Grand balayage, petites aspirations, gros nettoyage

Dans la plus pure tradition «Cosplay», Joblo procède à un grand ménage printanier. Sa fureur ménagère (et politique) n’a plus de bornes.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Dans la plus pure tradition «Cosplay», Joblo procède à un grand ménage printanier. Sa fureur ménagère (et politique) n’a plus de bornes.

Il en va de la politique comme de nos aspirations secrètes, on ne sait jamais de quel bord le vent virera. Un grand ménage de printemps s'avère parfois nécessaire pour se donner l'impression qu'il se passe quelque chose, qu'on brasse le «chi» (énergie vitale pour les Chinois) et de l'air. Et quand tout va mal, faire du ménage procure un sentiment de contrôle, d'apaisement. L'ordre dans le chaos, voyez? Comme disait Prévert: la vie s'amuse, la mort fait le ménage. Sommes-nous si captivés par la mort qu'il nous faille tout enterrer d'un coup de balai?

La poussière me fait songer à la classe politique, qui va de la racaille à la rocaille, en passant par la mauvaise herbe et la vivace: «Jamais la même, toujours une autre. On ne s'en lasse pas», écrit l'ineffable essayiste français Jean-Luc Hennig à son sujet dans Beauté de la poussière. «La poussière a cette curieuse propriété d'être une substance immatérielle qui happe la réalité des choses, qui les ombre, les noie dans une sorte d'obscurité grise, une légère brume d'indécision. [...] C'est ce que Ponge appelle "la robe des choses", "ces continuels frémissements de nappes, ces vibrations, ces buées, ces haleines, ces jeux de souffles, de pets légers".»

Difficile de faire mieux dans la métaphore. «Elle ne vous rend pas furieux, elle ne vous met pas en colère, non, elle vous use. C'est une grande lassitude. Une lassitude qu'on pourrait dire métaphysique», souligne toujours Hennig, qui n'a pas assisté à la soirée électorale du 2 mai dernier en sol canadien.

Faire du vent

Passons aux choses sérieuses. Je me suis acheté un aspirateur. Et pas n'importe lequel, un vrai, un authentique, un neuf, un puissant, avec une trompe comme-ci et une capacité de succion comme ça, impressionnante. Le prix aussi: 500 $, c'est une somme. J'ai même demandé au vendeur comment présenter la chose au mari légèrement poussiéreux. «Vous n'avez pas besoin de sacs ni de filtres, mais parlez-lui de la succion...» Entendu, j'en fais mon affaire.

J'ai fait le test, chez moi, sur le tapis du salon, après avoir passé le «Hoover» hérité de ma mère. Le Dyson en a ramassé l'équivalent d'une demi-tasse de plus. Je sais, c'est un sujet ab-so-lu-ment trivial, mais pas tant que vous le croyez. C'est précisément un Dyson que vous venez d'utiliser pour faire le ménage au Québec. On croyait que c'était propre, et puis, finalement, on peut toujours faire mieux.

Depuis l'entrée du Dyson dans ma vie, je suis tantôt extatique, tantôt obsessive compulsive. Je ne suis pas la seule, remarquez. La sexosophe Jocelyne Robert s'en est ouverte sur Twitter, comme plusieurs autres. J'ai tout de suite flairé le sex toy de luxe. «J'ai besoin d'aimer les objets, de les trouver beaux», m'a-t-elle dit en faisant référence à son nouveau Dyson City, qui tient sur une feuille de papier et est équipé d'une trousse «ménage du printemps». On trouve même une brosse pour aspirer le chien ou le chat durant la mue saisonnière. Je doute que ma chatte se laisse faire.

Quant à Jocelyne, elle a fait tourner le vent. Moi qui venais de passer une bonne heure avec un vendeur d'aspirateurs qui n'en avait que pour les mérites du Miele (un concurrent allemand), j'ai flanché pour Dyson, pour son look futuriste, sa réputation un peu surfaite, mais je ne suis plus d'âge à mesurer l'intensité de mes transports ménagers. Je suis devenue pansexuelle, «gender-blind», attirée par la personnalité avant tout.

Et mon Dyson en a beaucoup.

En fait, il convient mieux aux jeux de rôle que j'ai envie de lui faire jouer, me transformant tantôt en bonniche française, tantôt en soubrette anglaise (Dyson est d'origine anglaise aussi), pour faire de cette activité un moment jouissif. Jocelyne Robert m'a même confirmé que la «femme de ménage» est toujours un fantasme très en vogue auprès de la gent masculine, luisante de sueur (les chevaux suent, les hommes transpirent et les femmes luisent!), à quatre pattes, le postérieur retroussé, juchée sur un escabeau avec un plumeau à la main. Il ne m'en fallait pas davantage.

En poussière nous retournerons

Décrit par Jean-Luc Hennig, mon Dyson devient un chef-d'oeuvre d'ingénierie et d'ingéniosité qu'il compare à un gros bonbon bleu mentholé: «Un système capture la poussière selon le principe de l'essoreuse à salade. Le nettoyage devient un moulinage. Moutons et détritus tourbillonnent dans le collecteur translucide. C'est le piège à poussière absolu. On dit qu'avec ses cinq étapes de filtration, il est capable de retenir la fumée de cigarette comme les bactéries ou les moisissures.»

Ma copine Léa, une nouvelle convertie au Dyson, fumeuse et propriétaire de chien, ne passait l'aspirateur qu'une fois tous les six mois dans son appartement. Un cas de révolte ménagère chronique et incurable. Elle se pâme sur son nouvel aspirant soupirant: «C'est le Macintosh des aspirateurs. En plus, comme il est transparent, tu peux voir ton oeuvre!» Chez elle, une devise d'Erma Bombeck (humoriste et culumnist américaine qui décrivait la vie des femmes de banlieues) est encadrée dans l'entrée. Sous la poussière, on peut lire: «Le ménage, s'il est correctement fait, peut vous tuer.»

Depuis l'arrivée de son modèle portatif, Léa passe l'aspirateur tous les jours, un petit coin à la fois, l'autonomie n'étant que de 13 minutes. «Mais qui veut passer l'aspirateur plus de 13 minutes? demande-t-elle. Et le mode d'emploi en français est exquis. Que dire de l'humour britannique? Ils nous invitent à ne jamais passer l'aspirateur en conduisant l'auto...»

Léa philosophe en tirant sur sa clope: «Les peuples du Nord ont besoin de chasser les miasmes de l'hiver au printemps. Ça fait partie des rites de purification. C'est un atavisme.»

Pour ma part, je descends d'une longue lignée de frotteuses gaspésiennes qui se parfumaient à l'eau de Javel, récuraient les linoléums à quatre pattes, lavaient leurs carreaux au moindre orage et vous assenaient du «On est pauvre, mais on est propre!» comme on décrète «On n'est pas instruits, mais on vote du bon bord».

Mais je sais aussi que, peu importe l'engin utilisé pour la volatiliser, la poussière, «cette poudre morte venue de nulle part», retombera. Elle retombe toujours. Peu importe la couleur du ciel, qu'il soit bleu ou orange.

cherejoblo@ledevoir.com
twitter.com/cherejoblo

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Et les zestes

Craint: de recevoir un Dyson pour la fête des Mères. Je l'ai acheté avant. Y'a des limites à se cantonner dans un rôle poussiéreux, d'autant que chez nous c'est le plus jeune qui passe l'aspirateur (exploitation des enfants, je sais). L'appareil est le même prix partout, soit dit en passant, mais sur le site Web Dyson Canada (l'objet qui a relancé la réputation des Anglais est assemblé en Malaisie), on vous promet la livraison gratuite. Comme les joujoux sexuels.


Lu: une entrevue qu'accordait monsieur James Dyson au Guardian (1er mai 2011): «You don't need to sex things up. These subjects (technology and engineering) are sexy in their own right.» Aussi, on y apprend que l'inventeur a fabriqué 5126 prototypes avant de breveter le 5127e.

Appris: à La Maison de l'aspirateur que le Vaporetto, un appareil à vapeur qui utilise un litre d'eau pour TOUT nettoyer dans la maison, est l'accessoire de l'heure en matière de nettoyage écologique. Aucun produit nettoyant nécessaire, on passe des matelas, aux fenêtres, du four à la salle de bains, du frigo aux rideaux. Et, à retenir, on s'en sert pour éliminer les punaises... Ceux qui en ont eu apprécieront. Ceux qui n'en ont pas encore apprécieront aussi. Moi, j'en passerais un coup sur les sièges du Parlement.

Reçu: Cosplay (éditions de l'Homme), un livre photo très amusant qui nous fait découvrir cette activité ludique et réjouissante. Cosplay est un mot-valise qui regroupe «costume» et «playing». Dans le livre d'Eugénie Chidlin et de la photographe Andy Julia, vous retrouverez des femmes fatales, des écolières, des copies conformes de personnages de télé ou d'Alice au pays des merveilles, des magiciennes, des fées, des vampires et autres symboles burlesques qui provoquent l'imaginaire et nous en donnent une version en 3D. Ne manque qu'un Dyson comme accessoire pour compléter les looks futuristes à la Star Trek et à la Star Wars qui ont donné naissance au Cosplay.

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La vie en kit

Le hors-série «Tendances» du Courrier international est en kiosque et nous présente «La vie en kit», 60 tendances société, mode, design ou cuisine en un tour du monde. Commenter en direct son magasinage sur YouTube (États-Unis), monter sa maison soi-même (Brésil), fumer pour flirter (le smirting, smoking et flirting en Espagne), appâter les gourmets avec des marchés éphémères (un peu comme les mobilisations éclairs, ce sont des marchés éclairs aux États-Unis), exposer ses peines de coeur au musée des Amours brisées (Croatie), vieillir en coloc (le retour des «communes» pour cheveux gris au Danemark), dîner avec des inconnus (Springwise.com ou Colunching.com), une foule d'idées pas si saugrenues qui nous donnent envie de nous secouer les puces.

http://blogues.chatelaine.com/blanchette/

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Mon cher Dear Stephen


Un mot pour vous féliciter et vous remercier de ne pas nous tenir rigueur de notre manque de loyauté. Votre mansuétude est grande. Tout fonctionne à merveille jusqu'à

maintenant. Une majorité des conservateurs SANS le Québec et Duceppe qui quitte Ottawa pour rentrer au «pays». Laissons la poussière retomber et le NPD se planter, on devrait être bons pour un référendum sur la question nationale d'ici quelque temps. So long my friend!

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  «Parfois, c'est vrai, ils ont un "coup de nerf" ou un "coup de sang". Quelque chose d'irraisonné: ils font le ménage en grand, décident de tout chambouler, de tout épousseter, mais ils s'aperçoivent très vite que c'est une folie, qu'on ne peut pas épousseter le monde [...] Ils ne savent pas, ou ils ont oublié, que la vie, c'est de la poussière à remuer.»
- Jean-Luc Hennig, Beauté de la poussière

«Vous faites le ménage de l'univers avec les ustensiles du raisonnement. Bon. Vous arrivez à une saleté bien rangée.»
-Léon-Paul Fargue

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8 commentaires
  • Denis Thibault - Abonné 6 mai 2011 07 h 19

    La petite vie

    Ça devait arriver un jour, c'était écrit dans le ciel, c'est comme rien! Maintenant c'est fait. Nous entrons dans un autre cycle, aspiré dans un lieu où même la lumière ne peut sortir.

    Sur la poussière qui tombe sur nos idéaux refroidis,

    «est-ce qu'on peut ravoir à l'eau de Javel
    Des sentiments,
    La blancheur qu'on croyait éternelle,
    Avant ?»

  • Francois - Inscrit 6 mai 2011 08 h 41

    Très réussi votre article et photo

    C'est de l'art de qualité que vous offrez. Merci et bravo.

  • Esther Morrissette - Inscrit 6 mai 2011 10 h 30

    Ma chère dear Josee

    Merci de me faire sourire ce matin pour la première fois en ce qui a trait aux résultats des dernieres élections fédérales. J'adhere a votre analyse politique succincte mais oh combien lucide!

    Esther Morrissette, Rimouski

  • Denis Paquette - Abonné 6 mai 2011 10 h 39

    merci

    Hé! madame je dois admettre que vous savez y faire. Dommage que nous sommes tous poussiere et condamnés a y retournés,
    Merci, pour ces quelques intants de félicités, de ces moments qui nous font oublier,nos petites miseres. Ange de blanc vétu, je vous remercie, il ne vous manque que les ailes

  • Lorraine Couture - Inscrite 6 mai 2011 16 h 05

    Moutonnerie


    L’Ourse : Josée Blanchette s’est procuré un aspirateur Dyson.

    Chopin : Ah oui?

    L’Ourse : Pourquoi tu t’es acheté un Miele?

    Chopin : Parce que j’ai eu peur que le vidage du contenant à poussière
    du Dyson soulève trop de cochonneries! Et qu’il tombe des flocons sur les planchers et les livres!

    L’Ourse : T’as bien fait, on en a assez de moutons et de malpropres chez nous!

    p.s. Josée, texte sensible et superbe photo!