Endettement vulnérable

La faiblesse prolongée des taux d'intérêt a alimenté une vulnérabilité toujours plus grande des ménages canadiens face à l'endettement. En fait, l'équilibre de cet échafaudage de dettes ne s'appuie désormais que sur la valeur de l'actif sous-jacent. Voici un petit portrait de l'ampleur d'un risque dont la portée systémique demeure, somme toute, à démontrer.

Matt Hurst, analyste principal à la revue Tendances sociales canadiennes, chez Statistique Canada, revient sur l'endettement des ménages canadiens. La dette réelle moyenne a plus que doublé de 1984 à 2009, passant de 46 000 $ à 119 000 $, les trois quarts des Canadiens ayant désormais une dette de ménage. Cette flambée s'alimente essentiellement d'un endettement hypothécaire accru et a pour grande responsable un recul constant des taux d'intérêt hypothécaires, tombant à des niveaux historiquement bas. Cette relation est devenue plus intime encore à partir de 2002, une période dominée par une accélération de l'endettement.

Les revenus n'ont évidemment pas suivi. Malgré une hausse du revenu personnel disponible des ménages de 37 % après inflation entre 1970 et 2009, le ratio dette-revenu n'a cessé de se détériorer, la dette dépassant le revenu à partir de 1994. Ainsi, en 1990, l'endettement total se situait à 93 % du revenu. En 2009, il atteignait 148 %. «De récentes recherches font voir que, si les taux d'intérêt montent de trois points, le ratio dette-revenu doit baisser à un niveau variant de 125 à 130 % pour que les paiements d'intérêt demeurent les mêmes sur la dette», a souligné l'auteur de l'étude.

Ce constat étant, si l'endettement a doublé, la valeur de l'actif a suivi. Ce faisant, le ratio dette-actif est demeuré stable, à près de 73 % de 1970 à 2007. Mais en 2008 et 2009, il a monté pour frôler les 80 %, atteignant son plus haut niveau en plus de 35 ans. Si l'on retient qu'un ratio de 80 % ou plus devient inquiétant; si l'on retient également que le prix des maisons pourrait être présentement surévalué de 15 % selon une estimation conservatrice, la vulnérabilité apparaît plus sensible.

Reste la capacité de remboursement. La Banque du Canada «juge que les ménages sont plus exposés financièrement si le ratio de remboursement total (capital et intérêt) équivaut à 40 % ou plus de leur revenu» avant impôt, précise Matt Hurst. Sur ce point, les données de 2009 indiquent que 4,2 % de tous les ménages canadiens affichaient un tel ratio élevé, soit quelque 520 000 ménages. «Leur situation financière risque de devenir précaire en cas de choc économique comme une flambée des taux d'intérêt, une dévaluation de l'actif ou une contraction de revenu», peut-on lire dans l'étude.

Une autre étude, réalisée cette fois par Susan Crompton, également analyste principale à Tendances sociales canadiennes, donne quelques statistiques sur le profil de faillite au Canada. Les chiffres apparaissent gros. Ainsi en 2008 et 2009, deux années économiquement difficiles, le taux de faillite des consommateurs au Canada s'est accru de 30 %. Il est passé de 3,4 à 4,5 faillites pour 1000 adultes. Cette hausse s'ajoutait à un taux de faillite ayant augmenté de 150 % au cours des 20 années précédentes, se terminant en 2007. Autrement dit, l'auteure souligne que le nombre de Canadiens déclarant faillite a presque quadruplé depuis le milieu des années 1980.

Cela étant, qui déclare faillite? «Le fait d'être largement endetté est sans aucun doute une condition indispensable pour déclarer faillite, mais ce n'est généralement pas suffisant. Le prédicateur le plus important de la faillite est le fait de dépasser ses possibilités financières, puis d'être touché par un événement qui perturbe le revenu. Ainsi, une perte d'emploi, une dépense intempestive et un divorce précipitent souvent la faillite.» Par rapport à la population en générale, les personnes déclarant faillites ont plus de risques de présenter un historique d'emploi moins stable, d'être divorcées et de ne posséder virtuellement aucun actif. Et les gens déclarant faillite ne le font pas généralement pour se dérober à leurs obligations, la plupart se battant un certain temps pour payer leurs dettes et déclarant faillite seulement en dernier recours, poursuit l'auteure.

Le profil de base demeure sensiblement le même dans le temps. Quant au rapport entre la dette et l'actif, il est stable à 2 pour 1 depuis 1987. «Par exemple, en 2006, les personnes déclarant faillite avaient, en moyenne, des dettes d'environ 67 000 $, des actifs d'un peu moins de 30 000 $ et un revenu personnel d'un peu plus de 19 000 $», a énuméré Susan Crompton. Leurs sources principales d'endettement étaient les cartes de crédit, les prêts à la consommation auprès de banques et de sociétés financières, les impôts impayés et les hypothèques, selon les statistiques du Bureau du surintendant des faillites.
 
2 commentaires
  • Lucien Maheu - Inscrit 25 avril 2011 11 h 02

    Une certaine responsabilité des caisses et des banques

    Les prèts ne sont-ils pas trop élevés en regard des revenus des emprunteurs?

  • Daniel Bérubé - Inscrit 28 avril 2011 19 h 04

    Il devient difficile de ne pas s'endetter...

    Que l'on ne considère que la durée de vie, aujourd'hui, des électro-ménager... il y a quelques années, 3 plus précisément, leur durée était à environ 5 à 7 ans...

    Si je vous disais que j'ai dans mon sous-sol un frigo toujours fonctionnel, que mon père a acheté quand il a fait entrer l'électricité dans la maison, fin des années '40... l'obsolescence sera sans doute une profession grassement payé, car, payante pour les entreprises...
    Les marchés font tout pour favoriser la SURCONSOMMATION, car... c'est payant pour eux... mais ça l'est souvent moins pour d'autres...