Cherche désespérément bonne nouvelle

Mardi dernier, j'ai dîné avec mon amie M. Elle est arrivée avec les journaux sous le bras, l'œil méchant, en disant: «Ça va tellement mal partout, je ne sais pas comment ça va finir.» J'ai souri. J'ai pensé que comme elle est une farouche libérale, elle allait peut-être m'apprendre quelque chose de nouveau sur son parti. Il faisait une chaleur écrasante et elle a dit: «On se croirait en enfer. La Terre est malade. Il faut être aveugle pour ne pas le voir.» Je l'ai laissée prendre son verre d'eau et elle est partie dans un discours qui allait durer un bon moment.

«Tu ne lis pas les journaux? Quand ce n'est pas un tremblement de terre en Australie, c'est un tsunami au Japon ou des incendies de forêt qui brûlent des villages entiers. Les volcans réagissent les uns après les autres en Islande, puis au Chili ou en Sicile. Le choléra fait des ravages en Haïti. Le maire Tremblay est allé leur donner des leçons d'administration... il se prend pour qui, lui? Moi, j'ai mon voyage. Il paraît que la faim décime des pays africains. Tout le monde s'en fout. C'est terrible. Ça ne nous touche pratiquement plus. On dit que des animaux sont en voie de disparition parce que le réchauffement de la planète fait des ravages. Les abeilles disparaissent à vue d'oeil. La guerre fait rage un peu partout dans le monde si bien que la mort est devenue une chose ordinaire. On est devenus insensibilisés... La Grèce paie pour son insouciance, l'Italie sera bientôt à genoux et l'Espagne est aux soins intensifs. Les pays arabes secouent leurs puces et réclament un peu de liberté. Ils livrent une lutte sans trêve contre l'oppression. Eux autres, ils en ont bavé. Puis, c'est pas mieux de ce côté-ci. La dette américaine est si élevée qu'Obama demande aux conservateurs de le laisser l'augmenter pour sauver le pays d'une autre récession. Ça rue dans les brancards là-bas. L'Afghanistan comme le Pakistan, je n'en parle même pas. On pense que c'est fini? Ça ne fait que commencer. La Russie enrichit ses amis. La Chine rêve de mener le monde, non pas en se servant de ses soldats, mais de ses yuan... Tu ne peux pas dire que tout va bien. T'es aveugle ou quoi? Franchement!»

Je suis restée bouche bée. L'attaque est directe. Elle reprend son souffle et enchaîne: «Ce ne sont pas les sujets qui manquent pour faire des chroniques. Tu n'as même pas parlé de Guy Turcotte... Ni de DSK... C'était pourtant de beaux sujets pour toi. Non. Tu aimes mieux t'en prendre à Jean Charest. [Ici, petite grimace.] Au moins si c'était pour dire qu'il fait son possible... Non, selon toi, il ne fait jamais rien de bon, celui-là... Lâche-le un peu. Regarde plutôt du côté de Stephen Harper. Il est têtu comme un âne. Il va démanteler le registre des armes à feu, que les femmes le veuillent ou pas. Il a l'intention d'agir dès l'automne. Il semble que rien ne le fera changer d'idée et que toute discussion est du temps perdu. L'as-tu vu, Jean Charest, les pieds dans l'eau sur le bord du Richelieu? C'est ça, un chef. Quelqu'un qui est là quand le monde a besoin de lui. Quand je pense qu'il y en a qui ont dit que c'était pour se faire voir, pour ramasser des votes... c'est tellement injuste.»

J'ai signalé au serveur de nous apporter les menus. Je cherchais un moyen de passer à autre chose. Impossible. Ce qui devait arriver arriva. M. est repartie sur le même ton.

«C'est comme Pauline Marois. Elle, elle a des décisions à prendre et ça presse. Je vais te dire, elle va finir par se retrouver toute seule dans son parti. Chef de rien ni de personne. C'est incroyable, les chicanes du PQ! Ça tourne toujours à la mutinerie et ce n'est pas la première fois. Tu le sais aussi bien que moi. Tu vas me dire que plus on réunit de gens intelligents, avec des idées fortes et des ego démesurés, plus on s'expose à ce que les discussions soient viriles. Tu vas me dire que ça ne risque pas d'arriver au Parti libéral... Je le sais. Je te connais. Quand c'est le Parti libéral, tout est mauvais.»

C'est là que je me suis mise à rire. Assez fort pour que les autres clients se retournent. Nous étions ensemble depuis près d'une demi-heure et je n'avais pratiquement pas ouvert la bouche. J'ai ri. Elle m'a dit: «Je ne sais pas ce qui te fait rire. Ça va tellement mal partout et toi, tu trouves ça drôle.»

On a mangé rapidement. Elle m'a parlé de ses petits-enfants qu'elle adore et je lui ai fait la bise en la quittant. Depuis, j'attends désespérément une vraie bonne nouvelle pour me prouver que l'époque que nous vivons n'est pas aussi opaque que ce qu'elle dit. C'est long. Je l'attends toujours...
43 commentaires
  • KaptnKrunch - Inscrit 15 juillet 2011 03 h 02

    Pour moi la bonne nouvelle c'est que le dialogue de sourd séparatiste-souverainiste tire à sa fin.

    La seule raison valable pour laquelle je crois que les libéraux ont été ré-élu c'est le PQ...

    Je suis content que la CAQ monte dans les sondages, pour en finir avec le statu quo. On aura peut-être enfin l'occasion de s'occuper de problèmes importants, des problèmes que vous mentionnez.

    Ce n'est pas la réponse que vous vouliez, mais quelqu'un devait la dire...

    Sinon en cherchant, le plan nord même si ça marche au ralenti, c'est au moins le début d'une demi bonne nouvelle.

    L'Europe va implanter une bourse du carbone.

    Visa, Paypal et MasterCard ont repris les transactions avec Wikileak.

    Matt Cutts propose d'essayer quelque chose de nouveau dans sa vie pour 30 jours... http://www.ted.com/talks/matt_cutts_try_something_

    Une résolution pour 30 jours: accumuler et suivre les sites internet de bonne nouvelles.

  • Moteur - Inscrit 15 juillet 2011 03 h 26

    Une amie?

    Ça ressemblait plutôt à un rendez-vous avec un camion de fumier!

    Pour moi, le prototype participatif tenté par l'Islande pour rédiger une constitution est une première semence d'une autre forme de gouvernance qui peut en inspirer d'autres Les révolutions arabes sont aussi des signes de changements positifs.

    Dehors, les incompétents! C'est plein de gros bon sens! Non?

    Pour les politiciens d'ici, je ne peux pas me prononcer car chaque fois que j'en voie un ou une, je ferme la TV! En passant, dans votre temps, je les croyais encore!

    Ah! oui! Le maire de Mascouche avec le ketchup! C'était rigolo quand même!
    On sait bien! Votre supposée amie est trop préoccupée par les catastrophes pour savourer ces petits plaisirs!

  • Gaston Bourdages - Abonné 15 juillet 2011 05 h 55

    Quel désolant tableau de situations humaines...!

    ...devant lequel il me reste quoi ? Simple spectateur ? Où y ai-je un quelconque pouvoir....si minime soit-il et est-il. Sûr qu'à prendre conscience de toutes ces situations de souffrances humaines...«ÇA» ne passe pas dans ma tête. Irrecevable au plan logique et rationnel. Il me reste les voies voire voix du coeur et j'ose...de l'âme. Qu'en est-il au juste ? Je m'arrête et je pense...j'y pense. Compassion ? Oui, je veux bien mais devant un tel époustouflant étalage de situations dramatiques, une compassion, «ma» compassion servirait à ?
    Un fait m'est assuré...tout ce que votre amie M. a décrit a SON explication car TOUT, je pense, s'explique. Quant à leurs JUSTIFICATIONS, c'est «autre» chose. Aucune justification possible ! Que ce soit le Pakistan, l'Afghanistan la Russie, M. Obama, Guy Turcotte, TOUT y trouve explications sauf que ce faisant nous avons possiblement rendez-vous avec l'Horreur. C'est très souvent sinon toujours le cas de ne pouvoir...peut-être vouloir accepter l'horreur comme fond de scène de comportements humains. Oui, cette horreur dont sont capables des êtres humains.
    Je pense, humblement, Madame Payette, qu'il existe une bonne nouvelle....celle de pouvoir conscientiser l'humanité qui nous habite, faire paix avec elle...oui avec et malgré ces horreurs dont elle est capable. Je suis un être humain aux prises avec les beautés qui m'habitent et leurs désolants antonymes : les laideurs. Je suis capable des deux.
    Mes respects,
    Gaston Bourdages
    Simple citoyen - écrivain en devenir
    Saint-Valérien de Rimouski
    www.unpublic.gastonbourdages.com
    P.S. Je salue Madame M. et la remercie pour sa colère...j'y ai appris plus sur moi.

  • Yves Côté - Abonné 15 juillet 2011 06 h 12

    La bonne nouvelle...

    La bonne nouvelle c'est que lorsque plus rien ne va, il est permis de tout reprendre en ayant le courage de changer de chefs et de travailler fort...
    Merci Madame Payette et
    Vive le Québec libre !

  • michel lebel - Inscrit 15 juillet 2011 06 h 32

    Bonne Nouvelle!

    La bonne nouvelle: l'été est enfin arrivé, avec tout ce qui l'accompagne: des fleurs aux fraises et framboises et la baignade à l'extérieur! Enfin il y a toujours La Bonne Nouvelle annoncée jadis par un certain Jésus. Celle-ci me semble toujours d'actualité et c'est toujours la Grande nouvelle pour ceux et celles qui y croient.