De quoi le Québec a-t-il besoin?

C'est la question qui a été posée le plus souvent par tous les animateurs et journalistes au cours de la dernière année. Ceux et celles qui avaient à répondre y sont allés du plus sérieux au plus farfelu. Faute de trouver mieux, plusieurs ont répondu que le Québec avait besoin d'un leader, d'un projet rassembleur, d'une commission d'enquête sur la corruption et parfois d'un grand sens de l'humour. Toutes ces réponses sont intéressantes. Sauf que, depuis que nous sommes en campagne électorale, tout semble avoir basculé. Une agitation étrange secoue le Québec.

Les Québécois me sont apparus comme des humoristes au cours des dernières semaines. N'importe quoi pour faire rire. Ils auraient réussi si leur comportement ne donnait pas plutôt envie de pleurer. Les sondages nous disent que certains Québécois flirtent avec un vieux parti fédéraliste qui se fait appeler le Nouveau Parti démocratique et qui leur fait miroiter des colliers en verrerie, comme le faisaient les Français et les Anglais auprès des peuples qui vivaient ici bien avant nous. Notre peuple a une devise: «Je me souviens.» C'est le temps de s'en rappeler.

Le NPD n'a de nouveau que le nom. Moi, j'ai été membre du NPD quand il s'appelait le CCF, que Thérèse Casgrain en était la cheffe au Québec et sa candidate à Rouyn-Noranda il y a plus de 50 ans. Ce n'est pas d'hier. Sous la gouverne de Tommy Douglas, qui avait des allures de curé anglophone, nous pensions alors que le Québec pouvait s'épanouir dans ce drôle de pays qu'était déjà le Canada. C'est là que j'ai connu Pierre Elliott Trudeau et Michel Chartrand et combien d'autres qui croyaient que le CCF, grâce à ses alliances de gauche, pourrait offrir au Québec un espace de liberté dont nous avions tous tellement besoin. Erreur. Nous avons tous compris rapidement que le CCF allait faire de nous des Canadians calibrés pour servir le Canada. Nous sommes rentrés à la maison.

C'est le même parti, sous un autre nom, qui vient racoler les joueurs compulsifs qui jouent aux élections comme on bluffe au poker, ceux qui sont heureux de dire haut et fort: «Moi, c'est Jack.» Ils ne connaissent rien du programme du NPD, ils ignorent que c'est un parti qui a toujours été centralisateur à outrance, que même avec ses promesses d'élection Layton écrase les champs de compétence québécois, dont il semble même ignorer l'existence. C'est ce qu'on appelle se jeter dans la gueule du loup pour les Québécois. Encore une fois!

Je pense que ce dont les Québécois ont le plus besoin, c'est une colonne vertébrale. Comme on sait qu'on ne peut pas s'en faire greffer une, on doit s'en construire une soi-même. Comme disait ma grand-mère Marie-Louise, «ce n'est pas plus fatigant de vivre debout que de vivre à genoux».

Il y a, dans nos comportements au moment des élections, une sorte de besoin de provocation qui ressemble beaucoup à un manque de maturité politique. Il y a un côté fanfaron qui ressemble à une bravade, comme quand on sonnait à la porte d'un voisin et qu'on déguerpissait avant que le voisin ne vienne répondre. Ne dites pas le contraire, on l'a tous fait au moins une fois. Pourquoi agit-on ainsi? Pour se prouver qu'on n'a peur de rien? Pour affirmer qu'on n'accorde aucune importance au droit de vote qu'on s'apprête à gaspiller? Pour se donner de l'importance? Pour s'assurer d'être entendu? Pour être différent des autres et affirmer son identité? Toutes ces réponses à la fois ou aucune? Choisissez celle qui vous décrit le mieux.

Peut-être que des psys pourraient nous aider à démêler ces moments de folie qu'on appelle les élections. Il ne m'apparaît pas normal qu'on construise une nation depuis 40 ans, avec tous les efforts qu'il faut y consentir, pour se retrouver un beau matin à se demander si le gazon n'est pas plus vert chez le voisin, alors qu'il s'agit tout simplement d'une illusion d'optique...

Quand vous voterez lundi, vous auriez intérêt à savoir ce que vous faites. C'est long, quatre ans, quand on sait déjà ce que les vieux partis nous réservent. Les conservateurs et les libéraux ont déjà été au pouvoir et leurs remarquables performances en mensonges et en abus de toutes sortes sont bien connues de la population québécoise. Le NPD tente de faire élire au Québec des députés sans expérience qui sont des inconnus qui servent de poteaux dans plusieurs circonscriptions. L'expérience de l'ADQ, avec le même type de candidats, devrait nous servir de leçon. Les trois partis sont fédéralistes et visent à obtenir plus de pouvoir pour Ottawa. Ç'a le mérite d'être clair.

Lundi, dans l'isoloir, entre vous et votre conscience... dites-vous que la croix que vous allez faire pourrait être lourde à porter si vous votez n'importe comment.

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