Monsieur Brumont

La cuvée Montus Prestige d’Alain Brumont fit pâlir les meilleurs crus locaux lors de dégustations à l’aveugle.<br />
Photo: Jean Aubry La cuvée Montus Prestige d’Alain Brumont fit pâlir les meilleurs crus locaux lors de dégustations à l’aveugle.

Alain Brumont soufflait récemment ses 65 bougies, célébrait ses 20 ans de présence sur le marché québécois et ses quelque 30 vendanges derrière le sécateur. C'est comme si on l'avait vu grandir, le gaillard, qu'il avait toujours fait partie de la famille, tout aussi impliqué dans ses vins qu'il sait en être l'ardent défenseur auprès d'amateurs qui lui ont toujours été fidèles. Et ils sont nombreux au Québec! Car il est connu, le Brumont; d'abord chez lui à Madiran, où, au tout début des années 1980, il s'employait déjà, avec une poignée de collègues, à faire rayonner l'appellation sur l'échiquier des grands vignobles du monde, dans le bordelais par la suite, où sa cuvée Montus Prestige fit pâlir les meilleurs crus locaux lors de dégustations à l'aveugle et sur d'autres continents, comme l'Asie, où on le considère ni plus ni moins comme étant le pape — respecté mais aussi jalousé — de l'appellation.

Comment en est-il arrivé là? Comme me le disait mon propre père: en travaillant! Le jeune Brumont de 17 ans épaule déjà le sien au vignoble comme aux champs à Bouscassé jusqu'à ce qu'il achète le moulin en ruine du grand-père, qu'il rafistole et revend tout en conservant une quinzaine d'hectares de vignes qu'il replantera pour en tirer par la suite la fameuse cuvée Argile Rouge. Puis, ce sera en 1979 l'achat de Montus et de son vignoble en friche avec une première récolte d'à peine 60 hectolitres en 1982. Tout comme ses grands amis Dagueneau en Loire et Dürbach en Provence, Brumont souffre d'une véritable boulimie des terroirs et n'est jamais tout à fait satisfait tant qu'il ne les comprend pas, mais surtout, surtout, tant qu'il ne les possède pas tous!

Homme de clan et de parole, Alain Brumont récolte aujourd'hui les fruits d'un labeur appliqué avec le gros bon sens d'un paysan à qui on n'apprend plus les rouages du métier même s'il ne cesse de peaufiner ses nombreuses cuvées, dont La Tyre, parcelle de 12 hectares culminant à 260 mètres en versant sud-ouest et développée au début des années 1990, et dont la version 2002 actuellement disponible (99 $ - 11182671) demeure à ce jour l'une des expressions les plus accomplies du grand cépage tannat. Que de chemin parcouru depuis 30 ans, alors que le vin de Madiran était à peine connu à Paris!

Depuis, les grandes tables de la capitale, de Ducasse à Dutournier en passant par Senderens, s'arrachent ses vins. Douce revanche pour un artisan qui a toujours nourri l'espoir d'une reconnaissance sans vouloir l'avouer et qui trouve aujourd'hui, à 65 piges, le sentiment d'avoir bien fait son boulot. C'est à ton tour, mon cher Alain, de te laisser parler d'amour... (air connu). À vous maintenant de fredonner la chanson en dégustant son tonique et lumineux blanc sec Gros Menseng/Sauvignon 2010 en appellation Côte de Gascogne (13,05 $ - 548883 - **1/2, 1), ces Jardins de Bouscassé 2008 (15,70 $ - 11179392 - ***, 1), cet autre blanc sec mais d'appellation Pacherenc du Vic-Bilh cette fois, intrigant et parfumé avec ses cépages autochtones originaux (petit courbu, arrufiac, petit manseng, etc.) ou, en rouge, ce Torus 2008 en Madiran (16,10 $ - 466656 - **1/2, 1) au fruité bien accroché, ce Château de Bouscassé 2007 (19,35 $ - 856575 - ***,1 ©) coloré et profond, étoffé, d'une grande fraîcheur, ou encore cet autre Château Montus 2006 (27 $ - 705483 - ***1/2, 1 ©), fondu et au fruité bien fourni. Pour les nombreuses autres cuvées, passez voir votre conseiller à la SAQ: je parie qu'il l'est connaît toutes!

Trois whiskies


Pour les amateurs de scotch qui lisent cette chronique ou d'autres en voie de le devenir, voici trois beaux candidats à se partager entre amis, histoire d'étirer les longues soirées d'été qui s'annoncent.

Gold Label, Johnnie Walker, 18 ans, le mélange centenaire (84,75 $ - 412767): Red, Green Black, Gold ou Blue Label, autant d'étiquettes différentes pour traduire le fameux blended de «l'homme qui marche d'un pas assuré», figure emblématique de la célèbre maison. Dans ce cas-ci, une quinzaine de single malt de divers horizons, dont le très rare Clynelish pour un scotch classique, bien sec au premier abord mais développant un moelleux plus enveloppé où l'ardeur de départ participe encore et toujours à l'émancipation d'ensemble. Une approche qui plaira au néophyte comme à l'amateur qui le redécouvrira pour ce qu'il est: un scotch mondain, pas asocial pour deux sous. ***1/2

Nàdurra, The Glenlivet, 16 ans, Single Malt Whisky (80 $ - 11156203): vieilli en fût de chêne blanc américain, non filtré à froid comme dans la majorité des cas et embouteillé à 54,4 % d'alcool par volume sans adjonction d'eau de source (cask strenght), ce Nàdurra demeure parfaitement maîtrisé malgré cette braise qui l'attise de l'intérieur. La palette aromatique séduit avec cette touche tilleul/miel en parfaite harmonie, alors que la bouche, tendue et tonique, livre un ballet dont ne serait pas peu fière la danseuse Louise Lecavalier elle-même. Fougue et style, longueur et persuasion. ****

Aberlour A'Bunadh, Highland Single Malt Whisky (86,50 $ - 573352): «Pour les consommateurs experts, à la recherche de goûts puissants et désireux de découvrir un malt brut produit dans la plus fidèle tradition du XIXe siècle.» Voilà le topo de vente livré par la maison. Suis d'accord, mais encore faut-il avoir le palais bien accroché pour mordre dans ce scotch avant d'être mordu! Comme pour le précédent Nàdurra, pas de filtration à froid et un embouteillage cask strenght, ici à tout juste un peu plus que 60 beaux degrés d'alcool, le tout bien tassé derrière une robe sombre et des parfums riches, empyreumatiques, fouettés au passage par l'exotisme du gingembre frais et une touche de poivre noir. Une eau-de-vie tout de même civilisée et harmonieuse malgré la puissance chaleureuse de l'ensemble. ****

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Potentiel de vieillissement du vin: 1, moins de cinq ans; 2, entre six et dix ans; 3, dix ans et plus. ©: le vin gagne à séjourner en carafe.

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Les vins de la semaine

La belle affaire
Croix Saint-Martin 2009, Bordeaux (13,10 $ - 292904)

Un bon verre de bordeaux? Il y a le merlot, bien mûr, dans ce millésime extra, avec ce coulant, cette fraîcheur et cette palatabilité toute simple, friande, joyeusement sincère. Petit régal à bon prix. 1.

Le champagne
Bollinger Spécial Cuvée Brut (66,25 $ - 384529)

Il y a des champagnes moins chers, je sais, mais à savourer Bollinger, on a rapidement l'impression d'être soi-même très riche et qu'alors l'affaire est belle. Bollinger, c'est le grand vin fait champagne, ample et profond, d'une sève nourrie avant tout par des vins de réserve hors normes. 2.

La primeur en blanc
Château Laffitte - Teston 2009, Ericka, Pacherenc du Vic Bilh (20,95 $ - 11154582)

Demeurons dans le Sud-Ouest français avec cette petite merveille d'originalité vinifiée en sec à base de mansengs (grands et petits) ainsi que de petit courbu. Impression d'amplitude fruitée immédiate bien resserrée par un contraste acide/amer des plus judicieux. Poule au pot? 1.

La primeur en rouge
Pansé 2009, Monte Schiavo, Marches (18,40 $ - 11451894)

Ce rouge vermillon léger, élancé, svelte et aromatique est dans la droite ligne des gamays, altesses et autres grignolinos en raison de son profil fruité simple, direct, immédiatement attachant. Une occasion de goûter au rare cépage lacrima di morro d'Alba. Servir frais. 1.

L'émotion
Tre 2008, La Brancaia, Toscana IGT (22,55 $ - 10503963)

Trois vignobles, deux en chianti et un en maremma assemblé et vinifié par Barbara Kronenberg-Widner (auteur du grand Brancaia Il Blu) dans un souci de buvabilité, mais jamais de facilité. Clarté et pureté sur boisé magnifiquement intégré. Un délice. 1.

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Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2010 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $.