Essais québécois - Cochez oui, cochez non

La cinglante défaite du Bloc québécois au scrutin du 2 mai interdira tout triomphalisme au mouvement souverainiste au cours des prochains mois. Le plan stratégique annoncé par Gilles Duceppe — victoire du Bloc, victoire du PQ, et tout redevient possible — s'est effondré dès la première étape. Doit-on déjà en conclure que l'idéal souverainiste est en péril?

On peut fortement en douter. Les fruits du beau risque néodémocrate tarderont à venir et les gros sabots conservateurs ne risquent pas de séduire le Québec. Plus encore, le désaccord structurel entre le Québec et le reste du Canada ne disparaîtra pas avec la défaite du Bloc. Si Layton, par exemple, joue avec sincérité la carte du Québec, il s'expose à se faire rembarrer ailleurs au Canada. S'il se contente d'essayer de vendre le fédéralisme actuel au Québec avec le sourire, la vague orange refluera aussi massivement qu'elle a afflué en nos terres.

Une majorité de Québécois souhaite au moins une réforme du fédéralisme dans le sens d'une reconnaissance constitutionnelle de la nation québécoise. Une majorité de Canadiens anglais refuse vigoureusement cette réforme. Les résultats du 2 mai ne changent pas grand-chose à cette dynamique. Aussi, les souverainistes sont certes temporairement ébranlés, mais ils n'ont pas dit leur dernier mot.

Ils diraient oui


Les douze jeunes souverainistes qui signent J'aurais voté oui, mais j'étais trop petit auraient assurément souhaité lancer leur ouvrage dans un autre contexte, mais ils ne doivent pas croire pour autant que leur argumentation est devenue caduque depuis le 2 mai. Ils savaient déjà, de toute façon, que la défense de leur option n'était pas une sinécure. «J'ai tendance à ne pas suivre la tangente quand je clame par la voie du slam l'indépendance», écrit le cégépien Pier-Hugues Boucher. «Notre bataille est de vaincre ce qu'il y a de vaincu en nous», ajoute Carl Bessette. «L'image de l'indépendantiste a été attaquée avec tant d'efficacité qu'elle s'en est retrouvée bêtement démodée, écrit la dramaturge, comédienne et slameuse Catherine Dorion. Et on s'est bêtement laissé convaincre, on est redevenu gêné, on est redevenu honteux.»

Bardée de diplômes, Dorion signe sans contredit l'essai le plus solide de ce recueil. Elle résume brillamment, en quelques petites pages, le sentiment et l'argumentaire souverainistes actuels. «J'ai souvent l'impression, écrit-elle, qu'avoir vingt ans aujourd'hui, c'est vivre dans un monde devenu trop lourd à changer, un monde où les ambitions qu'on ose encore avoir pour sa société refusent obstinément de s'encastrer dans la réalité, troublées qu'elles sont par ce besoin quotidien de se tailler une place individuelle dans ce monde qui est assez dur, assez inhospitalier dans un sens, et embrumé dans une telle pollution spirituelle...» Après ce petit coup de déprime, Dorion retrouve pourtant le goût de la lutte, en prenant conscience que ses prédécesseurs indépendantistes ont allumé le flambeau dans des conditions bien plus difficiles. En 1966, en effet, ils ne ralliaient que 10 % de la population. «À nous, écrit la comédienne, il ne reste que le dernier mille à parcourir [...].»

Dorion sait bien qu'il est de bon ton de relativiser son combat. N'y a-t-il pas, en effet, d'autres luttes (l'environnement, la paix dans le monde, la justice sociale) qui nous requièrent de plus pressante façon? Pourquoi, alors, persister dans la lutte pour l'indépendance? «Parce que, rappelle-t-elle avec justesse, tant que nous n'aurons pas changé cet ordre constitutionnel qui étouffe nos penchants politiques quels qu'ils soient, il ne sert à rien de militer pour autre chose parce que nous n'avons ni voix, ni pouvoir. De vote à l'ONU et dans les autres institutions internationales où se décide en ce moment le sort de la planète, nous n'en avons pas. De poids dans le Canada, nous en avons de moins en moins.» Que cela est clair, bien dit et indubitable! «La question, ajoute Dorion à l'intention des «dépendantistes», n'est pas de savoir si on refuse de disparaître; la question est de savoir si on accepte d'apparaître.» Comme l'écrivent Sébastien Boulanger-Gagnon et Bruno Forest, la souveraineté est la condition de notre pleine ouverture sur le monde.

Dans la préface de ce livre, l'historien Gilles Laporte se réjouit de constater que la génération des 18 à 30 ans, souvent qualifiée d'individualiste et de carriériste, assure le relais du flambeau indépendantiste. «Personne ne doute, écrit-il, que cette génération ait cultivé l'estime de soi et une confiance qui se mue maintenant en une nouvelle affirmation presque insolente du NOUS revendicateur.» Cette conclusion m'apparaît hâtive. Comme le souligne Danny Plourde dans son texte, très peu de jeunes s'intéressent à la politique. En ce sens, le dernier mille à parcourir évoqué par Dorion ne sera pas une promenade, même si Marc-André Pharand a bien raison de dire que lui, qui avait cinq ans en 1995, n'a jamais dit non.

Pratte dirait non

Avant de devenir éditorialiste en chef au quotidien La Presse, André Pratte a voté OUI en 1980 et en 1995. Aujourd'hui, évidemment, il dirait non. Dans une courte biographie de Wilfrid Laurier dont l'angle est principalement politique, le journaliste trace un portrait bienveillant de celui qui fut premier ministre du Canada de 1896 à 1911. Tout en s'acquittant avec élégance de son devoir de biographe, Pratte veut surtout convaincre le lecteur que Laurier incarne le meilleur de l'esprit fédéral canadien et qu'il devrait servir de modèle à tous ceux qui participent au débat sur cette question.

La seule voie possible, selon Pratte, surtout pour la minorité, est «celle du compromis». Il faut surpasser nos différences de langue et de culture «pour se laisser guider par des principes supérieurs: la justice, la démocratie, le fédéralisme authentique». Les Québécois doivent «prendre leur place plutôt que d'attendre des Canadiens anglais qu'ils la leur cèdent», écrit Pratte en résumant les convictions de Laurier, cet «homme pratique», attaché aux «attitudes de modération et de dialogue qui rendent ce pays possible». Les divisions existent, ajoute le journaliste, mais «ce qui nous unit a toujours triomphé».

À quel prix pour les Québécois qui, de compromis en beaux risques, pèsent de moins en moins lourd dans cette histoire?

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louisco@sympatico.ca


 
13 commentaires
  • Michelle Bergeron - Inscrit 7 mai 2011 02 h 00

    Aucune satisfaction pour la dépendance

    Monsieur Pratte oubli que devant des problèmes majeurs comme ce fut le cas durant la deuxième guerre, étant minoritaire c'est le Québec qui récolta et récoltera les dossiers merdiques comme à 4 kilomètre de Québec plutôt que 50 selon les experts, on travaillait sur les armes bactériologique et qu'à la fin tout c'est retrouvé dans le St-Laurent. Ni l'Angleterre, les USA et le reste du Canada n'en voulait de ces contaminents. Tout problème grave ce sera toujours la minorité qui sera sacrifier et c'est normal. On penses à ses proches avant les autres. Monsieur Pratte rêve en couleur ou il pense à ses arrières? Pas besoin d'être diplomé pour comprendre que l'on a aucun mot à dire, que les reste du Canada n'a besoin du Québec que pour ses impôts et ses taxes et sa situation géographique et pour le reste écrasons nous. On signe à notre place des accords sans pour autant que nous soyons dans la constitution c'est d'une tromperie sans borne! Si on réfléchi logiquement les signatures pour le Québec serait illégales. Même chose avec nos impôts. De la tromperie!

  • Chambord - Inscrit 7 mai 2011 08 h 36

    Pourquoi pas faire un pays.

    La démocratie est un hommage respectueux à la nature rationnelle de l'être humain. La véritable démocratie n'a rien à voir avec la loi partisane du nombre et le droit du plus fort dans le rapport de force inhérent au partitionnement de la chose publique. La démocratie n'est pas consécutive à la rationalité, elle est un appel à l'exercice de la raison, une en tout un chacun.

    Si nous ne sommes pas déjà indépendants, n'est-ce pas parce qu'on n'a pas bien montrer que la souveraineté du Québec est légitime parce qu'elle est fondée sur de véritables raisons? N'est-ce pas parce qu'on doit faire la démonstration que la spécificité de l'identité québécoise, comme l'identité spécifique de chaque peuple, promeut et développe, selon sa manière propre, l'humanité identique en chaque être humain?

    Il est heureux que ce n'ait pas été dans un environnement fractionné et factionnaire que le Québec soit devenu un pays.

    Il est archifaux que nous ne soyons pas déjà "apparus". Rhétorique creuse, sémantique d'une phénoménologie de pacotille, le fait d'une jeunesse qui ne sait pas parce qu'on a tout fait pour la confiner dans l'imaginaire en stigmatisant tout appel à la pensée véritable, neuve à chaque instant, mais aussi vieille que le monde. Il ne faut pas s'inventer à partir d'une situation existentielle à refaire, il faut découvrir l'essence de notre situation; il faut découvrir le présent du passé.

    Il ne serait pas vrai que "notre front est ceint de fleurons glorieux", que "notre histoire est une épopée des plus brillants exploits"? Banal rabâchage passéiste? Marketing de vieux schnock catho-tradi? C'est à la révolution tranquille qu'on se serait donné les conditions nous permettant d'apparaître un jour; avant hier, rien à tirer, sinon le vague souvenir de la survivance improbable d'une parlure délicieuse.

    Non, ce ne sont pas des discours creux qui nous permettront de devenir un pays, si juvéniles soient-ils.

  • Jean Lapointe - Abonné 7 mai 2011 08 h 33

    Des jeunes ont manifestés.


    Le lendemain des élections, ou peut-être le surlendemain, j'ai vu une centaine de jeunes à peu près défiler dans la rue devant chez moi et, d'après ce que j'ai pu constater en lisant le contenu des quelques pancartes que certains d'entre eux portaient, si ces jeunes manifestaient c'était pour protester contre l' élection d'une majorité pour le PCC et Harper.


    Je les ai trouvés admirables. J'espérais qu'on en parle dans les journaux mais je n'ai rien vu à ce sujet.

    Il y a par contre quelque chose qui m'a beaucoup déplu. J'ai trouvé la police un peu trop présente .

    Des policiers en vélo et des policiers à cheval les encadraient. Il me semble que la police aurait pu se montrer un peu plus discrète.

  • Geoffroi - Inscrit 7 mai 2011 09 h 03

    Des lauriers pour Wilfrid et André

    Deux "belles" carrières confortables et indifférentes.

    Laurier a laissé tomber les écoles francos du Manitoba sur l'autel de son ambition incommensurable, devenir premier ministre d'une colonie britannique, malgré de méchants anglais qui souhaitaient un compromis honorable...et l'ambitieux Pratte qu'est-ce qu'il a fait au juste ? Il a écrit et continue d'écrire de petits éditos lénifiants et de petites oeuvres
    au service de l'école fédérale de la compromission à tout prix... dont Laurier a été un "grand" initiateur.

  • erico - Inscrit 7 mai 2011 09 h 18

    pays souverain

    Le Quebec devenu un pays souverain doit adopter sa propre monnaie Quebecqoise, sa propre banque centrale pour controler sa politique monetaire, les taux d'interets, les cibles d'inflation etc. avoir ses propres institutions financieres . Ceux qui veulent conserver le dollar canadien restent des federalistes . On choisit le pays du Quebec ou la Banque du Canada , on ne peut avoir les deux .