Et puis euh - Question d'argent

Dans le grand dictionnaire du sport qui n'existe pas, à côté du mot «interminable», on retrouverait nul doute un hyperlien vers l'émission pré- et post-course du Derby du Kentucky. Si vous vous intéressez de près ou de loin aux activités hippiques, vous savez que l'épreuve était présentée samedi et qu'elle consiste, télévisuellement parlant, en 1000 heures de parlotte et d'admiration de chapeaux plus ridicules les uns que les autres (ça nous rappelait le mariage princier, tiens) suivies de deux minutes de sprint puis d'une centaine d'autres heures d'entrevues menées par des reporters à cheval et d'analyse des résultats. Mais deux minutes franchement enlevantes, pendant lesquelles il est déconseillé d'aller se refaire une provision au frigo.

Et puis, il y a les noms exotiques des purs-sangs pour nous faire rêver: cette fois, on retrouvait Midnight Interlude, Stay Thirsty, Archarcharch — qui a subi une fracture à une patte en chemin — et l'inénarrable Pants on Fire, quoique ce soit le plutôt banal Animal Kingdom qui l'ait emporté grâce à une folle et spectaculaire remontée dans la dernière ligne droite.

En observant cet étalage de richesse, il était loisible à l'amateur moyen de se poser une question d'intérêt: ça gagne combien, un jockey? Une interrogation qui tombait d'autant mieux que l'amateur moyen venait tout juste de tomber sur une liste des salaires les plus élevés dans le merveilleux monde du sport™ pour l'année 2010 confectionnée par le magazine ESPN.

Alors, voici: le chevaucheur le mieux rémunéré a été Ramon Dominguez, avec des revenus de 17 411 880 $US, ce qui permet quand même de se payer un 1 1/2 sur le Plateau et d'en avoir encore pour l'épicerie.

La course de chevaux constitue à cet égard le sixième sport à offrir les plus hauts émoluments lorsqu'on ne tient pas compte des commandites personnelles qu'un athlète peut obtenir. Au sommet de la pyramide, on retrouve une égalité: Alex Rodriguez, baseball, et Manny Pacquiao, boxe: 32 millions chacun. Ils sont suivis de Kimi Raikkonen, course automobile, 26 333 333 $; de Kobe Bryant, basketball, 24,8 millions et de Cristiano Ronaldo, soccer, 19,5 millions. À 10 millions et plus, les autres noms qui surgissent sont ceux de Peyton Manning, football, 15,8 millions; Rafael Nadal, tennis, 10 171 998 $; et Vincent Lecavalier et Roberto Luongo, hockey, 10 millions chacun.

Et il est aussi possible de se tirer modérément d'affaire dans d'autres disciplines. Prenons par exemple Phil Taylor, qui a engrangé 1 594 527 $ en jouant... aux fléchettes. Ou Hakuho, champion de lutte sumo, qui a fait 400 000 $. Darren Appleton, lui, a amassé 118 494 $ au billard. Kane Waselenchuk: 300 000 $ au racquetball. Trevor Brazile: 507 920 $ au rodéo. Walter Ray Williams jr: 152 670 $ au bowling. Kelly Slater: 516 000 $ en surf. Philip Dalhausser et Todd Rogers: 387 700 $ en volleyball de plage; Nick Matthew: 166 926 $ au squash. Kevin VanDam: 915 500 $ à la pêche sportive.

On peut aussi s'autoriser à aller en périphérie du sport proprement dit, et constater que Jonathan Duhamel s'est aménagé un pécule de 9 443 519 $ par ses prouesses au poker. Ou que Joey Chestnut a dégagé des bourses de 218 500 $ dans le domaine de l'empiffrage de compétition.

J'en profite d'ailleurs pour vous rappeler qu'encore une fois cette année, le 4 juillet, le concours de mangeurs de hot-dogs Nathan's Famous aura lieu à Coney Island, à New York. Chestnut y défendra son titre, qu'il détient depuis quatre ans. Il possède le record historique de la discipline, ayant ingurgité 68 hot-dogs en 10 minutes en 2009 (l'an dernier, il s'est laissé un peu aller et s'est arrêté à 54, ce qui laisse croire que sa carrière est peut-être en déclin). On notera également que, pour la première fois, à la suite de protestations, la bourse remise à la gagnante sera égale à celle du gagnant, soit 10 000 $, ce qui représente une avancée indéniable pour la cause générale des femmes.

***

Les réseaux sociaux peuvent-ils être nocifs pour le sportif professionnel? Ç'a l'air que oui.

Rashard Mendenhall vient de perdre sa commandite avec le fabricant d'équipements sportifs Champion en raison des messages qu'il a publiés sur Twitter dans les heures qui ont suivi l'annonce de la mort d'Oussama Chose. «Quel genre de personne célèbre la mort? Il est ahurissant de voir comment des gens peuvent détester un homme qu'ils n'ont même jamais entendu parler. On n'a entendu qu'une seule version des faits...», a-t-il écrit. Puis: «Nous ne saurons jamais ce qui s'est vraiment passé. J'ai de la difficulté à croire qu'un avion puisse démolir un gratte-ciel.» Puis: «Je ne suis pas convaincu qu'il était derrière les attaques, nous n'avons aucune preuve autre que ce le gouvernement nous dit.»

Ironiquement, lorsque l'entente de commandite avait été conclue en 2008, les dirigeants de Champion avaient expliqué que Mendenhall était la personnalité «idéale» pour représenter l'entreprise.

Il n'est pas le premier à regretter d'avoir cliqué sur Tweetter un peu vite. Michael Beasley du Heat de Miami, par exemple, s'était retrouvé dans l'embarras lorsqu'il avait tweeté une photo de son nouveau tatouage, car il apparaissait que derrière lui se trouvaient deux sachets de marijuana sur une table. Larry Johnson, porteur de ballon des Chiefs de Kansas City, a carrément perdu son job après avoir critiqué son entraîneur en 140 caractères et moins. Et plusieurs ont été mis à l'amende pour avoir tweeté pendant un match...

La prochaine fois, nous aborderons la question inédite du désavantage de la glace dans un contexte de séries éliminatoires.

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

1 commentaire
  • vieux cafe - Inscrit 10 mai 2011 09 h 06

    Kentucky Derby et culture

    Le Kentucky Derby est l'evenement sportif a placer au sommet quand on est un commentateur sportif qui se respecte. Hunter Thompson est le commentateur le plus important du siecle passe; il est aussi le romancier americain le plus important depuis Kerouac, devant McCarthy, Delilo et Wallace. Vive Gonzo, vive Thompson, vivent les chapeaux et le bourbon, vive le vieux sud dans sa "derelict splendour".