NPD et syndicats

Dès que Jack Layton a obtenu son mandat pour déménager à Stornoway, l'attention des médias de langue anglaise s'est rapidement détournée des résultats des élections du 2 mai. Malgré la défaite cinglante du Bloc québécois, les journalistes anglophones ont préféré mettre l'accent sur les défis du NPD au Québec. Et les Canadiens d'un océan à l'autre ont pu se régaler d'histoires soulignant le jeune âge et l'inexpérience de certains de ses députés nouvellement élus dans la Belle Province.

Cette couverture a occulté un autre problème auquel le NPD devra faire face. Comme on a pu le constater la fin de semaine dernière, les liens qu'entretient le parti avec le mouvement syndical peuvent s'avérer un obstacle beaucoup plus important à la formation d'un gouvernement à Ottawa.

Les difficultés du NPD au Québec pourraient demeurer théoriques au cours des quatre prochaines années. Tout dépendra du programme du gouvernement Harper. M. Layton a déjà abaissé les attentes en matière de réforme constitutionnelle. Quant à Stephen Harper, s'il a réaffirmé son appui aux arrangements asymétriques avec le Québec, il a indiqué au congrès du Parti conservateur qu'il n'a aucune intention de suivre l'approche de Pierre Elliott Trudeau en matière de fédéralisme.

Par contraste, les liens du NPD avec le monde syndical sont fondamentaux. Plus que de l'argent, les syndicats donnent au NPD son muscle organisationnel — des ressources particulièrement appréciées le jour du scrutin.

Lors de son congrès à Vancouver, M. Layton a refusé de renoncer aux liens qui lient son parti aux syndicats. Or, ce mouvement est de plus en plus dominé par les syndicats du secteur public, et les intérêts divergents des électeurs-contribuables continueront donc d'entraver la voie du parti au pouvoir à Ottawa.

C'est ce clivage que les conservateurs ont exploité en intervenant dans le différend à Postes Canada. Et, hormis le nombre relatif de députés du gouvernement et du NPD aux Communes, c'est ce même clivage qui est responsable de l'échec de l'obstruction législative du week-end dernier.

Certains reprochent maintenant au NPD de s'être engagé dans un combat qu'il ne pouvait pas gagner. Ridicule. Nul besoin d'expliquer à M. Layton que l'opposition officielle ne sera pas capable de défaire des projets de loi, encore moins le gouvernement Harper, et ce, pour les quatre années à venir. Mais il aurait été impensable que les néodémocrates baissent les bras devant une loi touchant ses partisans de la base.

Heureusement pour M. Layton, l'intervention rapide de M. Harper a fait en sorte que le syndicat n'a pas eu le temps de provoquer la colère des Canadiens. Par conséquent, le NPD ne paiera pas un prix énorme les manoeuvres de ses flibustiers qui auront duré 58 heures. Heureusement pour lui, le syndicat semblait lui-même très désireux de rentrer au travail.

Ce ne sera pas toujours le cas au cours des quatre prochaines années. Si M. Layton joue ses cartes habilement, il n'aura pas à se désespérer de ne jamais occuper le 24, promenade Sussex. Son défi sera de toujours montrer le gouvernement Harper sous son mauvais jour. Alors qu'il doit faire de son mieux pour convaincre plus de Canadiens que le NPD est prêt à gouverner, il doit garder en tête qu'une victoire électorale ne pourra être obtenue qu'en veillant à ce que son parti demeure la seule solution de rechange sérieuse aux conservateurs.

Beaucoup a été dit et écrit à propos de l'intention de M. Harper de remplacer le Parti libéral comme «parti gouvernant naturel du Canada». Mais les déclarations récentes des conservateurs suggèrent que M. Harper n'a pas encore décidé si la meilleure stratégie à court terme est de tuer le Parti libéral ou de le laisser vivre affaibli afin de diviser le vote.

Par contre, pour Jack Layton, la voie vers le pouvoir est claire. Le NPD doit éliminer les libéraux — soit par une prise de contrôle, soit par une fusion — pour ne laisser aux électeurs qu'une seule option quand ils se lasseront des conservateurs. Ce qui, tôt ou tard, sera inévitable.

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nspector@globeandmail.ca

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Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail.

Il sera de retour en cette page en août.
12 commentaires
  • Jean_Yves - Abonné 30 juin 2011 07 h 22

    Analyse impecable !

    Analyse dont on peut déduire que les intérêts syndicaux sont des intérêts privés. Qu’il s’agit bien de lobby qui travaillent pour leurs membres cotisants, et non pas pour l’intérêt publique.

  • Roland Berger - Inscrit 30 juin 2011 08 h 12

    Filibuster inutile

    Le NPD aurait dû plutôt multiplier les conférences de presse partout au pays pour expliquer à ceux et celles qui ne suivent pas les débats parlementaires pourquoi la loi spéciale contre les employés de Postes Canada allait à l'encontre des valeurs canadiennes. L'absence des députés du NPD à la Chambre des Communes aurait marqué plus de points que leur présence, que plusieurs ont interprété comme un appui, malgré tout. De plus, les députés québécois auraient pu retourner dans leur circonscription pour fêter la Saint-Jean avec leurs électeurs.
    Le parlementarisme britannique est plus que caduc.
    Roland Berger

  • Paul Lafrance - Inscrit 30 juin 2011 09 h 19

    Si j'étais syndiqué

    Si j'étais syndiqué, ça me mettrait en m..... que mes cotisations servent à financer un Parti politique, même si ce Parti était celui que j'appuie..

  • Hyperbolique - Inscrit 30 juin 2011 09 h 28

    Rectification

    @Jean-Yves, vous vous trompez sur un point. Les syndicats protègent des intérêts d'ordre collectif, donc qui ne sont pas strictement privés. Ça n'existe pas un syndicat qui travaille que pour des intérêts privés qui seraient d'ordre individuel. En ce sens, la différence entre une compagnie d'actionnaires et un syndicat reste très grande : l'un travaille pour des intérêts proprement individuel (le profit) et l'autre pour des intérêts collectifs (protéger ses membres contre les abus des employeurs). Donc, vous conviendrez que les syndicats travaillent pour des intérêts publics, c'est-à-dire qui vise une collectivité de membres.

  • grace - Inscrit 30 juin 2011 10 h 23

    Exellente analyse

    Ce texte illustre une excellente analyse de la scène politique canadienn avec un focus mis sur le NPD.
    Nous n'avons qu'à regarder et lire les journaux à l'extérieur du Québec, pour anticiper déjà la lutte entre le Parti Libéral du Canada et le NPD. Par exemple, sur CBC Newsworld à l'émission Politics avec Evan Solomon, nous pouvons voir quotidiennement le positionnement des politiciens du PLC et du NPD. Ces politiciens parfois s'attaquent et parfois se rallient à des positions avec certaines nuances. Lors de ralliement, on sent un certain malaise. Je ne crois pas qu'au Québec, nous comprenions parfois la haine qui existe entre les militants de ces deux partis politiques. Cela serait interessant de voir la manière que la fusion de ces deux partis serait entreprise.

    Les journalistes et les politiciens éprouvent des difficultés à s'ajuster à la nouvelle position du NPD comme opposition officielle. Les portes-paroles n'ont pas la rapidité et l'expérience du PLC. Cela ne sent pas le pouvoir ou l'expérience du pouvoir.

    De plus, les députés et portes-paroles du NPD auront à faire des apprentissages rapides et cela vaut non seulement pour les nouvelles recrues provenant essentiellement du Québec, mais pour les autres plus anciens dans ce parti. La transition de troisieme parti à opposition officielle apparait difficile. Vu du Québec, on sent une influence du mouvement syndical et dans certains cas on dirait ...le mouvement macramé des années 70.
    Le NPD devra évoluer rapidement vers une plus grande modernité et vers un statut ayant plus de robustesse. Sinon au prochaine élection, il n'aura que lui à blamer s'il retourne en troisieme position.