Jean Charest est parti pour la gloire

À première vue, ça aurait pu ressembler au projet que les Québécois disaient appeler de tous leurs vœux: un projet rassembleur, enrichissant et nous permettant de nous projeter dans l'avenir. Les grands espaces au nord du 49e parallèle ont toujours représenté l'aventure pour notre peuple qui a laissé des traces à travers l'Amérique entière en repoussant sans cesse les frontières par son désir de découvertes. Que ce soit vers le sud ou vers l'ouest, nous avons ouvert les portes pour les autres.

C'est ce à quoi je pensais en écoutant Jean Charest parler de son Plan Nord (qu'il prononce «plan nard») avec des élans qui rappelaient ceux du gars qui vient d'inventer un nouveau couteau à couper les frites, mais qui peut servir aussi à gosser du bois.

Le plan qu'il présente est brouillon. Il manque tellement d'information qu'on a vite l'impression que le Plan Nord a pris forme un soir de party, quand Jean Charest a réalisé que son passage en politique n'allait pas laisser de marque indélébile, mais plutôt un mauvais souvenir dans la mémoire des Québécois. Il a alors décidé de jouer le tout pour le tout et d'utiliser le temps qu'il lui restait au pouvoir pour se construire un monument. C'est le Plan Nord. Cet homme, qui n'a pas réussi à terminer ce qu'il avait promis jusqu'à maintenant, a décidé de prendre la bouchée la plus grosse. Elle risque de l'étouffer.

Ce n'est pourtant pas le travail qui manquerait pour lui au sud du 49e parallèle. Nous pouvons tous lui fournir une liste désespérante de dossiers qui attendent qu'il daigne leur accorder un peu d'importance. Nous devinons déjà que le Plan Nord va prendre toute la place et que le reste de ses responsabilités va être abandonné sans retour.

C'est comme s'il avait installé une grande pancarte sur le Québec: «GRAND SOLDE DU PRINTEMPS. TOUT EST À VENDRE. FAITES UNE OFFRE.» 72 % du territoire québécois va être mis en vente ainsi, et son sous-sol va être vidé de ses richesses sans que nous ayons eu un mot à dire sur la transaction et sans que nous sachions ce que la vente va rapporter aux citoyens-propriétaires que nous sommes. Par la volonté d'un seul homme à qui nous avons collectivement retiré notre confiance, si ma mémoire est bonne, nous allons voir brader l'héritage de nos descendants sans bien savoir ce qui nous pend au bout du nez.

On applaudit dans le monde des affaires. Ceux que ces transactions vont enrichir se tapent sur les cuisses de bonheur. Ils rêvent déjà à des portefeuilles qui débordent de beaux billets du Canada. Mais il faudra des bras aussi dans les mines du Nord... les bras de nos enfants probablement. On nous a répété de les faire instruire afin qu'ils puissent avoir droit aux meilleurs emplois... on va maintenant nous proposer de les envoyer dans les mines, comme au XIXe siècle. Je ne vois pas là une amélioration de notre sort.

Il aurait fallu un visionnaire pour ce Plan Nord. Ce que Jean Charest n'est pas. Il aurait fallu quelqu'un qui défende nos droits toutes griffes dehors, qui respecte les Premières Nations dans tous les détails, qui soit capable d'imaginer une société nordique du XXIIe siècle et qui respecte la nature sacrée sans jamais céder devant l'appétit des promoteurs. Que je sache, Jean Charest ne répond à aucune de ces exigences. Si c'était le cas, nous le saurions déjà.

Si bien que plutôt que de célébrer une proposition qui aurait dû apporter une sorte d'espoir, nous allons devoir continuer la lutte commencée autour des gaz de schiste parce que le porteur du Plan Nord n'est pas à la hauteur de la tâche qu'il prétend entreprendre. Il vaut mieux le savoir tout de suite que d'attendre de frapper un mur et d'avoir à réparer tout ce qui aura été bousillé en cours de route.

C'est pourquoi, malgré le fait que nous sachions qu'une partie de notre richesse repose au nord de notre pays, nous prendrons le temps qu'il faut pour accoucher d'un plan de développement qui corresponde à ce que nous sommes, et que nous attendrons un porteur de ballon qui soit vraiment qualifié pour la tâche que le développement de 72 % du territoire québécois va exiger.

Je suggère à Jean Charest de profiter du temps qu'il lui reste pour remettre le Québec du Sud dans un état convenable, histoire de ne pas laisser que des ruines à son successeur. Et de nous rendre la vie un peu plus agréable par la même occasion.

Il devrait aussi faire son deuil d'une place de choix dans l'histoire du Québec, car... son chien est mort. C'est triste. Mais c'est comme ça.
44 commentaires
  • Robert Bernier - Abonné 13 mai 2011 05 h 09

    Parti pour la gloire ...

    Et avec notre argent!

    Robert Bernier
    Boucherville

  • Catherine Paquet - Abonnée 13 mai 2011 05 h 11

    Heureusement que les Québécois n'écoutent pas toujours...

    Il n'y a rien de plus rafraichissant et de plus rassurant que la décision de millions de Québécois de voter pour le NPD et de ne plus adopter les analyses et les exhortations de leurs bons chroniqueurs qui leurs proposaient de poursuivre le petit train train politique avec le Bloc québécois qui durant une génération entretenait l'illusion de réaliser des choses importantes.

    Je ne prédirais pas trop vite ce que les Québécois décideront dans deux ans, devant leur bulletin de vote.

    -Libre de penser-

    La devise du Devoir ne peut pas avoir plus de pertinence.

  • Jacques Morissette - Inscrit 13 mai 2011 05 h 41

    Notre démocratie en perd son latin.

    Madame Payette, vous avez raison sur bien des points. Le Québec, ce n'est pas que le monde des affaires. Le Québec n'est pas simplement un territoire à vendre aux plus offrants. Ce n'est pas en faisant en sorte d'enrichir seulement une minorité que le Québec va grandir à part entière. Maintenant, parlons des objectifs de Québec.

    Il faudrait que les objectifs soient clairs, ce qui n'est pas du tout le cas. Et que Québec joue un rôle d'arbitre objectif dans le développement, ce qui n'est pas le cas non plus. Tout au contraire, les objectifs de Québec sont flous, une simple parade pour la tribune, et son rôle d'arbitre est tout à fait subjectif.

    Maintenant, pourquoi je dis que le rôle de Québec est tout à fait subjectif? C'est parce que le rôle de Québec se résume à d'étroite limites strictement économiques, sans tenir compte vraiment du développement social dans cette affaire. Globalement, l'approche est beaucoup trop canalisée sur économique. Plutôt qu'un éventail, l'horizon d'avenir de Québec est comme une idée fixe.

    Aussi, Québec n'est pas assez impartial dans sa façon de voir pour prendre les bonnes décisions. Actuellement, le Québec est dirigé comme si c'était une entreprise. On croirait que Québec porte des œillères, tellement il met trop l'accent sur l'économique. Le citoyen veut bien de l'économique mais que ce soit non pas axé seulement sur du vide, mais aussi à des valeurs sociales.

    Notre démocratie en perd son latin, tellement Québec s'éloigne de plus en plus des valeurs défendues par les citoyens. On dirait que Québec est dans une bulle, coupé de la réalité, cherchant à n'en faire qu'à sa tête. Me semble que nous méritons mieux que cela, démocratiquement parlant?

  • alen - Inscrit 13 mai 2011 06 h 55

    Il y en a des gens...

    Oui, il y en a beaucoup de gens qui ont rêvé d'exploiter les gisements de fer du Lac Albanel et de Chibougamau, d'amiante d'amos et de je ne sais trop quoi des Monts Otish, ... dont certains traînent dans le paysage depuis les années 1960 et 1970... mais jamais encore quelqu'un d'aussi important que le premier ministre n'avait pris son rêve pour une réalité... à moins que comme tous les autres que ces gisements ont fait rêvé le premier ministre beurre la tranche de pain, pour nous vendre la construction d'une route... la seule chose qu'il semble savoir faire... car des routes, ma foi, en ppp, en collusion, en conflit, il en a faites. Bref, comme disait l'autre, suivez l'argent... vous en saisirez mieux les fondements!

  • Bonnier,yvon - Inscrit 13 mai 2011 07 h 01

    amertume

    Ah! chêre Lise , difficile de se sortir de la politique quand on y a gouté n'est-ce pas surtout quand on est associé du coté de l'opposition . Qu'avez fait de concret alors que vous étiez au pouvoir pour donner aux Québécois un projet d'une telle envergure? Et que dire de la réalisation de la Baie de James sous M. Bourassa ? Facile de critiquer lorsqu'on est dans le clan des perdants ! J'aurais souhaité qu'un tel projet rallie tous les Québécois , même les envieux!
    Lucide