Un contrat difficile

Le nouveau caucus néodémocrate a commencé à prendre ses aises à Ottawa. Ils étaient là, hier, souriants et heureux, à poser pour la photo de famille et servir ensuite de décor au chef Jack Layton, qui a fait, pour la presse, un discours à saveur de réchauffé (mais quand même livré à l'aide d'un télésouffleur). Puis, pendant que la centaine de députés cassaient la croûte et trinquaient, M. Layton goûtait aux questions plus difficiles auxquelles il sera maintenant confronté.

Comment conciliera-t-il les intérêts du Québec et ceux du reste du pays quand ils ne coïncideront pas? Comment s'y prendra-t-il pour influencer un gouvernement majoritaire qui ignorait par le passé le sens du mot coopération?

À entendre Jack Layton, il n'y a pas de problème. Son parti a une plateforme que tous ses députés appuient, peu importe d'où ils viennent. Le mieux-être des familles et des retraités, la défense du système de santé, la promotion d'une façon plus respectueuse de travailler à Ottawa sont autant de points communs à tous. Les nouveaux députés le répètent eux-mêmes avec une extrême prudence, ajoutant souvent que leur priorité sera de représenter leur circonscription.

Selon Jack Layton, tous vont défendre les intérêts de leur région, mais devront être à l'écoute des préoccupations des autres. Cela pourrait mener, a-t-il dit, à la défense de consensus de l'Assemblée nationale, mais aussi de positions mises en avant par d'autres provinces. Cela se fera au cas par cas.

Le NPD, il est vrai, n'est pas le premier parti pancanadien à avoir un caucus largement dominé par une seule province. Sous Jean Chrétien, les libéraux étaient obnubilés par les enjeux ontariens. La différence fondamentale, quand le Québec tient le haut du pavé, est l'incontournable question nationale. Elle finit toujours par montrer son nez et par imposer, un jour ou l'autre, des choix difficiles.

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Le temps dira si la formule du cas par cas suffira, mais il y avait matière à être sceptique hier à l'issue de son point de presse. Et tout cela à cause d'un dossier toujours délicat pour un politicien fédéraliste qui cherche à charmer le Québec: la question référendaire. Que ferait le NPD si l'option souverainiste obtenait 50 % plus un des voix lors d'un référendum sur l'indépendance du Québec? Reconnaîtrait-il le résultat?

Quelques minutes plus tôt, certains de ses députés disaient oui. D'autres refusaient de se prononcer sans avoir consulté le parti. Certains anciens s'en remettaient à la Loi sur la clarté, qu'ils avaient appuyée à l'époque.

Quand M. Layton s'est finalement fait poser la question, on a senti tout le poids des critiques que plusieurs voix au Canada anglais lui ont adressées durant et après la campagne sur ce sujet... On n'aimait pas que son parti se montre ouvert à reconnaître un résultat référendaire extrêmement serré. Invité à préciser sa position, M. Layton a esquivé, cherchant de toute évidence à ménager la chèvre et le chou. Il a fait référence à l'opinion de la Cour suprême, évité d'évoquer la Loi sur la clarté et multiplié les pirouettes pour ne pas citer un chiffre.

Le sujet n'est pas le plus chaud au Québec en ce moment. M. Layton a raison quand il dit que la majorité des gens se soucient davantage de l'état du système de santé, de leur pension, de l'environnement et de l'économie que d'un hypothétique référendum. Mais la question ne disparaîtra pas, d'autant moins que ce Parlement élu pour quatre ans sera témoin d'une élection provinciale au Québec qui pourrait porter le Parti québécois au pouvoir.

M. Layton dit vouloir créer les conditions gagnantes pour le Canada au Québec et éviter ainsi la menace référendaire. Une de ces conditions cependant est de parler franc et sans détour sur les règles du jeu qu'il entend respecter. Mais le peut-il à ce moment-ci sans indisposer le reste du pays ou le Québec? La scène d'hier était l'illustration parfaite d'un chef pris entre l'arbre et l'écorce. Et ce ne sera pas la dernière fois.

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Pour Jack Layton, la solution passe par un Parlement qui fonctionne, qui améliore le sort des familles, qui apporte des changements dans la vie des gens. Mais le gouvernement Harper est majoritaire et rien ne l'oblige à tenir compte de l'opposition, même si cette dernière est pleine de bonne volonté.

Les gouvernements Mulroney et Chrétien ont parfois tendu la main aux partis d'opposition, mais seulement quand les politiques qu'ils défendaient divisaient leur propre caucus, comme dans les dossiers de l'avortement, du registre des armes à feu, des droits des gais et du mariage entre conjoints de même sexe. Sinon, le rouleau compresseur était la règle. Pour imposer la TPS, diminuer les transferts aux provinces, sabrer les dépenses gouvernementales, restreindre l'accès à l'assurance-emploi... Ce ne sera pas différent cette fois-ci.

Au NPD, on croit quand même pouvoir influencer le cours des choses. La logique de bien des députés est qu'un NPD plus présent aux Communes peut influencer l'opinion publique, qui peut à son tour peser sur le gouvernement, surtout si ce dernier souhaite être réélu.

Ça se défend, et il est normal que le chef et ses députés refusent de laisser leur enthousiasme être entamé. Éternel optimiste, Jack Layton sera toutefois rapidement confronté, qu'il le veuille ou non, aux limites du pouvoir de l'opposition officielle... Dès le budget.

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mcornellier@ledevoir.com
21 commentaires
  • Geoffroi - Inscrit 25 mai 2011 00 h 57

    Vous n'êtes pas la seule Madame

    « Les Sceptiques sont un caillou dans la chaussure de l'humanité en marche vers la crédulité. »

    Jean Dion

    Extrait du journal Le Devoir du 16 Décembre 1999

  • Monsieur Pogo - Inscrit 25 mai 2011 05 h 51

    Article biaisé

    Que voilà un article biaisé, d’où exsude à grande eau une partisannerie des plus aveugle…


    Quant à <<l'incontournable question nationale>>, elle était tarabiscotée à souhait (je songe à la question référendaire de 1980).

  • michel lebel - Inscrit 25 mai 2011 06 h 45

    Maxime à l'avenant!

    À lire votre article, Mme Cornellier, je pensais à une maxime historique de notre grand philosophe national, Claude "Piton " Ruel; "y'en aura pas de facile cette année". Ainsi sera sans doute la vie politique à venir pour ce brave Jack!

  • Denis Lanteigne - Inscrit 25 mai 2011 07 h 05

    Ça ne fait que commencer

    Au cours des mois qui viennent, on va voir apparaître de plus en plus de frictions dans le caucus de l'opposition. Un autre Bloc en puissance.

  • France Marcotte - Inscrite 25 mai 2011 07 h 12

    Le jovialiste écartelé

    Lui-même déchiré sur la question nationale, le jovialiste a tout de même été élu par ceux dont il n'est pas certain de pouvoir défendre les intérêts... On l'imagine déjà "squeezé" dans la machine à laver politique. Une oreille pour les Maritimes, le coeur à 50% moins un au Québec, le corps engagé avec l'Ontario, les pieds au cul de l'Ouest canadien...
    Mais à qui ira donc le sourire?