Descendre de la voiture pour monter à bord de la mobilité

Une scène tirée du film Minority Report, de Steven Spielberg (2002).<br />
Photo: DreamWorks Pictures Une scène tirée du film Minority Report, de Steven Spielberg (2002).

Le sens des rues change dans la République du Plateau, les vélos écolo-branchouillés mis en partage sortent et les critiques fusent. Dans les dernières semaines, la varlope a été passée sur le projet du maire de l'arrondissement centro-plateauïsque de Montréal de rendre difficiles les déplacements en voiture dans son fief.

Les Bixi, ce service de vélo-partage, ont reçu le même traitement pour cause d'injection de fonds publics jugée trop élevée pour une poignée de bobos et d'accointances ostentatoires avec le monde de la pub.

Il y a eu des tirs ciblés pertinents, des coups de gueule déplacés à la limite de la mauvaise foi, quelques dérapages aussi, qui toutefois ont tendance à perdre un peu d'effet de style quand on prend la peine de combattre un travers de notre époque pour sortir un peu de l'instant présent — celui qui colle au nombril — pour regarder... 30 ans plus loin.

À une époque où le présentisme — cette incapacité chronique à se situer par rapport au passé et au futur — se propage avec la même vitesse qu'un tweet futile portant sur Lady Gaga, l'exercice n'est pas facile.

Sans compter que, dans les sociétés vieillissantes qui perdent doucement la capacité de rêver collectivement leur futur, imaginer la répression en cours de l'auto sur le Plateau comme le début d'un changement de paradigme inspire forcément le doute. Et pourtant...

Il faut avoir eu le nez collé trop longtemps sur un pot d'échappement pour ne pas croire qu'en matière de transport, une révolution copernicienne est actuellement en train de se jouer. Et comment! Dans près de 40 ans, l'humain ne devrait plus se déplacer dans la ville et entre les villes de la même façon qu'aujourd'hui.

Et forcément, ce n'est pas parce que tout ça est encore inconcevable pour plusieurs esprits réfractaires au changement qu'il ne faut pas se mettre tout de suite dans le sens de la vague, pour éviter, à nous et à ceux qui suivent, un ressac plus tard.

Un environnement urbain sans moteurs à explosion et sans humains seuls dans des véhicules bruyants à quatre places: la chose est inévitable pour 2040 ou 2050, principalement à cause de la démographie et de ces couples qui se forment aujourd'hui en pensant avoir des enfants pour leur survivre.

On appelle ça le cycle de la vie... qui se chiffre: d'ici trois décennies, la population du globe se prépare en effet à doubler, mettant du coup de la pression sur les ressources, oui, et sur les environnements urbains où ces nouveaux humains vont forcément se concentrer.

Montréal ne va pas y échapper. Le jeu de la prospective est certes hasardeux, mais en 2030, la ville devrait compter aussi le double de sa population actuelle. Le tout sur une île qui, elle, ne devrait pas, sauf cataclysme majeur, voir sa superficie changer.

Parallèlement, le clou dans le cercueil de la grosse berline et de la belle compacte va certainement être planté par l'industrie du pétrole et de l'essence pour moteurs à explosion, une source d'énergie non renouvelable qui, tout en subissant ce choc démographique annoncé, va naturellement poursuivre la gestion de sa décroissance.

Avec, à la clef, un coup de main nécessaire donné aux mouvements collectifs vers d'autres modes de transport, certainement électriques, sûrement individuels, probablement légers, petits, peu énergivores et, qui sait, contrôlés à distance par des systèmes intelligents de gestion du transport.

Ce demain, General Motors a d'ailleurs voulu l'anticiper dans une vidéo présentée l'an dernier à l'occasion de l'exposition universelle de Shanghai.

Sur écran, le constructeur de voitures polluantes voulait se projeter 20 ans plus tard en imaginant dans les villes des réseaux de minivéhicules électriques en forme d'oeuf déboulant sur des réseaux où les déplacements seraient contrôlés à distance par une autorité supérieure de transport urbain. Le module passerait aussi en mode manuel sur les voies secondaires, pour plus d'efficacité.

Hasard ou coïncidence, cette vision a été mise en image en 2002 dans le film Minority Report de Steven Spielberg, où Tom Cruise empruntait des modules similaires pour faire face à son étonnant destin, mais également pour offrir, par le divertissement, un aperçu de la rupture culturelle à venir.

Cette rupture inévitable va forcer l'humain à sortir de l'ère de la voiture pour entrer dans celle de la mobilité, clament aujourd'hui les penseurs de la modernité en mouvement. Une ère où les symboles routiers actuels, décapotables, à propriété unique, stationnés le long des trottoirs, traversant un Plateau, vont forcément être jugés comme passéistes par les adeptes d'un transport en commun cohérent, lesquels vont aussi parfois faire usage de triporteurs électriques, de trains à grande vitesse et d'autres modules de déplacement dont il est encore impossible d'imaginer la forme aujourd'hui, pour satisfaire leurs besoins de transport entre un point A et un point B.

Un siècle et demi après l'invention du moteur à explosion par Étienne Lenoir, ce serait donc la suite normale des choses qu'il est légitime de conspuer, seul au volant de son Audi de l'année, en rageant contre un élu municipal ou contre un service de vélo-partage, tout en se disant que 2040 est bien loin et qu'en plus on ne sera pas invité à ce rendez-vous avec l'histoire.

Mais, ce faisant, c'est accepter de rompre avec une certaine conception de la vie en groupe, avec un certain sens du collectif, que l'historien Jules Michelet a très bien saisi à une autre époque dans ses écrits en affirmant que chaque génération doit finalement accepter de rêver la suivante.

***

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7 commentaires
  • Michel Simard - Inscrit 11 juin 2011 08 h 06

    Le jeu de la prospective...

    Est certes aussi hasardeux que la futurologie des années 60 et 70 qui ne faisait que voir des voitures volantes et tout à fait incapable de même identifier les changements informatiques et dans les télécommunications, pourtant déjà amorcés. Et on construisait à Montréal une panoplie d'autoroutes pour une future agglomération de 8 millions d'habitants en 2001. Les transports ont toujours exercé une grande fascination pour l'homme. Les réels changements, notamment socioculturels, beaucoup moins.

    Cette référence à la République du Plateau-Mont-Royal (100 000 habitants, plus que la région de la Côte-Nord ou que la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine) montre comment la création des arrondissements et de leurs mairies pourront être bénéfiques à long terme pour notre démocratie mais également pour l'innovation et la recherche de nouvelles façons de faire. Dans mon arrondissement, Ville-Marie, avec notre maire non élu et à temps plus-que-partiel, et où nos rues servent de bretelles à l'autoroute Ville-Marie et d'accès aux ponts pour banlieusards pressés, il y aurait bien à faire.

  • Darwin666 - Abonné 11 juin 2011 12 h 49

    Un petit cours de démographie ne serait pas de trop !

    J'ai bien aimé cet artcle, mais vos prévisions démographiques sont à tout le moins farfelues !

    «Montréal ne va pas y échapper. Le jeu de la prospective est certes hasardeux, mais en 2030, la ville devrait compter aussi le double de sa population actuelle.»

    Si la population de Montréal double, ce sera à cause de fusions (pour le moins improbables !), pas en raison de la démographie ! À la page 63 de http://www.stat.gouv.qc.ca/publications/demograp/p , on peux voir que le scénario de référence de l'Institut de la statistique du Québec prévoit que la population de l'Île de Montréal passera de 1925500 à 2100800 entre 2011 et 2031, soit une hausse de ... 9 % ! On est loin de votre hausse de 100 %.

    Pour la population mondiale, vous donnez 30 ans pour doubler au lieu de 20 pour Montréal. Mais, même là, c'est fort peu probable que la population double. En 2009, elle était de 6 775 235 700 et devrait atteindre plus de 13,5 milliards en 2041. Or, on peut lire ici (http://fr.wikipedia.org/wiki/Population_mondiale ) :
    «La dernière projection de la population mondiale de l'organisation des Nations unies (ONU)(révisée en 2010/2011 et publiée le 3 mai 2011) suppose, selon son scénario moyen, que l'humanité pourrait atteindre 9,3 milliards de personnes vers 2050»
    et
    «La « variante haute » des projections, avec un milliard supplémentaire d'habitants s'ajoutant à la population chaque décennie (ou tous les 11 ans) de 2010 à 2100» Cela donnerait moins de 10 milliards en 2041... bien loin de votre 13,5 milliards.

    Et cela, c'est si la pénurie alimentaire et autres désastres ne frappent pas trop...

  • Michel Guilbault - Inscrit 12 juin 2011 02 h 48

    RAGE AU GUIDON

    TITRE : RAGE AU GUIDON
    C'est plus qu'un moustique en plein front
    Pour ce loustic de la locomotion ,
    C'est toute une pression sur le califourchon !
    Voilà les cyclo-bouchons sans klaxon !
    La mécanique écolo déraille pour de bon ...
    Tous au garde-boue ! Cuissards comme piétons !
    Un " traffic jam " ... bel intermède
    Pour ces adeptes du vélocipède .
    Aurait-on atteint le plateau du pédalons ?
    Plein le casque de toutes ces émotions ;;;?
    J'ai le logiciel qui pompe une solution :
    Le télétravail pour finale destination !

  • André Boulanger - Inscrit 12 juin 2011 07 h 28

    De la ciboulette de belle job !

    Excellent article. Enfin, un représentant des media qui a une vision urbanistique qui dépasse le bumber de son char.

    Ca fait du bien à lire.

    Est-ce que les gens ont besoin d'une voiture. Oui souvent !
    Est-ce que les gens ont besoin d'être proprio du char ? Pas sûr !

    En ce sens, le système Communauto est une solution qui a un avenir certain.

    Moins, il y aura de voitures stationnées 20 H sur 24 dans les rues de Montréal, plus il y aura de places pour faire circuler agréablement des autos, des camions, des autobus, des tramways et des vélos bien sûr !

  • meme40 - Inscrite 12 juin 2011 11 h 20

    BESOINS...????

    Qui ici-bas détermineras mes besoins...??? Vas-t-on me dire à quelle heure sortir de chez-moi? Quel chaussures je dois porter? griffées ?Ce que je dois manger, ? combien de livres en trop? Je sors en voiture quand je pars du plateau pour faire des courses.. et faire en deux heures ce qui me prendrait une journée à me faire suer au coin des rues à attendre un bus ou un métro les bras chargés , Je pars en voiture pour me rendre chez des amis , et de la famille au nord comme au sud. Le plan ferrandez en est un de pollution, une circulation fluide est moins polluantes que cent voitures, moteur en marche qui stagnent, au même coin de rue jadis accessible ,pour la fantamagorie d'un uluberlu qui comme don Quichotte saute à peu près sur tous les moulins à vent.Le danger, de ce navire sans gouvernail qu'est Montréal, c'est la multitudes de petits barons de l'esprit et du bien public qui ont la gouvernance dans le sang.Je t'ai à l'oeil. J'ai 70 ans, j'habite un coin de la ville qu'on a snobement appelé PLLÂÂTÔÔÔ.. ce qui a donné a Homier-Roy, quelque chose à dire, Montréal c'est pas un village nommé plateau en plus élargi...