 h 52

    J'ai toujours deviné un groupe qui dirige le monde collectif

    Aucune preuve de cela, pas plus que la présence de Dieu...

    Nous faisons parti du monde animale, et dans ce monde il y a des groupes super-organisés qui ont su passer au travers des siècles, comme les fourmis...

    Il n'y a pas de «chef» suprême, et l'instinct de survie et de vie est collectif, chaque membre est une partie du cerveau de la fourmilière...

    Quand j'ai appris, par exemple, l’arrêt de la progression des armées allemande à Dunkerque en 1940 ( tout à fait inattendu et inapproprié contre toute logique militaire ) qui a permis a une flottille de petits bateaux de rapatrier des centaines de milliers de combattants, tout ce mouvement mené sans direction assistée, comme si chacun des participants avait une partie de la pensée de la survie humaine...Les templiers et leurs soi disante disparition..... etc..
    J'y ai trouvé une preuve de son existence.

    La finance est une des contre partie de cette force, et perdre de l'argent, ou pire avoir une perte sur papier avec de l'argent inexistant comme les 40 milliards de la caisse de nos retraites, est rien à coté des pertes humaines en Somalie....

    Chez les fourmis ça prend un temps de fourmis pour réagir, avec ses morts et tout ceux qui change de métier, chez les humains c'est un temps à la mesure humaine avec ses pertes et laissés pour comptes... ( y en a qui sont même bien dans cet état et s'y sont adaptés...)