Des valeurs sûres pour l'été

Ils nous ont fait vibrer, nous ont chavirés, nous ont allumés. Parmi les romans québécois parus depuis le début de l'année, en voici dix à savourer au rythme des vacances d'été.

  • 1. Pour la finesse de l'écriture, la justesse de ton, alors qu'on plonge au coeur des ténèbres sur fond de nature déchaînée: Rivière tremblante, d'Andrée A. Michaud (Québec Amérique). Un suspense psychologique sur le thème de la disparition d'enfant. Où l'accent est mis sur les proches, les parents, leur détresse. Comment font-ils pour continuer à vivre?
  • 2. Pour l'intériorité des personnages, pour la façon dont l'auteure réinvente ce qu'on entend habituellement par saga familiale: La Patience des fantômes, de Rachel Leclerc (Boréal). Ça se passe en Gaspésie, au sein d'un clan dessoudé. On remonte cent ans en arrière, ça se poursuit sur cinq générations. Mais l'accent est mis sur aujourd'hui. Sur les fantômes du passé qui resurgissent dans la vie du narrateur, aujourd'hui. Il est écrivain, entreprend l'écriture du roman de ses origines. Il tente de se délester du poids de sa lignée, sans pour autant renier ses racines.
  • 3. Pour l'inventivité, le dépaysement, pour le meur-tre à élucider en arrière-plan et la quête existentielle qui est à l'avant-plan: Polynie, de Mélanie Vincelette (Robert Laffont). Qui a tué cet avocat de 35 ans, retrouvé mort dans un motel minable d'Iqaluit? Les fausses pistes abondent. Le jeune frère de la victime enquête, tout en menant sa propre quête d'identité, entouré d'êtres marginaux qui se débattent avec leurs démons, perdus dans le Grand Nord. Intense... et rafraîchissant.
  • 4. Pour la façon dont l'auteure scrute le passé à la lumière du présent, pour son talent de conteuse et sa très grande humanité: Il pleuvait des oiseaux, de Jocelyne Saucier (XYZ). De grands incendies ont ravagé le nord de l'Ontario au début du XXe siècle. Que sont devenus les survivants de cette tragédie? Une photographe les traque, les fait parler. En filigrane, une histoire d'amour impossible. Et une autre, tellement tendre, tellement belle, entre une vieille et un vieux qui ont choisi de vivre en liberté dans la nature.

  • 5. Pour l'ingéniosité de la structure narrative, la force de frappe de l'écriture, pour le gros boum qui se produit en plein milieu et fait tout voler en éclats: Le Sablier des solitudes, de Jean-Simon DesRochers (Les Her-bes rouges). Ils sont une douzaine. Ils appartiennent à des milieux différents, ont chacun leur histoire, leur quête, leurs travers, leurs fantasmes sexuels. Ils seront bientôt impliqués, tous, dans un accident de la circulation, en pleine tempête de neige québécoise. Carambolage monstre, spectaculaire. Décrit à partir de plusieurs points de vue, en accéléré, au ralenti, décomposé plan après plan, comme au cinéma. Après quoi, la vie reprend son cours pour les survivants, mais rien ne sera plus jamais comme avant. Pendant ce temps, en Afghanistan, la guerre continue de tuer... Saisissant.
  • 6. Pour l'ingéniosité de la structure narrative, encore là, et parce que c'est un livre, malgré son côté sombre, qui réconcilie avec la vie: Parapluies, de Christine Eddie (Alto). Elles sont trois. Trois femmes. Elles n'ont rien en commun, à première vue. Sinon qu'elles vivent à Montréal, où il n'en finit plus de pleuvoir à ce moment-là. Ce moment-là où un homme disparaît. Un homme qu'elles connaissent toutes les trois, pour différentes raisons. L'une est mê-me mariée avec lui. Tandis que l'enquête pour retrouver le disparu n'aboutit pas, ces femmes, que tout sépare, vont en venir à s'interconnecter, à s'entraider. Cela pourrait s'avérer une ode à la solidarité féminine.
  • 7. Pour le roman dans le roman, l'énigme à résoudre, l'habileté avec laquelle l'auteur nous prend dans ses filets: L'Inconnue, de Claude Vaillancourt (Québec Amérique). Un écrivain méconnu hérite du manuscrit inachevé d'une écrivaine très connue, qui s'est suicidée. Comment compléter ce roman à suspense dans lequel un homme est assassiné? Qui est le meurtrier, quel est le motif du crime? Mystère, sur fond de police secrète en Tchécoslovaquie, de camps de con-centration nazis et de mouvements indépendantistes québécois. Mystère que devra résoudre l'écrivain... et le lecteur, par conséquent.
  • 8. Pour le voyage dans le temps, l'appel de l'ailleurs, l'étrangeté: Dragonville, tome 1: Porcelaine, de Michèle Plomer (Marchand de feuilles). C'est à la fois la Chine d'hier et le Québec d'aujourd'hui, entremêlés. C'est à la fois insolite et très ancré. C'est une Québécoise que l'on suit, mais c'est la Chine, ses légendes, ses mystères qui nourrissent son imaginaire. Envoûtant.
  • 9. Pour l'originalité de l'approche, la façon toute personnelle dont l'auteure revisite l'Union soviétique en pleine déliquescence: La tête de mon père, d'Elena Botchorichvili (Boréal; traduit du russe par Bernard Kreise). Pourquoi, dans quel contexte, cet homme-là a-t-il perdu la tête, littéralement, quelque part sur une montagne en Géorgie? Cet homme-là avait une femme, une fille et un fils. C'est le fils devenu vieux, établi au Canada, qui écrit. Il écrit une lettre à son propre fils, dans laquelle il remonte le fil des événements, retrace l'histoire rocambolesque de sa famille, de son lieu d'origine.
  • 10. Pour la satire sociale, le regard acéré sur la vacuité de l'existence: La Nuit des morts-vivants, de François Blais (L'Instant même). Ils sont deux. Un gars, une fille. Deux à se raconter, tour à tour. Ils vivent dans une petite ville où il ne se passe à peu près rien, vaquent chacun de leur côté à leur train-train quotidien. Chacun sa routine, sa vie plate, vaine. Chacun ses échappatoires, sa façon de s'en faire accroire. Où s'en va-ton comme ça? Droit dans le mur... si ce n'était la prose piquante de François Blais.

La semaine prochaine: suite et fin de mes suggestions de lecture pour l'été.

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Collaboratrice du Devoir

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