Vivement la retraite!

Je lis vos chroniques avec l'angoisse de ne jamais pouvoir accéder à une retraite précoce et celle plus grande encore de devoir travailler jusqu'à mon souffle ultime. Mais je n'ai jamais aimé travailler; je suis pris dans un système économique et social d'où s'échapper semble impossible à moins d'un gros lot ou d'un héritage soudainement tombé du ciel. Mais bosser, toujours bosser, pour finalement arriver à une retraite à moitié épuisé me semble un non-sens... Je trime malgré tout depuis que j'ai vingt-six ans, donc depuis vingt-huit ans déjà, sans interruption, et j'ai aujourd'hui une chance d'encaisser un pactole de 800 000 $ en vendant ma propriété et mon commerce à qui s'y intéresse. Les deux me rapportent environ 60 000 $ par an avant impôts; l'un me fournit un boulot stable et l'autre, un toit dont je n'ai qu'à payer les assurances et les taxes, soit un total de 8000 $ annuellement.

Ma question est de savoir s'il vous semble: a) totalement utopique; b) presque inconscient; c) possible mais téméraire; d) désirable; e) à faire sans faute, de considérer ne plus avoir à travailler avec une somme semblable disponible sans pour autant manger du gruau chaque jour ni devoir me désabonner de votre quotidien par manque de fonds. Je peux vivre assez humblement, je ne souffre pas d'impulsions ostentatoires qui me poussent aux dépenses irréfléchies afin d'avoir l'air de «quelqu'un» et si j'ai des griffes, ce sont celles qui lacèrent plutôt que celles qui paradent... Je n'ai pas d'enfant connu, pas d'héritier vorace et pas envie de donner ce qui restera pour l'achat de joujoux de guerre à des politiciens capricieux; autant le dépenser et en profiter moi-même. La longévité de mes ascendants me laisse espérer vivre deux autres décennies et demie de pur bonheur enchanté avant de m'éteindre sans heurt ni amertume... Je sais bien qu'on ne sait jamais et je suis prêt à prendre quelques risques statistiques... Si vous avez répondu à ma question par c) ou d) ou e), sauriez-vous me donner quelques pistes qui me permettraient d'étirer la sauce sans la gâter?

Merci de respecter mon anonymat...

Le pressé d'en finir


Ouf! Au ton de votre lettre, on constate que vous êtes fatigué de travailler. Posséder un commerce est exigeant. Aussi, après 26 ans de dur labeur (souvent six, parfois sept jours sur sept), il est bien normal de vouloir tirer sa révérence. Surtout qu'à la sortie se trouve un joli pactole de 800 000 $.

La grande question ici est la suivante: s'agit-il d'un montant après ou avant impôt? Pour prétendre à une retraite confortable à 55 ans, j'estime qu'il faut posséder un avoir net après impôt de 780 000 $ pour un couple et de 640 000 $ pour une personne seule. À vous donc, dans un premier temps, de déterminer la valeur marchande après impôt de votre entreprise et propriété. Sur ce point, je vous conseille de retenir les services d'un bon fiscaliste (il pourra aider votre comptable) afin de mettre en place la structure requise pour maximiser le produit de la vente de votre commerce après impôt.

Là où vous en êtes, à 54 ans, je pense que de vendre votre entreprise est une option à considérer sérieusement. Même si le produit de la vente doit s'avérer quelque peu inférieur aux cibles de richesse susmentionnées, vous aurez toujours le loisir de combler l'écart en trouvant un travail moins exigeant et probablement à temps partiel. Cela vaut certainement mieux qu'une éventuelle dépression.

Par ailleurs, la vente de votre entreprise vous donnera l'occasion de mieux diversifier votre avoir. Pour le moment, tous vos oeufs sont dans le même panier, ce qui représente un risque additionnel avec lequel les entrepreneurs doivent souvent composer. Or, à l'approche de la retraite, il est sage de diversifier son avoir, question de consolider les assises de son portefeuille.

En contrepartie, se retrouver soudainement avec des liquidités de plusieurs centaines de milliers de dollars, sans grande connaissance du monde du placement, vous rend très vulnérable aux «vendeux» de produits financiers de tout acabit. Aussi, une fois le produit de la vente de votre entreprise encaissé, vous verrez dans un premier temps à l'investir dans les titres à revenus fixes de grande qualité que sont les obligations négociables des divers gouvernements (Canada, les provinces et leurs organismes paragouvernementaux, ainsi que les municipalités). Vous pouvez également considérer les obligations à terme à taux progressifs de Placements Québec. Un point important: il ne faut dépasser en aucun temps l'échéance de cinq ans pour quelque placement que ce soit. Puis, du produit net de la vente de votre entreprise, vous devrez investir près de 200 000 $ dans les titres à revenus de très courtes échéances (moins d'un an; au menu: les bons du Trésor et les dépôts à terme des institutions financières). Ce seront là les liquidités qui vous serviront à construire graduellement (il faudra échelonner votre plan d'achat sur au moins un an et demi) votre portefeuille d'actions. Celui-ci devra strictement se composer d'actions de grandes entreprises canadiennes dominant leur marché et ayant pour politique de verser des dividendes attrayants (généralement un taux de dividende annuel de 3 % et plus) et croissants. Vous choisirez huit entreprises vous permettant de participer à quatre ou cinq secteurs-clés de notre économie. Vous verrez à n'accumuler ces actions que très graduellement, sur faiblesse des cours seulement.

En contrepartie, se retrouver soudainement avec des liquidités de plusieurs centaines de milliers de dollars, sans grande connaissance du monde du placement, vous rend très vulnérable aux «vendeux» de produits financiers de tout acabit. Aussi, une fois le produit de la vente de votre entreprise encaissé, vous verrez dans un premier temps à l'investir dans les titres à revenus fixes de grande qualité que sont les obligations négociables des divers gouvernements (Canada, les provinces et leurs organismes paragouvernementaux, ainsi que les municipalités). Vous pouvez également considérer les obligations à terme à taux progressifs de Placements Québec. Un point important: il ne faut dépasser en aucun temps l'échéance de cinq ans pour quelque placement que ce soit. Puis, du produit net de la vente de votre entreprise, vous devrez investir près de 200 000 $ dans les titres à revenus de très courtes échéances (moins d'un an; au menu: les bons du Trésor et les dépôts à terme des institutions financières). Ce seront là les liquidités qui vous serviront à construire graduellement (il faudra échelonner votre plan d'achat sur au moins un an et demi) votre portefeuille d'actions. Celui-ci devra strictement se composer d'actions de grandes entreprises canadiennes dominant leur marché et ayant pour politique de verser des dividendes attrayants (généralement un taux de dividende annuel de 3 % et plus) et croissants. Vous choisirez huit entreprises vous permettant de participer à quatre ou cinq secteurs-clés de notre économie. Vous verrez à n'accumuler ces actions que très graduellement, sur faiblesse des cours seulement.

Avant d'entreprendre la construction dudit portefeuille, abonnez-vous à une bonne lettre financière parfaitement objective qui a pour mission de suivre le développement des grandes entreprises canadiennes.

Une fois votre portefeuille d'actions construit (dans un an et demi environ), donnez-vous une autre période d'un an et demi pour en mesurer l'efficacité. Si, au terme de cette période, vous êtes satisfait de vos choix et des revenus de placement obtenus, alors vous verrez à investir davantage dans les compagnies déjà choisies de manière à ce que le poids des actions représente près de 50 % de votre portefeuille global. Le reste de celui-ci sera composé essentiellement d'obligations négociables de qualité.

Parallèlement à la construction de votre portefeuille, il vous faudra trouver une autre propriété, unifamiliale. Essayez de limiter son coût d'achat à tout au plus 170 000 $. Il est ici primordial que vous puissiez acheter ladite propriété comptant. À la retraite, je juge important de posséder un bilan libre de toute dette.

***

cchiasson@proplacement.qc.ca
8 commentaires
  • mimiguiraud - Inscrit 25 juin 2011 09 h 51

    une autre façon de porendre sa retraite

    Bonjour,

    la lecture des deux textes me donnent envie de partager avec vous une autre façon de prendre sa retraite... car je voterai volontiers pour e) dans votre cas.
    Apres avoir travaillé dur 15 ans et acheté un petit bien immobilier, j'ai pris "une sorte de retraite" à l'âge de 35 ans pour décider d'une vie plus sobre, parcourir un bout de chemin parsemé de rêves, déguster la vie. En vivant lentement et redécouvrant les choses simples de la vie, on n'a pas besoin de beaucoup d'argent (mais il est toujours rassurant d'avoir qq réserves pour d'éventuels coups durs). J'ai des revenus annuels de 20 000CAD/an et m'en sors tres bien, suis très heureuse. Cela fait dejà 15 ans que je vis ainsi et n'ai aucun regret.

    Alors j'avais juste envie de vous faire réfléchir à quel genre de vie vous aspirez et dans quel pays vous désirez vivre. Votre état de santé est également important: sachez que la santé s'améliore avec une vie saine et des activités devenues possibles quand on a du temps!

    Mon conseil serait d'essayer d'élaborer un budget pour votre retraite, qui dépendra de l'endroit où vous vivrez, des activités de loisirs et autres qui vous passionnent, des habitudes de vie que vous aimeriez changer...
    A l'époque de ma prise de décision, j'avais fait deux listes: ce que je n'aime pas, ( et donc aimerai éviter) et ce que j'aime, ce qui me rend heureuse, me passionne, mes rêves (même les plus fous). Peut être purriez-vous essayer cette méthode, ou bien trouver la vôtre.

    En terme de placement, n'oubliez pas l'immobilier et ses revenus (loyers ou viager), même si les conseils précédents me sembllent raisonnables: propriété à acheter comptant, ne plus avoir de dettes ... c'est excellent et indispensable.
    Avec un patrimoine comme le vôtre, ôtez toute angoisse de votre esprit...

    Je vous souhaite bonne chance et une jolie seconde partie de vie:
    "Rêvez et apprenez comme si vous deviez vivre toujours, vivez comme si vous deviez mourir

  • Jeannot Duchesne - Inscrit 25 juin 2011 10 h 52

    Ne vendez surtout pas.

    On vous fait miroiter de fausses assurances dans des placements pour un joli portefeuille diversifié avec des taux de rendement de 3% Wow! Avec cette recette, attendre un an et demi pour en mesurer l'efficacité, A) De bons résultats, B) Des Résultats médiocres, c) De décevants résultats et une année et demie de perdue si les dommages ne sont pas trop grands.

    Il vous restera un toit d'une valeur approximative de $170,000.00 tel que proposé. Généreux ce système! Faites-vous un joli magot en vendant votre commerce, votre maison et en diminuant votre qualité de vie et votre avoir pour nourrir le panier percé d'une économie artificielle.

    Les mots classiques, portefeuille diversifié avec taux de rendement. Hors ce n'est pas vous qui choisirez les grandes entreprises canadiennes à moins que vous gériez vous-même votre portefeuille par la bourse; alors si c'est le cas, vous avez trouvé un travail à plein temps pour votre retraite et des casse-têtes à n'en savoir que faire.

    Ce genre de discours pour portefeuille diversifié c'est pour ceux qui n'ont même pas à vendre leurs biens pour constituer le magot. Ce qu'on vous propose c'est l'équivalent d’une double et triple hypothèque pour étirer le temps. Ce sont le même genre de conseillers qui ont vendu à tour de bras des REER à de petits épargnants qui verront annuler les bénéficies espérés en perdant le supplément du revenu garanti.

    Vous avez raison de dire que vous êtes pris dans un système économique et social d'où s'échapper semble impossible à moins d'un gros lot ou d'un héritage soudainement tombé du ciel. Vous ne pouvez dire plus juste.
    *** Voir la suite de mon texte dans commentaire suivant

  • Jeannot Duchesne - Inscrit 25 juin 2011 10 h 53

    Ne vendez surtout pas.

    *** Suite du commentaire précédent
    La meilleure solution c'est vous-même, en sortant des griffes de ces conseillers financiers et des banques. Ces dernières ne donnent que des taux d'intérêts dérisoires pour l'argent que vous placez. Les taux d'administration qu'ils vous chargent viennent à bout du peu d'intérêt que vous gagnez.

    Ne vendez pas votre entreprise. Retirez-vous pour faire travailler une personne de votre confiance. Vous devrez toujours travailler un peu ou moyennement pour contrôler votre entreprise, mais vous serez en terrain connu et libre de vos décisions. En faisant cela vous aurez toujours votre avoir et vos affaires en main et vous aurez créé un emploi.

    Payez vos dettes et acheter comptant vos biens et meubles, quand on paie comptant on peut marchander des rabais et des services. Ne laissez pas trop d'argent connu dans des comptes et placements. Pour plus de sécurité, acheter des bons du trésor que vous garderez dans un coffret de sécurité à la banque.

    Gardez toujours vos papiers en ordre, propriété et affaires, impôts, assurances, succession etc.

    Ne laissez pas les autres gérer vos avoirs, ils ont rarement sur la même longueur d'ondes que vous et leurs intérêts ne sont que très rarement les vôtres.

    Bonne retraite et restez actifs en terrain connu.

  • Homme_Digital_du_21e - Inscrit 27 juin 2011 13 h 08

    À qui faire confiance

    Ensuite, vous avez le choix de faire confiance aux conseils d'un analyste financier expérimenté dans le secteur des finances personnelles, qui a travaillé pour la Banque du Canada et le Montréal Trust, qui a été chroniqueur au journal Les Affaires et maintenant pour Le Devoir et qui offre depuis 2000 une classe de cours de placement aux individus comme vous,

    ou bien,

    à une illustre inconnue de l'internet qui semble avoir une peur bleue de la gestion de portefeuille et qui croît que cette activité constitue un emploi à temps plein.

    Il est facile de savoir laquelle de ces deux personnes sera en mesure de vous octroyer les conseils les plus intelligents, et laquelle des deux est la moins bien informée.

    Faites votre choix, si vraiment il y a choix à faire...