En quête de réponses

L'an dernier, à pareille date, le chef libéral Michael Ignatieff était en tournée pour rencontrer les Canadiens. Cette année, le chef intérimaire Bob Rae se prépare à faire la même chose. Pour écouter à son tour, mais aussi tenter de découvrir les raisons de la défaite cuisante du Parti libéral, le 2 mai dernier.

Les libéraux se cherchent. Bob Rae ne le dirait pas comme ça, lui qui dit que «le parti comprend la nature de sa défaite», mais il avoue lui-même ne pas savoir encore pourquoi les électeurs ont boudé les libéraux et, surtout, pourquoi les Québécois ont préféré le NPD au PLC lorsqu'ils ont abandonné le Bloc québécois. De toute évidence, il ne se satisfait pas des explications données jusqu'à présent.

Ces dernières sont nombreuses et varient d'une région du pays à l'autre. Impossible d'en faire une liste exhaustive, d'autant plus que l'autopsie de la déconfiture libérale n'est pas terminée. On sait toutefois qu'au Québec, le PLC porte encore le poids de ses positions constitutionnelles. Il avait commencé à remonter la pente en 2000, pour dégringoler sous le poids du scandale des commandites. Dans l'Ouest, la méfiance s'est installée dans les années 1980, à la suite surtout de la Politique nationale de l'énergie, et elle ne s'est pas dissipée depuis. Le PLC y est perçu depuis longtemps comme un parti au service des élites du Canada central et indifférent à la réalité particulière des Prairies. Même son bastion ontarien lui a, à plusieurs égards, fait faux bond, un développement qu'on n'a pas fini d'analyser.

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Les chiffres ne mentent pas. Le PLC a vu ses appuis décliner élections après élections depuis 2004 pour aboutir, le 2 mai, aux pires résultats de son histoire en matière de sièges (34) et de votes (18,9 %). Un sondage publié hier montrait que ça ne s'arrangeait pas. Selon la firme Abacus, les conservateurs récoltent maintenant 41 % des appuis au Canada, le NPD, 32 % et le PLC, 17 %. Au Québec, les libéraux seraient sous la barre des 10 %.

Les libéraux connaissent ces statistiques par coeur, mais ce qu'ils en déduisent est ambigu. En conférence de presse hier, M. Rae disait que c'était une «période excitante» pour être libéral, tout en reconnaissant que le parti devait traverser «une sorte de thérapie», régler certains problèmes et bien identifier les enjeux qui touchent les gens. En même temps, il dit que «la victoire et la défaite sont toutes deux temporaires», que «le changement viendra», puis nie miser ainsi sur le passage du temps.

Bob Rae persiste à dire que le PLC a un avenir. Il en veut pour preuve l'augmentation du nombre de membres, dont le parti refuse toutefois de dévoiler la taille, et une hausse des dons en argent au cours de la dernière campagne électorale et des semaines qui ont suivi. Et à l'entendre, il est clair où loge le PLC dans cet univers politiquement plus polarisé qu'auparavant. Le PLC défend les droits fondamentaux, la liberté, l'égalité des chances. Il est progressiste, adepte de politiques pragmatiques inspirées des faits et non d'une idéologie, dit-il, rejetant toute allusion d'ambivalence.

Il compte sur sa tournée pour porter ce message. Il aura fort à faire cependant. Le mois dernier, le sondeur Nik Nanos a demandé à 1004 Canadiens de nommer les forces et les faiblesses des différents partis. La moitié des personnes sondées n'ont pu en accoler aux libéraux tant leur image et leur message étaient flous.

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Heureusement pour lui, M. Rae ne sera pas seul dans cette galère. Bien des militants et sympathisants libéraux ont manifesté leur intention de mettre la main à la pâte. Mais ils ont bien fait comprendre, sur la Toile et ailleurs, qu'ils ne se contenteraient pas de changements cosmétiques.

Les structures du parti ne favorisent pas la participation réelle des militants. Les réformes internes entreprises au début des années 2000 ne sont toujours pas complétées. Les propositions mises en avant par les 32 groupes de travail mis sur pied par la Commission du renouveau, en 2006, se sont retrouvées sur des tablettes. Le changement promis ne s'est pas concrétisé, sauf en apparence.

La tournée estivale amènera peut-être de l'eau au moulin à idées, mais ce n'est pas ainsi que le PLC reprendra pied. Pour y parvenir, il devra concilier deux forces contraires: un appel à la centralisation de l'organisation afin de la rendre aussi professionnelle et efficace que celles des conservateurs et des néodémocrates, et une pression vers la décentralisation des structures participatives afin de donner plus de pouvoirs aux associations locales en matière de recrutement, de collecte de fonds et d'élaboration des politiques. Un travail d'équilibriste qui prendra du temps.

Le parti doit en même temps se pencher sur les causes de son lent déclin. Selon le sondage Nanos, la plupart des faiblesses du PLC citées par les répondants étaient associées au passé du parti. Le dénigrement des chefs Michael Ignatieff et Stéphane Dion par les conservateurs n'explique donc pas tout. On comprend que les libéraux veuillent se prémunir contre de nouveaux assauts, mais ce ne devrait même pas être leur premier souci, surtout qu'ils ont peu de chances d'être la prochaine cible. Après tout, ils ne sont que troisièmes, un fait qui à lui seul devrait inspirer une profonde introspection.

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Sur ce, bonnes vacances et on se retrouve le 10 août.

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7 commentaires
  • Socrate - Inscrit 6 juillet 2011 05 h 53

    Rossinante

    Ces lointains bruits de sabots de l'Histoire ne servent manifestement plus de rien à défaut de cheval, et Bob serait certainement plus utile à vendre des limonades plutôt que ses salades à vrai dire.

  • Gabriel RACLE - Inscrit 6 juillet 2011 06 h 13

    Sabordage?

    Le parti libéral est un parti usé, qui a fait son tempo. Il est donc temps pour lui de voir les choses en face.
    Le parti libéral, du moins ce qu'il en reste, devrait entreprendre des négociations d'union avec le NPD. La situation politique s'éclaircirait et S. Harper aurait en face de lui une solide et forte opposition, au bénéfice de tous ceux qui n'adhèrent pas au conservatisme de S. Harper, c’est-à-dire la majorité des Canadiennes et des Canadiens.
    Il est plus glorieux de trouver une solution positive de ce genre, que de croupir et de disparaître finalement dans l’indifférence générale.
    Faut-il ressusciter un moribond? L’agonie du parti libéral ne date pas de la dernière élection. Elle a commencé avec le départ de Jean Chrétien et M. Ignatieff lui a donné le coup de grâce, avec sa potion létale faite d’arrogance, de méconnaissance et de vanité. Faut-il dépenser beaucoup d’énergie à ressusciter ce moribond? L’acharnement thérapeutique est-il une bonne solution?
    Certainement pas. D’ailleurs, qui peut s’intéresser à une telle solution sans issue. Il serait plus judicieux que Bob Rae utilise son expérience antérieure, lorsqu’il était néo-démocrate, pour se rapprocher du NPD, afin de créer au Canada, en face d’un parti conservateur de droite et même d'extrême droite, un solide front social plus orienté à gauche, avec des perspectives pancanadiennes de renouvellement de la politique du Canada et de ses institutions (constitution, président élu, semât élu, etc.), comme les grandes démocraties en donnent l’exemple.

  • Gabriel RACLE - Inscrit 6 juillet 2011 06 h 14

    Sabordage (suite)

    Une telle perspective de concentration des forces sociales et de renouvellement offrirait enfin au Canada, lors des prochaines élections, un avenir politique ouvert, nouveau, rafraichissant, qui nous ferait sortir des sentiers battus de la petite politique politicienne. Bob Rae, néo-démocrate-libéral est tout indiqué pour travailler dans cette direction et ouvrir une voie nouvelle et riche de promesses pour l’avenir du Canada. « L’union fait la force » et c’est bien cette force, celle d’un parti unique fort, qui est nécessaire pour nous éviter de sombrer dans l’extrême-droitisme à la Harper et construire un Canada moderne, un Canada du XXIe siècle.
    C’est dans ce sens que devrait aller la réflexion de Bob Rae et de son groupe de survivants.

  • michel lebel - Inscrit 6 juillet 2011 06 h 49

    Un temps révolu!

    Le Parti libéral n'attire plus, parce qu'il n'a tout simplement pas de programme, pas d 'idées à mettre de l'avant. Il continue à attendre le fromage-pouvoir comme le renard de la fable. Mais ce temps est révolu. Oui! Révolu! Et en plus, depuis Paul Martin, leurs chefs ont été faibles. Beaucoup, beaucoup de travail en profondeur attend les libéraux.

  • Michel Simard - Inscrit 6 juillet 2011 09 h 48

    La fin des liberals provinciaux

    Espérons que la mort prochaine du PLC annonce le glas du QLP et de sa bande de corruptistes et sa suite de vassux municipaux, dont le chef agit plus en clown qu'en homme de gouvernement. Le Québec n'a pas besoin de cette bande d'intéressés sans vision qui signe notre déclin depuis trop longtemps.