Moi aussi j'en veux un!

Ça n'engageait à rien de fêter saint Jean Baptiste autrefois. On promenait la statue de plâtre le long de la rue Sherbrooke, quelques dignitaires saluaient de la main les milliers de Canadiens français assis le long des trottoirs, les fanfares remplissaient le vide, quelques chars allégoriques complétaient le défilé et les enfants avaient droit à une crème glacée qui était souvent la seule de l'été, car l'argent était dur à gagner. On rentrait à la maison en se disant chaque fois que le défilé de l'année passée était bien plus beau. Histoire de se consoler.

Tout a commencé à changer quand les Canadiens français sont devenus des Québécois et qu'ils ont réalisé que la statue ne les représentait pas eux, mais que c'était plutôt le mouton à ses pieds qui était leur saint patron. Ils n'ont pas aimé l'image qu'on leur renvoyait d'eux-mêmes et en 1968, le défilé s'est terminé dans le sang, avec Pierre Bourgault en prison et Pierre Elliott Trudeau sur la tribune d'honneur, la veille même de son élection comme premier ministre du Canada.

Après ce carnage qui a fait de nombreux blessés, le silence a été long. Puis en 1975, il y eut: «Un peu plus haut, un peu plus loin»... Adieu le mouton, salut les Québécois. La fête venait de prendre un élan nouveau. Nous avions eu l'intuition que nous étions peut-être quelque chose comme un grand peuple, ce que René Lévesque devait nous confirmer en 1976. À partir d'aujourd'hui, demain nous appartient, disait la chanson.

Le temps est passé et vu de 2011, tout cela est de l'histoire ancienne. Le projet d'indépendance de ce peuple est devenu un projet farfelu pour certains, dépassé pour d'autres, combattu par tous les moyens par certains Québécois et mis en échec par tous ceux qui trouvent leur intérêt dans un Canada uni qui, depuis Lord Durham, n'a jamais dérogé à son désir d'assimiler cette nation vaincue qui refuse de baisser la tête. Pour ceux-là, le peuple du Québec ne sera jamais assez soumis ou assez «rapetissé», comme le disait aussi René Lévesque.

Après une révolution dite tranquille, un système d'éducation de qualité internationale, un système de santé qui ressemble parfois à nos infrastructures mais qui traverse le temps, des outils économiques qui sont souvent performants, une culture qui se développe et s'exporte très bien à cause de son exceptionnelle qualité, après plusieurs élections gagnées ou perdues, après deux référendums douloureux, une fête d'un jour peut-elle nous permettre de nous arrêter pour nous questionner sur ce qui a motivé notre profond désir de liberté et d'indépendance à travers le temps?

***

Que fêterons-nous demain?

C'est difficile à définir quand on se trouve entre la fête nationale d'un pays qui n'existe pas encore, le Québec et la fête nationale d'un pays qui fait encore semblant d'exister, le Canada.

Au cours d'une entrevue avec le journaliste Pierre Burton de la CBC, en 1964, René Lévesque avait déclaré ceci: «I am a Quebecer first, a French-Canadian second... and I really have... well, no sense at all, of being a Canadian.» Combien d'entre nous se retrouvent dans ces quelques mots d'une identité tellement tarabiscotée qu'elle a fini par donner lieu à des moments de rire inoubliables dans les spectacles de nos humoristes?

Le 24 juin, ce que nous fêtons, c'est notre formidable endurance, notre résilience, notre volonté de survivre avec notre culture, notre langue et nos valeurs qui font de nous ce que nous sommes. Nous fêtons l'espoir malgré les défaites et la volonté de jouer le rôle qui est le nôtre dans le choeur des nations. Nous voulons assumer notre destin de peuple en Amérique du Nord et nous voulons surtout «lever la barre».

Les Québécois ne baissent jamais la tête, mais ils ne baissent pas les bras non plus. Ils aiment les défis et si vous voulez les voir donner le meilleur d'eux-mêmes, demandez-leur de nettoyer tout ce que les débordements du Richelieu ont laissé comme déchets sur les terrains. Vous verrez de quoi ils sont capables. Demandez-leur, comme l'a fait Pierre Lavoie, de parcourir 1000 kilomètres en vélo pour encourager les jeunes et les vieux à bouger et pour aider des causes charitables et vous comprendrez de quoi ils sont faits. Pierre Lavoie, qui après avoir valorisé l'exercice physique propose de valoriser la matière grise des enfants des écoles... quel formidable défi!

Dites aux Québécois que, s'ils le veulent, ils peuvent se faire un pays qui sera respecté dans le monde entier, et vous les verrez se lever pour être comptés. Ils savent qu'il y aura du travail à faire. Un peu plus haut, un peu plus loin, ça fait longtemps qu'ils en parlent.

Bonne fête nationale à tous ceux et celles qui sont Québécois à plein temps.

***

Exceptionnellement nous publions la chronique de Lise Payette aujourd'hui, en raison de la fête nationale.
24 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 23 juin 2011 01 h 25

    Et pourquoi pas un défilé...

    Ça nous changerait de notre état de spectateur passif lors des spectacles qu'on nous offre si gracieusement.
    Oui! un défilé. Quelque chose comme célébrer la noblesse de notre peuple (toutes origines confondues).

  • Catherine Paquet - Abonnée 23 juin 2011 05 h 35

    Mais un pays dirigé comment et pas qui?

    Tout le monde veut un pays, mais personne ne veut de référendum. Tout le monde voudrait qu'un "Grand chef" prenne le pouvoir et les amène vers l'indépendance, mais les commentaires sur les Grands chefs passés ne sont pas très louangeurs. Aucun, selon les analystes populaires, ne voulait vraiment l'indépendance. Un poête a écrit: "Ils ont pris nos rêves, Ils en on fait nos chaînes". On se gargarise en soutenant que le PQ a été fondé pour faire l'indépendance. Si celà était vrai, René Lévesque n'aurait pas fait ce qu'il a fait pour éloigner du pouvoir, Pierre Bourgault et ses amis.

  • Jean Lapointe - Abonné 23 juin 2011 07 h 45

    Avoir ou être.


    Que beaucoup de Québécois veuillent avoir un pays complet à eux qui soit respecté dans le monde entier, je n'ai rien contre bien sûr. Je suis même pour.

    Mais il me semble qu'on devrait dépasser le mode de l'avoir pour se situer dans le monde de l'être.

    AVOIR son pays à soi c'est comme AVOIR sa maison à soi. C'est très donc très souhaitable.

    Mais est-ce que c'est seulement pour ça que nous voulons la fin de la dépendance pour notre pays?

    Est-ce que ce ne devrait pas être plutôt pour nous permettre à nous tous d' ETRE nous-mêmes en nous occupant de toutes nos affaires et pas seulement d'une partie de nos affaires comme c'est le cas actuellement.

    Quand on reste dans le mode de l'avoir je pense que les passions rsiquent de prendre le dessus. Les évènements actuels le montrent très bien je trouve.

    Mais quand on s'élève dans le monde de l'être, on des chances de rester beaucoup plus calmes parce que plus sages.

  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 23 juin 2011 07 h 50

    Nous voulons un pays

    Nous voulons un pays plus démocratique que la faiblarde démocratie offerte par le parlementarisme à la britannique ; nous voulons un pays qui nous assurera de la propriété de nos richesses naturelles ; nous voulons un pays dont la langue sera le français ; nous voulons un pays qui aura plein contrôle de sa citoyenneté et de son immigration ; nous voulons un pays qui veut combattre la pauvreté plutôt que les Talibans de l’Afghanistan ; nous voulons un pays qui décide entièrement des investissements en santé et en éducation. Voilà pourquoi nous nous devons d’être libres : pour se donner le pays que nous voulons.
    L’indépendance est l’outil essentiel qui nous permettra d’atteindre ces buts.
    Donnons-nous un nouveau PQ, le Pays Québéc.

  • France Marcotte - Abonnée 23 juin 2011 08 h 41

    Je ne comprends pas ce que vous dites

    "Le 24 juin, ce que nous fêtons, c'est notre formidable endurance, notre résilience, notre volonté de survivre avec notre culture, notre langue et nos valeurs qui font de nous ce que nous sommes."
    "Les Québécois ne baissent jamais la tête, mais ils ne baissent pas les bras non plus."
    Qui est ce "nous" quand un peu plus haut vous dites:
    "Le projet d'indépendance de ce peuple est devenu un projet farfelu pour certains, dépassé pour d'autres, combattu par tous les moyens par certains Québécois et mis en échec par tous ceux qui trouvent leur intérêt dans un Canada uni qui, depuis Lord Durham, n'a jamais dérogé à son désir d'assimiler cette nation vaincue qui refuse de baisser la tête. Pour ceux-là, le peuple du Québec ne sera jamais assez soumis ou assez «rapetissé», comme le disait aussi René Lévesque."
    Ce dernier paragraphe regroupe pas mal de monde, combien exactement? Ceux-là sont-ils Québécois résilients aussi?

    Ce n'est pas clair tout ça.