Les heureux humains

Les bonnes nouvelles sont rares sur Terre en ce moment. On peut même penser que la vieille planète en a assez du sort qu'on lui fait subir et qu'elle se révolte pour nous avertir qu'au bout du compte, c'est elle qui aura le dernier mot. Les humains ont tendance à croire qu'ils peuvent lui imposer leurs folies sans qu'elle se rebiffe, alors la Terre, elle secoue ses puces pour leur rappeler qu'elle est plus fragile qu'on le pense et qu'il faudrait sans doute se calmer dans nos entreprises de destruction massive menées au nom du progrès et du développement économique. Peut-être que des Terriens avertis feront de meilleurs choix.

Les bonnes nouvelles sont rares ces temps-ci. Qu'elles concernent les luttes que mènent des citoyens dans certains pays pour se libérer des chaînes qui les étouffent ou les soubresauts de la nature qui frappent avec violence aussi bien en Australie qu'en Nouvelle-Zélande ou au Japon, il y a matière à réflexion et à inquiétude.

C'est pourquoi la nouvelle annoncée en grande pompe il y a quelques jours par le ministre de l'Environnement du Québec, Pierre Arcand, concernant le compostage de nos déchets domestiques, aurait pu avoir tous les effets d'une bonne nouvelle. En 2020, si nous sommes tous là, tous nos déchets domestiques seront recyclés... quelle bonne idée. Si la nouvelle n'a pas suscité de manifestation de joie dans les rues, c'est parce qu'au même moment nous nous demandions justement si les Japonais, eux, allaient survivre au choc nucléaire que l'état de leurs centrales avait commencé à provoquer après un tremblement de terre énorme et un tsunami particulièrement meurtrier. Ils n'en étaient plus aux déchets domestiques, et franchement, nous non plus. La nouvelle a fait comme un feu de paille. Pschitt...

Comme aime le dire Jean Charest quand ça va mal, moi aussi, comme lui, j'étais déjà ailleurs. L'idée du compostage de nos déchets, plus l'horreur nucléaire qui plane sur le Japon, ont ramené sur mon écran radar un sujet qui avait disparu de l'horizon aussi rapidement qu'il y était apparu: le voyage en bateau sur le Saint-Laurent des déchets nucléaires made in Ontario, vous vous souvenez? Je crois que je n'ai jamais vu un sujet épineux rentrer aussi rapidement dans la «filière secrète» dont il ne faut pas parler pour ne pas faire peur au monde. Où en est-il ce dossier?

Si vous faites partie de ceux qui pensent que nos dirigeants ne nous mentent jamais, vous dormez probablement en paix. Mais si, comme moi, vous pensez qu'ils n'hésiteraient pas à agir dans le secret le plus total, en se croisant les doigts, espérant qu'il n'y aura pas de «grand malheur», l'agitation autour du nucléaire japonais doit vous fatiguer pas mal. Il faut poser des questions, mais surtout exiger des réponses. C'est essentiel pour que la démocratie reste vivante. Pour comprendre de ce dont je parle, il suffit de regarder ce qu'étaient devenus des pays comme l'Égypte, qui n'est quand même pas une république de bananes, la Tunisie, le Yémen ou la Libye. C'est pour ne jamais leur ressembler qu'il faut poser des questions et exiger des réponses.

Et puis, quand il y aura un moment de répit, il faudra avoir le courage de se demander si la folle course en avant n'est pas le meilleur moyen de rentrer dans le mur sans aucune chance de s'en sortir. Faut-il vraiment construire plus gros, plus haut et surtout plus cher? Est-il possible que le budget d'hier n'annonce pas un changement d'orientation qui donnerait un espoir nouveau? Il n'invente rien. Il continue à vider nos poches et à composter de vieilles idées servies à la moderne. À condition que les chiffres disent ce qu'on veut leur faire dire, comme raconte la publicité, que peut-on leur demander de plus?

Nous sommes dans un creux de la vague pratiquement partout sur la planète. La Terre s'essouffle. Si vous ne l'entendez pas crier au secours, c'est que vous êtes sourds. Je sais bien que ce n'est pas ma petite chronique qui va changer le monde, mais si je vous porte à réfléchir quelques minutes aujourd'hui, ce sera déjà pas mal.

Les humains continuent de s'agiter. C'est sans doute parce qu'ils n'ont pas encore compris que la Terre est ronde et que même quand on s'agite beaucoup, ils finissent toujours par tourner en rond. Dans les vieux livres, on raconte que la Terre a déjà été un jardin... C'est difficile à croire un jour comme aujourd'hui. Peut-être que si on s'y mettait, on arriverait à lui redonner le goût de vivre... surtout avec nous, qui ne sommes pas un cadeau.
11 commentaires
  • Ginette Bertrand - Inscrite 18 mars 2011 03 h 05

    Très beau billet

    Sans amertume et plein de sagesse.
    Merci madame Payette.

  • 54lili - Inscrit 18 mars 2011 06 h 18

    eh oui, il est où..ce cargo

    je me suis posé la même question concernant ce transport en Suède et le retour (ne l'oublions pas) des déchets nucléaires de nos chers voisins ontariens, faut se renseigner à savoir où en sont rendus les tractations dans ce dossier..

    Il est clair que Harper et Charest sont tout heureux que l'attention de la population soit détournée vers le malheur des japonais. Ainsi leur impopularité réciproque au Québec passe en second lieu et ils peuvent également en profiter pour en passer des petites vites en catimini à la population.

    DEMEURONS VIGILENTS !!
    Lise Pelletier

  • Larocque - Inscrite 18 mars 2011 08 h 02

    LA TERRE CRIE AU SECOURS

    Excellente chronique. Je l'envoie à tous mes amis. Merci Madame Payette de continuer le combat du gros bons sens.

  • ARKA777 - Inscrit 18 mars 2011 10 h 04

    Bien dit !

    Mme Payette, pour moi, votre réflexion est une de vos plus belles, et plusssss meilleure! car elle appelle à la paix, à l'union; elle ouvre la fenêtre de la Beauté de demain. DEMEURONS ÉVEILLLÉS.

  • Francois Marcoux - Abonné 18 mars 2011 10 h 45

    Inquiétude partagée

    Merci Mme Payette de nous ramener à l'essentiel et dire les choses tel qu'elles sont. Mes inquiétudes sont donc partagées; elles rejoignent les vôtres et je me sens moins seule. Humaine heureuse mais inquiète. Je n'ai qu'une certitude: on ne peut plus continuer ainsi. La grande question: à quoi ressemblera le "différent" de demain pour que nous continuions de vivre en équilibre avec la Terre, ce jardin que l'on ravage. De toute façon, c'est elle qui gagnera.
    Suzanne Gagnon