Un homme et son parti

Gilles Duceppe a beau en avoir vu d'autres en vingt ans de vie politique, il avait clairement l'air d'un homme dépassé par les événements quand il a rendu visite au Devoir mardi matin.

Il y a de quoi. Une ascension aussi fulgurante que celle du NPD est un phénomène qu'il est presque impossible de contrer en l'espace de quelques jours, comme l'ADQ en a fait une démonstration spectaculaire au printemps 2007. On ne peut qu'espérer limiter les dégâts.

«Il faut revenir au fond des choses», a expliqué le chef du Bloc. Cela ressemble à ce que disent les entraîneurs de hockey quand ils ne savent plus à quel saint se vouer. Ils parlent tous de la nécessité de revenir au «jeu de base».

Si besoin était, le SOS lancé à Gérald Larose, qui n'en était pas à sa première gaffe, a donné la mesure du désespoir qui s'est emparé du Bloc québécois. Pour un «pur et dur» que l'ancien président de la CSN aurait peut-être pu ramener au bercail ou simplement convaincre d'aller voter, combien d'électeurs plus modérés a-t-il fait fuir en traitant Jack Layton d'«imposteur», d'autant plus «crapuleux» que, à la différence des «autres crosseurs professionnels», il se drape dans le drapeau du progrès social?

Si le chef du Bloc a toujours l'air fâché depuis un mois, ce n'est certainement pas M. Larose qui va donner une image plus souriante au Bloc. Il a eu beau émettre un communiqué — à en-tête du Bloc — pour s'excuser de la virulence de ses propos, le mal était déjà fait.

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Il serait absurde de rendre M. Duceppe responsable du fait qu'aucun événement comme le scandale des commandites ou les compressions dans l'aide financière accordée aux artistes n'est venu faire oublier la lassitude que le discours bloquiste provoque déjà depuis un bon moment.

Il n'en demeure pas moins que la déconfiture appréhendée du Bloc signifierait vraisemblablement la fin de la carrière politique de celui qui l'incarne presque à lui seul depuis quinze ans, comme en témoigne la publicité télévisée du Bloc, conjuguée à la première personne du singulier.

Malgré les limites que son caractère exclusivement québécois imposait à l'action du Bloc, son chef était généralement reconnu comme le champion incontesté des intérêts du Québec à Ottawa.

Une des données les plus significatives du plus récent sondage Angus Reid réalisé pour le compte de La Presse et du Toronto Star est que 45 % des Québécois disent maintenant désapprouver le travail de M. Duceppe, alors que 35 % l'approuvent et que 20 % n'ont pas d'opinion sur la question.

Au fil des ans, il a connu des moments plus difficiles que d'autres, par exemple l'élection de novembre 2000, alors que les libéraux de Jean Chrétien ont recueilli plus de voix que le Bloc, malgré l'adoption de la Loi sur la clarté.

Depuis la défaite péquiste de 2003, M. Duceppe n'en demeurait pas moins une sorte de phare pour les militants souverainistes. Alors que le PQ était entré dans une période de turbulence qui en avait amené certains à s'interroger sur sa survie, il démontrait qu'un souverainiste pouvait encore être un gagnant.

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Au printemps 2007, quand André Boisclair a conduit le PQ au bord de l'abîme, M. Duceppe a bien cru que son heure était venue. Le caucus péquiste s'est rebiffé à la perspective de voir un homme aussi autoritaire devenir chef, mais personne ne doutait qu'il avait l'étoffe nécessaire.

Si les élections de lundi prennent des allures d'hécatombe, il devra oublier définitivement le PQ. Même si Pauline Marois «échappait» la prochaine élection au Québec, le chef du Bloc ne serait sans doute plus perçu comme l'homme de la situation.

En rétrospective, certains diront que cette sixième campagne était de trop, que M. Duceppe aurait dû passer le flambeau et se garder en réserve de la république, mais d'autres l'auraient sans doute accusé de se défiler. Il est vrai que la relève est loin d'être évidente.

Il aurait sans doute apprécié que Mme Marois vienne lui donner un coup de main en cette pénible fin de campagne, mais la chef du PQ n'a apparemment pas jugé utile d'annuler ses vacances.

Après le travail intensif des derniers mois pour préparer son vote de confiance, on peut très bien comprendre que Mme Marois ait voulu profiter d'une pause dans les travaux de l'Assemblée nationale pour prendre un peu de repos, mais elle a manqué une belle occasion de démontrer la solidarité que les deux leaders souverainistes ont célébrée avec éclat lors du dernier congrès péquiste.

On ne dira jamais à quel point le vent peut tourner rapidement en politique. Il y a à peine dix jours, plusieurs voyaient les élections de lundi comme la première période d'une partie comme celle qui avait presque permis au Oui de l'emporter en 1995. D'abord la victoire du Bloc, bientôt suivie de celle du PQ et finalement un référendum. Il faudra vraisemblablement revoir ce plan.
16 commentaires
  • Jacques Boulanger - Inscrit 28 avril 2011 06 h 54

    Un scénario alternatif: retour vers le Futur

    D’abord la défaite du Bloc, bientôt suivie de celle du PQ et finalement ... la fin des chicanes constitutionnelles alimentées par les séparatisses. Enfin, on va pouvoir parler des vrais affaires. Le NDP à Ottawa et pourquoi pas l’ADQ à Québec ? Où est le malaise ? Après, il faudra s’attaquer aux groupes des écolo-séparatisses qui empêchent la province de se développer. Et puis quoi encore ? Abolition de la loi 101 ? Pourquoi pas. Bienvenue dans votre Futur.

  • claudel masse - Inscrit 28 avril 2011 07 h 16

    qui le serait pas...

    faudrait être inhumain pour ne pas être affecté par les événements de la dernière semaine....est-ce votre cas....

  • Catherine Paquet - Abonnée 28 avril 2011 07 h 27

    On ne prend rien pour acquis...

    Plusieurs trouveront désormais très sages, les paroles souvent prononcées pa Gilles Duceppe: On ne prend rien pour acquis. Même pas la souveraineté avant la fin de ses jours...

  • Jean Lapointe - Abonné 28 avril 2011 07 h 51

    Wow


    Vous allez un peu vite en affaires monsieur David.

    On n'en est pas là.

    D'ailleurs moi je me demande si Gilles Duceppe n'a pas bien fait de souvent. paraître fâché.

    Cela a pu avoir l'effet de susciter des réactions négatives. Mais au moins il a fait bouger les choses.

    Pareil pour Gérald Larose. A-t-il fait une gaffe? Je n'en suis pas sûr.

    Moi j'en suis rendu à faire une autre interprétation de l'engouement pour le NPD au Québec.

    Je me demande si tous ces gens, ou une bonne partie d'entre eux, qui s'en prennent à Gilles Duceppe et au Bloc parce que, prétendent-ils ,ils ne serviraient à rien à Ottawa, ne participeraient pas à l'écoeurement général suscité par Harper et Charest.

    Ils seraient tellement écoeurés, comme beaucoup d'autres d'ailleurs et dont je suis, qu'ils en seraient venus à mettre tout le monde dans le même panier.

    Ce ne serait pas pour Jack Layton qu'ils auraient l'intention de voter ou qu'ils ont déjà voté, ce serait plutôt un vote de protestation contre tous les politiques.

    Ce serait là le signe d'une très grande exaspération de la part de beaucoup de ces gens. Et je les comprend .Il y a de quoi être exaspéré.

    D'ailleurs on le constate à la façon dont beaucoup d'entre eux s'expriment.

    De la part de Gilles Duceppe et de nous tous qui sommes souverainistes, nous avons donc maintenant une obligation, l'obligation de tenter à tout prix de redonner un peu confiance à tous ces gens à l'action politique.

    Il faut aussi inciter tous les souverainistes qui n'avaient pas l'intention d'aller voter parce que , de leur point de vue le problème va se régler à Québec, il faut donc les inciter ces gens-là à aller voter pour le Bloc le 2 mai prochain.

    La partie n'est pas perdue monsieur David malgré vos sombres présages.

  • Erwan Basque - Inscrit 28 avril 2011 07 h 55

    Un héros malgré lui.

    Bonjour,
    Avec son non verbal éloquent, à son corps défendant, Monsieur Gilles Duceppe a tout simplement été un héros malgré lui en servant de catalyseur pour canaliser la rage sourde de beaucoup de nationalistes québécois suite à l'amère défaite du référendum de 1995. Le Bloc Québécois a eu le mérite d'avoir été d'une très grande utilité pour la Fédération Canadienne en étant un amortisseur où les rêves brisés venaient s'y déposer en douceur. Les raisins de la colère des années 1990 ont maintenant été évacués en quelque sorte et le Bloc Québécois fut ce purgatif.
    En effet, toute l'utilité du Bloc Québécois pour le Canada fut en même temps d'être un gaz puissant, un soporifique qui permettait aux nationalistes québécois d'anesthésier leur rancoeur en votant par dépit avec un côté revanchard pour ce parti dont le succès serait mesuré à l'aulne de la brièveté de son séjour à Ottawa disait Monsieur Lucien Bouchard dans sa logique. Monsieur Gilles Duceppe fut toujours très mal dans sa peau en étant conscient d'être tout simplement un prix de consolation qui permettait d'évacuer le ressentiment nationaliste envers l'amère défaite de 1995 en douceur. Cela permit un semblant de vengeance douce au coeur de nos nationalistes.
    En outre, la plus grande utilité du Bloc Québécois fut de faire la démonstration par l'absurde de la grande démocratie Canadienne. En participant activement à la politique Canadienne, le Bloc Québécois tirait dans le pied du Parti Québécois qui perdait son argumentaire disant que le Canada ne fonctionnait pas et méprisait le Québec. La preuve étant que la pseudo souveraineté a grandement reculé depuis 15 ans sans débordements affectifs dans l'Agora du à la présence encore une fois du beau prix de consolation qu'était le Bloc.
    Finalement, et ce même avant le résultat du 2 Mai, le Bloc a largement perdu la face et plus rien ne sera pareil car ce Mur des Lamentations est fissu