Repères - Le discours des rois

Contrairement aux dirigeants élus, les têtes couronnées s'adressent rarement à leurs sujets. C'est en raison du caractère exceptionnel de la crise vécue par l'archipel que l'empereur du Japon, Akihito, l'a fait la semaine dernière. Le précédent discours à la nation d'un titulaire du trône du chrysanthème remonte à 1945, après une tragédie nucléaire d'une tout autre nature.

Les Japonais ont sans doute aimé que le souverain s'associe publiquement à leur douleur. C'est un personnage distant, certes — les lointaines origines de la dynastie sont entourées de légende et de surnaturel —, mais respecté.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'empereur du Japon règne mais ne gouverne pas, comme c'est la règle dans la plupart des pays qui ont conservé la monarchie, soit une quarantaine, dont le Canada. Son rôle, qui a déjà été très important, est aujourd'hui strictement symbolique. Pour des raisons propres à l'histoire du Japon, ses gestes publics sont plus rares que ceux de ses homologues européens.

Le roi d'Arabie vient lui aussi de parler à ses sujets. Il n'en a pas l'habitude non plus, mais pour des raisons différentes. Contrairement à Akihito, il n'est pas obligé de se tenir loin du débat politique pour montrer qu'il n'essaie pas de l'influencer. Au contraire, en Arabie, le pouvoir appartient tout entier à la famille royale, qui n'a de comptes à rendre à personne. Avec son voisin, le sultan d'Oman, avec celui de Bruneï, le pape et quelques rois insulaires, Abdallah appartient au club restreint des monarques absolus qui sévissent encore sur la planète en ce début de XXIe siècle. S'il a senti le besoin d'intervenir publiquement la semaine dernière, c'est évidemment parce que les régimes arabes chancellent autour de lui et qu'il craint que l'Arabie saoudite ne soit un des dominos appelés à tomber.

On ne peut pas reprocher à Abdallah d'avoir parlé pour ne rien dire, puisqu'il a indiqué que le royaume investirait 66 milliards dans la construction de 500 000 logis et plus de quatre milliards dans les cliniques et les hôpitaux. Le roi a aussi annoncé des hausses du salaire minimum et des indemnisations versées aux chômeurs, dont le nombre ne cesse d'augmenter.

Cela aidera sûrement à empêcher la grogne d'atteindre le point d'ébullition, comme dans les autres pays arabes. Il n'en reste pas moins que les Saoudiens commencent à réclamer aussi la libération des prisonniers politiques et l'octroi de pouvoirs réels à leur Parlement.

Le roi du Maroc, qui n'est pas considéré comme un souverain absolu, a lui aussi pris la parole ce mois-ci. Mohammed VI a annoncé une série de mesures visant à élargir les prérogatives du premier ministre, de la législature et de l'appareil judiciaire. Autrement dit, à approfondir le caractère constitutionnel et parlementaire de la monarchie chérifienne.

Rappelons que les présidents Zine el-Abidine ben Ali, de Tunisie, et Hosni Moubarak, d'Égypte, avaient eux aussi découvert sur le tard sinon les vertus du dialogue, du moins celles du monologue dans lequel on assure à ses auditeurs qu'on les a enfin compris.

L'Occident, qui fait mine aujourd'hui d'applaudir au printemps arabe, a appuyé tous ces rois et la plupart de ces présidents à vie du monde arabo-musulman qui contrôlent de riches gisements de pétrole ou des voies navigables stratégiques. Jusqu'à ces dernières semaines, on faisait semblant de se demander si «ces gens-là» sont vraiment faits pour la démocratie, «genre»: le Coran est-il «soluble» dans ladite démocratie? Comme si le Pentateuque ou l'Apocalypse de saint Jean l'étaient.

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1 commentaire
  • ARKA777 - Inscrit 24 mars 2011 09 h 49

    un roi qui achète

    ...avec de l'argent, est perdu, mort, déja enterré. Le problème est qu'il ne le sait pas. Car la liberté de vivre et de penser est plus forte que l'argent. Question de temps, qques mois au plus, pour que ce roi (ces monarchies à argent) se réveillent et acceptent la réalité.