Médias - La madamisation, encore

On fait quoi maintenant? Eh bien, on continue dans la relation de l'allumette au baril de poudre...

La chronique de la semaine dernière sur la madamisation des médias ayant fait réagir, allons-y maintenant avec quelques précisions à partir de commentaires reçus.

D'abord, sur le phénomène lui-même. Surtout sur la perspective bourgeoise branchée, sentant l'Hermès et la mousse de nombril, qui entache fortement nos médias. Comme l'a écrit une «twitteuse», l'idée est moins de remettre en question une niche que d'observer sa mutation en palace occupant beaucoup de place.

Cette surabondance du même agace particulièrement sur les ondes d'État. L'axe Outremont-Plateau-Saint-Lambert traverse la noble maison. Une émission madamisante par jour, ce serait bien. Mais six heures quotidiennes sur treize, entre 9h et 22h (en comptant les reprises du soir) de magazine «life style» et surconsommation, à la Première Chaîne nationale, ça fait beaucoup. Et ça laisse peu de place pour tout le reste.

Évidemment, le contraire existe. Par exemple Désautels ou Dimanche magazine à la Première chaîne. La CBC ne madamise pas. Ni les excellentes radios publiques étrangères, américaine, française ou britannique. Alors, pourquoi madamiser autant ici?

Mononc'isation

Deuxième observation: Il n'y a pas que la madamisation, il y a la mononc'isation aussi. Voir a plutôt suggéré la notion de bonhommisation pour décrire cette tendance lourde des gars de base en ondes privées pour crier «Ca'adiens» et «libarté».

Allez-y, svp, ne vous gênez pas pour dénoncer le mâle béotien vociférant, toujours pragmatique, souvent vulgaire, qui sent l'Axe et l'ADQ et qui ne se peut plus de rage quand il est question de la clique du Plateau. D'ailleurs, idéologiquement, ceci semble cristalliser exactement l'envers de cela. On a des collets montés d'un côté et des cols roulés de l'autre. Christiane Charette ou Jeff Filion. Belle perspective... Le prout prout ma chère face au prout tout court.

Seulement (voici le troisième point), comme l'a laissé entendre l'animatrice Marie-France Bazzo, au fond, tout se tient, et c'est finalement l'insignifiance crasse et la frilosité frivole de certaines émissions qui désolent. Le nivellement par le bas. Le gnangnan, le ronron, le convenu, l'inculte et le facile, de la part de la madame ou du mononc.

C'est aussi étonnant de voir les défenseurs d'une nécessaire élévation culturelle de cette société réputée distincte s'offusquer de la simple dénonciation d'une forme de plus de l'abrutissement généralisé. Comme s'il ne fallait pas réclamer de meilleures écoles ou un meilleur aménagement urbain et, en même temps, de plus remarquables productions médiatiques. Comme si, au fond, tout ne s'engluait pas dans le noir chaudron de la bêtise.

Misogyne

Finalement, est-ce misogyne de dire tout ça? On pourrait trouver plus neutre. On pourrait proposer «estivalisation des médias», l'insoutenable légèreté estivale (voire festivalière... rebonjour Philippe Muray) semblant s'immiscer partout à longueur d'année.

Le mot importe moins que la chose. La meilleure réplique à cette accusation aussi injuste que grossière (une chroniqueuse a évoqué un «tireur fou»...) a été fournie par l'animateur Benoit Dutrizac du 98,5 FM. Au fond, c'est la madamisation elle-même qui donne dans la misogynie en laissant croire que les femmes (et les hommes) qui écoutent et regardent ces émissions trop peu stimulantes ne demandent pas mieux que d'entendre causer pot de crème pour les fesses et place du brocoli dans le frigo.

D'ailleurs, confidence pour confidence, si chacun et chacune a une madame et un mononc en dedans de lui, dans mon for intérieur, en un sens, une sorte de perspective madamisante l'emporte! Je ne m'intéresse pas au hockey et j'adore Vanity Fair. J'habite le Plateau, je me tiens au Pullman et j'en veux moi aussi des belles affaires comme à Copenhague.

Seulement, comme bien du monde, je m'intéresse à plein d'autres trucs. À la philo et aux sciences sociales, aux arts, aux débats d'idées et à la critique sociopolitique, à l'architecture, au patrimoine, à l'histoire, à la géographie ou à l'éducation. Bref, à tout ce dont les médias parlent peu et mal quand ils madamisent trop.

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25 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 28 mars 2011 02 h 50

    Modifier le sens de mots pour se donner bonne conscience...

    Stéphane Baillargeon, pour se sortir du pétrin dans lequel il s'est fourré lui-même, nous demande d'accepter sa nouvelle définition de "madamisation", Comprenez que ça n'a plus rien à voir avec les femmes, ni avec le Magazine Madame. Il aurait fallu croire qu'il voulait dire "pipolisation" comme certaisn Français au parler pointu qui trouvent que certains de leurs media font trop dans le "people" (Prononcez pipol), et pas assez dans le cuturel.

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 28 mars 2011 07 h 28

    La dérive

    Ce qui est triste, au fond, c'est la dérive de la radio publique qui fonctionne sans publicités. Elle se résume en un exemple: passer de Marie-France Bazzo à Christiane Charette.

    Quant à la télé, je renvoie M. Baillargeon à un article du Devoir du 9 octobre 2004, intitulé «Du boucan à la télé française». Le patron de TF1 s'explique sur le rôle de la télévision: « ... le métier de TF1, c'est d'aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit.» Et comment? «Pour que le message soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible, c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible.»

    Voilà, tout est dit. Les matantes et les mononc' ont encore de beaux jours devant eux. La solution? Lâchez la télé et allez sur internet voir le monde.

    Pierre Desrosiers
    Val David

  • Thérèse Yaccarini - Abonnée 28 mars 2011 08 h 45

    Frustration

    Vous avez oublié de parler des deux insupportables heures de sport de 22 heures à minuit. Curieusement, c'est la nuit que Radio-Canada nous présente des émissions de grandes qualités: émissions provenant de la Radio Suisse Romande: entretiens sur des écrivains, entretiens avec des voyageurs partout dans le monde; questionnement sur des faits sociaux, etc. Ces émissions sont tellement intéressantes que je les mets sur balado diffusion et les écoute dans la journée.
    La fin de semaine, par contre, la première chaine se rattrape. Tout est excellent et très jouissif.
    Thérèse Yaccarini
    Québec

  • Martin Dufresne - Abonné 28 mars 2011 09 h 23

    Peu convaincant

    M. Baillargeon ne convainc pas en affirmant que dans son pénible néologisme, il fallait plutôt lire quelque chose comme "l'insoutenable légèreté estivale". En fait, il aggrave son cas en assimilant les femmes à cet insoutenable manque d'une gravité qu'il continue étrangement à associer au masculin, alors même qu'il persifle à raison les outrances d'un Jeff Filion.
    Ce qui ne l'empêche pas de chercher dans le phénomène qu'il baptise la raison de son attaque primaire. Ce ne serait pas lui qui pècherait par misogynie mais ces émissions elles-même de l'avoir amené à dire pareille chose. On reconnaît la figure obligée du blâme de la victime.
    Bref, tentative de triple axel avec vrille et saut carpé d'inversion réthorique... pour terminer en bon vieux "belly flop".

  • Nathalie Mazur - Abonnée 28 mars 2011 10 h 06

    Du support moral près du baril de poudre

    Je suis une femme, j'habite le Plateau et je suis 10 fois tante. Pourtant, je n'ai ressenti aucune mysoginie à la lecture de votre premier texte sur la madamisation. Vous aviez parfaitement raison. La télé et la radio d'état sont trop souvent gnangnan. Et quand on lâche les magazines "life style", on nous bombarde de quiz ou d'émissions de variétés remplis des mêmes vedettes. Les bonnes émissions sont souvent programmées à des heures impossibles. Et encore, il reste tant de sujets oubliés, ou pire, abordés rapidement de façon trop superficielle. Les citoyens valent mieux que ça!