Un moindre mal

Le député péquiste de L'Assomption, Scott McKay, a manqué une bonne occasion de se taire en déclarant qu'au congrès de la mi-avril, il suffira à Pauline Marois d'obtenir plus que les 76,2 % recueillis par Bernard Landry en juin 2005 «pour qu'elle soit à l'aise».

Une règle non écrite veut qu'à la veille d'un vote de confiance, on n'avance aucun chiffre pour laisser au chef toute latitude dans l'évaluation du résultat. Qui plus est, M. McKay a placé la barre à un niveau qui n'a rien de très glorieux, même s'il estime que Mme Marois fera beaucoup mieux.

La situation est bien différente d'il y a six ans. Après la défaite de 2003, Mme Marois avait elle-même réclamé une course à la direction et, à l'approche du congrès, François Legault affichait ses ambitions sans la moindre gêne.

À ce que l'on sache, personne ne conteste le leadership de Mme Marois. M. Legault se bat maintenant contre le PQ, et Gilles Duceppe s'est rapidement distancié de ceux qui se réclamaient de lui pour critiquer la «gouvernance souverainiste» qu'elle propose.

En 2005, les partisans de la stratégie dite des «gestes de rupture», élaborée par le directeur de l'Action nationale, Robert Laplante, avaient réussi à forcer la tenue d'un débat déchirant sur le processus d'accession à la souveraineté. La direction du parti avait dû faire donner l'artillerie lourde, et certains délégués ont sans doute manifesté leur frustration en refusant de renouveler leur confiance envers M. Landry.

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Au cours des dernières semaines, les apparatchiks péquistes ont veillé à ce que toutes les propositions susceptibles de provoquer des tensions soient battues dans les instances inférieures. Normalement, le renvoi du référendum aux calendes grecques ne devrait pas être contesté au congrès. La proposition de l'association de Crémazie, inspirée par Lisette Lapointe, qui aurait forcé Mme Marois à rendre compte de ses efforts de promotion de la souveraineté, a également été écartée.

Là où la chef du PQ a jeté du lest, c'est sur la question du cégep. M. Landry, qui a changé d'idée depuis, avait refusé de s'engager à étendre au niveau collégial les dispositions de la loi 101, ce qui avait provoqué un autre heurt au congrès de 2005.

Mme Marois était tout aussi réticente, craignant une réaction négative de l'opinion publique, mais un colloque tenu en novembre 2009 l'a convaincue qu'une majorité de militants voulaient resserrer l'accès au cégep anglais et il aurait été imprudent d'infliger une rebuffade à Pierre Curzi, qui a mis tout son poids dans la balance.

Il n'y a pas que Sylvain Simard et Marie Malavoy qui ont de sérieuses réserves, mais aucun député n'ira au micro pour les faire valoir, maintenant que Mme Marois a fait son lit, même s'ils sont parfaitement conscients que le PQ prêtera le flanc aux accusations de «radicalisme».

Tous les ingrédients semblent donc réunis pour un congrès sans histoire le mois prochain. L'image d'unité que la Conférence nationale des présidentes et des présidents (CNPP) projetait samedi à Trois-Rivières tenait presque de la caricature. Les réunions péquistes n'ont plus le piquant de jadis, mais celle-là était franchement ennuyeuse. Entre la foire d'empoigne et l'unanimité béate, il doit bien y avoir un juste milieu.

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Malgré tout, certains demeurent anxieux. Il est vrai que l'histoire du PQ, et plus encore de ses congrès, ressemble à une longue suite de psychodrames: l'ovation à Jacques Rose, la charge des «caribous», le départ des «orthodoxes», le «miroir» de Lucien Bouchard, la démission-surprise de Bernard Landry... Le seul à n'avoir jamais eu de problème est Jacques Parizeau.

Justement, on trouve un peu suspect le silence qu'il observe depuis plusieurs mois. En juin dernier, il avait déploré dans une entrevue au Globe and Mail le fait que certains au PQ semblaient plus désireux de gouverner que de préparer la souveraineté. Tout le monde a vu la main de l'ancien premier ministre dans la proposition de Crémazie. On ne voit pas ce qui aurait pu renforcer sa confiance dans la détermination de Mme Marois depuis.

Il y a aussi l'énigme que représente François Legault. Même si la création d'un nouveau parti ou le passage de M. Legault à l'ADQ demeure hautement hypothétique, les péquistes ont été trop traumatisés par les élections désastreuses de 2007 pour ne pas s'en inquiéter. Si M. Legault était de la partie et que les libéraux changeaient de chef, qui finirait troisième?

Si le vote de confiance était simplement un concours de popularité, il n'y aurait aucun problème. Au PQ, on aime bien Pauline. «Elle est même trop fine», disent certains. Les militants péquistes sont cependant bien conscients que Mme Marois ne constitue pas une carte gagnante dans la population, mais provoquer un nouveau psychodrame au congrès serait encore pire. Appuyer Mme Marois est presque devenu un moindre mal.

Le pire scénario serait maintenant qu'elle obtienne non pas un peu plus, mais un peu moins que les 76,2 % de M. Landry. Elle voudrait sans doute s'accrocher jusqu'aux prochaines élections, mais dans quel état y arriverait-elle?

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mdavid@ledevoir.com
23 commentaires
  • Pierre Schneider - Inscrit 15 mars 2011 05 h 39

    Toi, tais-toé




    Ainsi parlait Maurice Duplessis et les indépendantistes motivés ont intérêt à se la fermer au prochain congrès où tout a été mis en place pour les contrôler et les museler.
    De toute façon, depuis 2005, le Pq a bafoué à de multiples reprises la démocratie en faisant fi des résolutions adoptées cette année-là.

    Ils auront beau se plier devant madame Marois afin de ne pas faire de vagues,
    il n'en demeure pas moins que la député de Charlevoix n'a pas le soutien et l'admiration de la population en général pour qui elle ne représente pas une véritable combattante de la liberté nationale.

    À force de vouloir ménager la chèvre et le chou, elle risque des lendemains qui déchantent car les clubs politiques opposés à la politique nationaliste- petite bourgeoise de ce parti se multiplient et cimentent les bases de la prochaine révolution du gros bon sens où le Québec deviendra enfin maître de son destin.

  • Nasboum - Abonné 15 mars 2011 06 h 25

    Devin

    Serait-ce possible que le PQ vive ses dernières années, deux-trois maximum? Je sens l'implosion, la récupération, un nouveau paysage politique au Québec. Car cette position du PQ sur la souveraineté est vraiment devenue intenable.

  • Normand Carrier - Inscrit 15 mars 2011 06 h 31

    Voila pour la spéculation .......

    Beaucoup de si , si , si , utilisés dans cette chronique mais la réalité est que s'il y avait élections maintenant , le PQ et madame Marois aurait 37% de vote contre 27% chez le PLQ dont 42% chez les francos contre 22% pour le PLQ ..... Madame Marois demeure le premier choix comme PM malgré tout le cynisme envers la classe politique .....

    L'autre réalité est que madame Marois est très populaire dans son parti , auprès de ses députés et ses militants et cette satisfaction s'exprime dans la facon dont elle dirige le parti avec beaucoup de participation , de doigté et fait preuve d'un réel leadership ......Ce congrès d'avril va révéler d'heureuses surprises car les militants ont muri et connaissent les dangers des bravades .... Faisons place au concret et a la revoyure ......

  • Nestor Turcotte - Inscrit 15 mars 2011 06 h 53

    Le vent venu d'ailleurs...

    Madame Marois est très populaire dans son parti parce que le parti (je veux dirre les instances...) ont pris tous les moyens pour faire taire la constestation interne. Je connais leurs façons de procéder.

    A l'extérieur du parti, la popularaité de Pauline ne monte guère plus haute que celle de Jean Charest. Même l'indépendantiste Gilles Proulx affirme que les gens sont fatigués des vieux partis. Ils souhaitent autre chose, surtout pas la reprise des vieilles chicanes constitutionnelles...

    La donne exacte: la prochaine fois, on va essayer du «neuf». De l'inédit. Pas du rapiécé, du «je ne sais pas trop», du «je ne sais pas trop où je m'en vais».

    Le concret est en train de se forger à l'extérieur des partis traditionnels. Et l'histoire politique démontre que lorsque les Québécois décident de donner un coup de barre, ça vire pas à peu près.

    Note: Pauline reste, pour le moment, l'alternative passive des Québécois. Mais pas le renouveau espéré. Le vent souffle d'ailleurs. Et il balaiera le Québec, le temps venu.

  • Erwan Basque - Inscrit 15 mars 2011 07 h 39

    Que sont nos péquistes devenus ?

    Bonjour,
    En voulant paraphraser ce vieux camarade vitamine avec Pauvre Rutebeuf, soit : Que sont les péquistes devenus, que j'avais si bien connus, et tant ...... , et oui, de ce vieil anar de Léo Ferré ! Comme disait un de mes voisins hier, un ancien caribou défroqué depuis belle lurette : On n'a plus les péquistes qu'on avait ! C'est si peu tout en exprimant beaucoup. Mais où sont les caribous, les purs et les durs de la première heure, tous ceux qui faisaient DUR en voulant faire la peau du chef, c'est à croire qu'il ne reste que du mou au sein de cette formation ? Quoi dire si ce n'est que de parler maintenant d'un Parti Québécois au ventre très mou ?
    En effet, peut être bien que l'implacable réalité a désormais remplacé la FICTION qui était le moteur de jadis de cette formation qui, bien évidemment si la tendance se maintient proposera bientôt un Québec FORT dans un Canada UNI. Ce qu'il semble lointain les confrontations épiques des purs et des durs de Montréal Centre avec Monsieur Bruno Viens avec le peu de mou de l'époque. Que sont les péquistes devenus avec Monsieur Marc Laviolette qui appuie tout de go Madame Pauline Marois sans la moindre steppette , même pas de petits pas de côté ?
    Par ailleurs, qui ne se souvient pas de Monsieur Bruno Viens qui demanda aux instances de faire un loi imposant le français comme langue commune partout dans l'Agora en disant sans broncher au journaliste de Radio Canada : On n'ira quand même pas vérifier dans toutes les chambres à coucher ! C'est peu dire comme disait le voisin que l'on n'a plus du tout les péquistes qu'on avait dans le temps où, au moins, nous pouvions nous bidonner. Car maintenant, nos péquistes ne sont même plus drôles.
    Finalement, Madame Pauline Marois a fait la démonstration qu'elle a de la POGNE. Une bonne mère de famille ayant élevé 4 enfants démontre que ça prend de la POGNE pour mettre au pas ceux que les chefs antérieurs n'ont pu faire. Erwan Basque