Revue de presse - Réflexion en trois temps

Quel est l'état de la fédération, du mouvement souverainiste et de son projet? Ma collègue Chantal Hébert a publié trois textes sur la question cette semaine dans le Toronto Star. Cela valait le détour, mais comme elle a pris congé des pages du Devoir pour l'été, vous n'aurez pas la chance de prendre connaissance de ses réflexions. En voici donc un résumé, les textes originaux étant disponibles sur le site thestar.com.

Dans un premier texte, Hébert prend prétexte de la fête de la Saint-Jean-Baptiste pour faire un parallèle entre le mouvement souverainiste et l'Église catholique. «Un demi-siècle après ce changement séismique [de la Révolution tranquille], la fin de semaine de la Fête nationale trouve les grands prêtres et prêtresses du mouvement souverainiste en train de se démener pour faire face au même exode de leurs diverses chapelles. Il est évident que le mouvement souverainiste québécois traverse une grave crise de foi. Que son déclin puisse être aussi permanent que celui de l'Église catholique dans les années 1960 est une réelle possibilité.» Selon elle, les sondages qui disent que près de la moitié des Québécois se disent souverainistes sont aussi trompeurs que les statistiques qui disent que la majorité est catholique. À son avis, les résultats des élections du 2 mai dernier au Québec, avec la cuisante défaite du Bloc québécois, ne sont qu'un élément d'un changement très profond, qui a déjà des effets peut-être permanents sur le Parti québécois. Selon Hébert, le déclin du Bloc était déjà écrit dans les astres au moment de la retraite de Jean Chrétien. Avant le scandale des commandites, rappelle-t-elle, Paul Martin dominait dans les sondages dans la province. Elle ajoute que la baisse d'appui pour la souveraineté et le réengagement des Québécois envers la fédération étaient bel et bien enclenchés quand l'accord du lac Meech (ALM) a été négocié. Le mouvement souverainiste présente ses reculs comme un «hoquet de l'histoire», mais le vrai hoquet est survenu lors du référendum de 1995, dit-elle. Sans les passions alimentées par la mort de l'ALM, sans «les feux d'artifice constitutionnels de Brian Mulroney» à la fin des années 1980, écrit-elle dans un second texte, ce référendum n'aurait pas eu lieu.

Selon Hébert, les leaders souverainistes sont aujourd'hui à court de munitions. Ils ont perdu en 1995 mais contrôlaient les tranchées à l'Assemblée nationale et à la Chambre des communes. Ils ont cherché du carburant pour leur cause. Le déséquilibre fiscal, l'enregistrement des armes à feu, les changements climatiques n'y ont rien changé. Même la loi sur la clarté n'a pas empêché Jean Chrétien de récolter plus de votes que les souverainistes en 2000. Des idées préconçues ont été taillées en pièces, comme celle voulant qu'une forte présence québécoise au pouvoir à Ottawa soit nécessaire pour assurer l'unité du pays. Stephen Harper prouve le contraire, lui qui vient de traverser cinq années de calme qui se concluent par la déroute du Bloc. Les questions identitaires, des compressions en culture à la faible présence du français aux cérémonies d'ouverture des Jeux de Vancouver, demeurent un point très sensible. «Mais ces débats ne sont plus aussitôt vus comme un test important pour la relation du Québec avec le reste du Canada. Les passions suscitées ne débouchent plus automatiquement en appui pour les souverainistes.» Aujourd'hui, le Québec est présent sur la scène canadienne dans des termes qui rappellent l'ALM, le même accord dont la mort avait provoqué cet éloignement de près de 20 ans.

Mais la fédération a changé, dit Hébert dans un dernier texte. Le fédéralisme du temps de l'ALM n'est plus. En fait, les opposants à l'accord ont peut-être gagné la bataille, mais ils ont perdu la guerre. Ils craignaient que l'accord réduise la présence du fédéral et porte atteinte à l'égalité des provinces. Deux décennies plus tard, un accord sur la santé reconnaît la situation différente du Québec et la prochaine entente en fera autant, a promis Stephen Harper. Le premier ministre du Québec est présent à l'étranger pour exposer sa position, même si elle diffère de celle d'Ottawa sur des dossiers comme le commerce et les changements climatiques. Aujourd'hui, le pouvoir se déplace d'Ottawa vers les provinces et c'est le principe de l'égalité qui favorise le mouvement. L'ironie, dit Hébert, est que cela s'est surtout produit sous le règne du parti le plus farouchement opposé à l'entente. Durant la deuxième moitié de son règne, Jean Chrétien a lancé, avec ses surplus, un mouvement de développement des infrastructures sociales, que Paul Martin a poussé encore plus loin avec ses ententes particulières sur les garderies et son entente asymétrique sur la santé. L'idée, défendue par le Québec à l'époque, suscite maintenant l'intérêt d'autres provinces qui, par le passé, croyaient qu'un gouvernement fédéral omniprésent était nécessaire pour tenir les souverainistes en échec. Maintenant, la plupart des provinces estiment être les mieux placées pour défendre leurs intérêts. Le premier champion d'un gouvernement central fort, l'Ontario, ne confond plus ses intérêts avec ceux du fédéral, un gouvernement où l'Ouest exerce de plus en plus d'influence.

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mcornellier@ledevoir.com

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10 commentaires
  • heure-juste - Inscrit 2 juillet 2011 06 h 56

    fédéralisme-souveraineté

    Qu'il fait bon de lire les commentaires justicieux de Chantal Hébert qui ne craint jamais de remettre les pendules à l'heure.
    Il n'y a plus qu'environ 18 % ge souverainistes convaincus et ce nombre va en décroissant avec les années.
    Elle nous rappelle que le résultat serré du référendum de 1995 était plutot dû à la coalition des Mario Dumont, Lucien Bouchatd, Meech, etc, etc, et plusieurs astuces que le temps d'alors nous rappelle.
    Sans toutes ces astuces et émotions de ce temps précis, le résultat de 1995 aurait été beaucoup plus près de celui de 1980.
    Depuis 2006, le Bloc vivait sur du temps emprunté et se maintenait en place avec toutes sortes d'astuces électorales.
    Les politiciens réalisent qu'en 2011, la population est de mieux en mieux informée avec les réseaux de nouvelles 24 heures sur 24, l'Internet, les délibérations du Parlement à Ottawa, avec CPAC, ainsi que la télédiffusion en direct de la Période des Question à l'Assemblée Nationale, ainsi que des commissions parlementaires.
    Les médias ne peuvent plus rapporter que des bouts de clips et de supposées nouvelles incomplètes sans que le peuple s'en aperçoive , et la crainte que leur crédibi;ité soit minée, les force à dore la vérité.
    Les politiciens doivent trouver de nouvelles façons de faire de la politique, mais SURTOUT :
    LES MÉDIAS, journalistes, chroniqueurs, éditorialistes et autres, doivent trouver de nouvelles façons de rapporter la nouvelle car ils ne peuvent plus leurrer la population avec des reportages incomplets et astuces remplis de partisannerie.
    Vive la liberté d'expression, mais Vive en même temps le journalisme précis et la population ne s'en portera que mieux. Autrement dit`:
    Vive L'HEURE JUSTE

  • Jean Lapointe - Abonné 2 juillet 2011 07 h 14

    Elle aurait dû dire la vérité


    Au lieu de faire 56 détours, Chantal Hébert aurait été plus franche en disant clairement qu'elle est opposée à la souveraineté du Québec et en donnant ses raisons pour qu'on puisse en discuter.

    C'est maintenant à nous souverainistes de prouver que par la volonté nous pourrons parvenir au but que nous visons.

    Les déterminismes peuvent être surmontés quand on le veut vraiment.

    Il ne faut pas se laisser influencer par les défaitistes et les pessimistes.

  • michel lebel - Inscrit 2 juillet 2011 07 h 27

    Rien de neuf ou nihil novi!

    Tout ceci pour dire que la politique est une question fort conjoncturale et que le fédéralisme n'est pas un mode statique de gouvernement. En d'autres termes, Mme Hébert n'a pas inventé ici les boutons à quatre trous! Ses vacances sont bien méritées!

  • France Marcotte - Inscrite 2 juillet 2011 18 h 10

    Au chevet du mourant

    Si madame Hébert ruminait cette analyse depuis longtemps, pourquoi n'est-ce que maintenant qu'elle porte le grand coup?
    Pas sûre que l'omission de publier ces textes en français ne soit dû qu'à l'arrivée malencontreuse des vacances.
    Au chevet du mourant, on voit s'approcher toutes sortes d'oiseaux, certains de mauvais augure et aussi des charognards.
    "Je l'avais bien dit", piaillent-ils, excités par l'odeur du sang.
    Qu'ils ne se réjouissent pas trop vite, le mourant n'a peut-être pas dit son dernier mot.
    Et si au retour des vacances le moribond respire toujours, madame Hébert répètera-t-elle en français son requiem?

  • Roland Berger - Inscrit 3 juillet 2011 00 h 22

    Quel texte savoureux !

    Merci à Madame Turcotte pour son commentaire ô combien savoureux. Madame Hébert, comme tant d'autres intellectuels que je ne listerai pas ici, se plaît à se situer au-dessus de la mêlée, ce qui relève du privilège du chroniqueur. Mais son regard n'est pas celui de l'aigle, et son vol au-dessus d'un Québec moribond est une vue de son appétit de charognard(e).
    Roland Berger