Les girouettes

Le petit-fils de Jacques Parizeau, Hadrien, n'avait pu contenir sa frustration samedi matin. «Est-ce qu'on est encore au PQ ou au Parti libéral?» avait-il lancé. On a bien vu la différence, hier: même au PLQ, où l'obéissance aux diktats du chef est légendaire, on n'a jamais vu les délégués à un congrès libéral opérer un virage à 180 degrés aussi spectaculaire en l'espace de trois heures.

Depuis un an, Pauline Marois s'était résignée à concéder à son aile dite radicale l'extension de la loin 101 au cégep, mais ce serait là la seule concession. Forte de l'appui de 93,08 % des délégués, elle serait désormais la seule maîtresse à bord.

Hier matin, l'adoption d'une proposition visant à rétablir l'unilinguisme français dans l'affichage commercial a pris la direction du parti complètement au dépourvu. Il est vrai qu'après avoir divisé le congrès de 1996 et conduit Lucien Bouchard à un cheveu de la démission, la question semblait définitivement réglée. Depuis 15 ans, on n'en avait plus discuté au PQ. La règle de la «nette prédominance» que le gouvernement Bourassa avait imposée en 1993 semblait avoir été acceptée.

Il est cependant dangereux de jouer avec les allumettes. Quand elle a succédé à André Boisclair, Mme Marois a décidé de remettre la question identitaire à l'ordre du jour. La recette n'est pas nouvelle. De tout temps, à défaut de référendum, le dossier linguistique a servi d'exutoire au trop-plein d'énergie des militants péquistes.

Comment s'étonner que, laissés à eux-mêmes, les délégués au congrès aient réclamé un retour aux dispositions initiales de la loi 101? Voilà des mois que Pierre Curzi clame sur toutes les tribunes que le français est en perdition à Montréal et qu'il dénonce la passivité du gouvernement Charest. Mme Marois reconnaît elle-même que le visage de la métropole est nettement moins français qu'à l'époque où le PQ présentait la «nette prédominance» comme l'Apocalypse.

À force de chauffer la marmite, il ne faut pas s'étonner qu'elle se mette à bouillonner. Les militants ne voulaient pas seulement revenir à l'unilinguisme français. Ils ont également résolu de ressusciter la «police de la langue» en renforçant les pouvoirs de l'Office supérieur de la langue française et en lui redonnant le pouvoir de retirer le statut bilingue à des organismes, municipalités ou établissements qui ne satisferaient plus aux conditions qui leur avaient permis de l'obtenir en vertu de l'article 29.1 de la loi 101.

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En conférence de presse, Mme Marois a expliqué qu'il avait été nécessaire de reprendre le vote sur la proposition concernant l'affichage parce que le débat en assemblée plénière avait été trop court pour qu'on en saisisse bien toutes les implications.

Il ne faut quand même prendre les militants péquistes pour des imbéciles. S'il y a une question qui a été examinée sous tous les angles au PQ depuis plus de 40 ans, c'est bien celle-là. La centaine de délégués, dont les députés Maka Kotto (Bourget) et Pierre-Yves Blanchet (Drummond), qui avaient appuyé la proposition à l'unanimité en atelier ne savaient pas ce qu'ils faisaient?

En réalité, ils avaient simplement voté selon leur conscience, en oubliant les exigences de la realpolitik. Il était un peu exagéré de parler d'un «débat sanglant», comme l'a fait M. Curzi, mais le premier ministre Charest ne demandait certainement pas mieux qu'une aussi irréfutable preuve que le PQ était bel et bien tombé sous la coupe des pires extrémistes. L'impressionnant vote de confiance que Mme Marois avait reçu la veille aurait été irrémédiablement terni.

Toutes proportions gardées, cela rappelait le congrès de décembre 1981, quand René Lévesque avait complètement perdu le contrôle de son parti. Contrairement au père fondateur, qui avait dû tenir un référendum interne pour le ramener dans le droit chemin, Mme Marois a décidé de crever l'abcès sur-le-champ.

Après les gorges chaudes que les péquistes avaient faites de l'omerta imposée au conseil général du PLQ, il était pour le moins ironique de les voir virer de bord par centaines comme autant de girouettes.

On peut comprendre que tout cela était très gênant pour M. Curzi, mais il aurait au moins pu s'abstenir de déclarer que «notre colonne vertébrale n'a jamais été dessinée aussi bien qu'actuellement».

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mdavid@ledevoir.com
30 commentaires
  • Veronique D.D. - Inscrit 18 avril 2011 06 h 59

    Le 24

    On dit que les pensées de l'homme sont aussi profonde qu'une source d'eau mais qu'un homme intelligent sait les faire apparaitre.

    Soite le 24 juin s'en vient et il serait recommandable de suggéré au gens d'avoir l'intelligence de laissé leurs enfants a la maison.

    Ex. Pendant que l'homme boit sa bière un petit garcon sur les épaules, il lui fait un grand discours sur la beauté de la chanteuse et un autre sur la confiance.

    Trouvé la conscience?

  • Pierre Schneider - Abonné 18 avril 2011 07 h 34

    Haro sur les militants

    Mme Marois, qui a le triomphe facile, fait fi des desirata de ses militants. Une fois de plus. Mais qu'y a-t-il de su pernicieux que de vouloir l'application stricte de la loi 101 avec affichage unilingue français comme dans tous les pays normaux de la planète ? Ce serait trop radical ? Peur des décisions biaisées de la Cour suprême ? De jeter de l'huile sur le feu de la marmite anglophone qui, de toute façon, combat l'indépendance de notre pays ?

    Un pas en avant (les cegeps) et un pays en arrière (l'affichage). C'est ainsi que le PQ va continuer de semer la confusion en ayant toujours peur d'assumer le pays, soit une république francophone, libre, démocratique et laïque.

    Pas étonnant que le citoyen lambda se désintéresse complètement ce ce "vieux parti" qui manque de fougue, d'ardeur et de ferveur.

  • France Marcotte - Abonnée 18 avril 2011 07 h 43

    Tout son poids

    Qui aujourd'hui est le mieux servi par cette chronique monsieur David?

  • Jacques Boulanger - Inscrit 18 avril 2011 07 h 49

    La Realpolitik

    Le coeur a ses raisons que la raison préfère oublier. On comprend la volte-face du PQ. Déjà taxé de radicalisme parce qu’il ose «imposer la virgule décimale au lieu du point» ou quelque chose du genre, alors vous voyez que revenir aux dispositions initiales de la loi 101 ... Pourtant, cette proposition dans un pays normal serait comme anodine. Alors, il n’y a pas de quoi fouetter un chat et encore moins d’en faire une chronique. Déjà que Charest et Fournier vont en mettre plein la dalle. Alors, inutile d’en rajouter.

  • Erwan Basque - Inscrit 18 avril 2011 07 h 56

    Je Me Souviens mais sélectivement !

    Bonjour,
    Madame Pauline Marois avec sa pogne de fer a su obtenir un vote de confiance à 93 %. Tout en pavoisant devant tous les médias confondus hier matin, la lionne de Charlevoix a quelque peu baissé la garde en oubliant quelques instants qu'il ne faut surtout jamais tourner le dos à un péquiste, même si celui ci sous le coup d'une émotion nationale a donné son appui la veille. Quelle inconséquence de voir ces mêmes militants se retourner sur un 10 cents encore une fois galvaudés par une autre émotion nationale. Avec pourtant une telle devise, les nationalistes québécois avec leur mémoire sélective séculaire avait tout simplement à l'époque balayé sous le tapis ce jugement de l'ONU qui déclara que la Loi 101 était totalement discriminatoire pour les anglophones concernant l'affichage. Cela est un symptôme que nos péquistes se préparent encore une fois des lendemains qui déchantent....... Merci beaucoup, Erwan Basque.