Repères - Les unions...

Depuis trois semaines, le débat politique américain gravite autour du Wisconsin, un État industriel situé sur la rive occidentale du lac Michigan.

L'affaire réunit les ingrédients nécessaires pour alimenter un feuilleton médiatique: fuite des sénateurs démocrates dans l'État voisin afin de bloquer un projet de loi abolissant les droits syndicaux des fonctionnaires, occupation prolongée de l'esplanade du Capitole de Madison par de nombreux manifestants, intervention de vedettes des deux partis à l'échelon national, prestations offertes par quelques artistes. En se faisant passer au téléphone pour un de ses principaux bailleurs de fonds (le milliardaire David Koch), un blogueur a même réussi à faire dire au gouverneur Scott Walker des choses que la morale et les lois électorales réprouvent.

On a tendance à considérer le Midwest, au pire comme un désert culturel et politique à mi-chemin entre les deux côtes, au mieux comme le lieu géographique de la modération à l'américaine. En fait, les États du centre-nord se caractérisent plutôt par un équilibre instable entre une gauche et une droite toutes deux vigoureuses et campées sur des positions assez tranchées.

C'est dans cette région que sont nés plusieurs grandes entreprises industrielles ainsi que de grands syndicats, dont celui des fonctionnaires des municipalités et des États américains, l'AFSCME, au coeur du litige qui oppose actuellement les sénateurs démocrates du Wisconsin à leur gouverneur républicain.

Le Wisconsin, comme une bonne partie de la région, sera donc un «swing State», c'est-à-dire un des États pivots où se jouera la prochaine élection présidentielle, en novembre 2012. Une fois de plus, ce scrutin a de bonnes chances de porter sur des enjeux de politique intérieure. On voit mal, par exemple, comment les démocrates ou les républicains pourraient tirer parti de la révolution démocratique au Moyen-Orient, qui a pris tout le monde de court et qui embarrasse autant les uns que les autres.

Par ailleurs, la fusillade de Tucson prive les républicains d'au moins un de ces enjeux particuliers, en l'occurrence le droit au port d'armes, qu'ils ont le don d'exploiter en période électorale pour brouiller les cartes ou pour évacuer les enjeux socio-économiques. Le débat aux États-Unis a donc de bonnes chances de porter sur l'avenir de ce qui reste de la classe moyenne.

Le Wisconsin a une longue histoire syndicale. Des conflits de travail très durs s'y sont déroulés depuis plus d'un siècle. Les fonctionnaires y ont obtenu en 1959 le droit à la négociation collective. Il s'agissait alors de leur accorder des droits dont jouissaient déjà bon nombre de salariés du secteur privé.

Avec la raréfaction des emplois industriels ces dernières années, les think tanks de droite et leurs relais dans les médias ont eu beau jeu de présenter le droit à la négociation collective dans le secteur public comme un privilège. La forte mobilisation populaire en faveur des professeurs et des autres salariés de la fonction publique du Wisconsin a par conséquent surpris plus d'un observateur de la scène politique aux États-Unis.

Après tout, depuis deux ans, ne s'était-on pas habitué à considérer le Tea Party, avec ses accents populistes, comme l'incarnation de la classe moyenne aux États-Unis?

On tend à oublier que les Arabes ne sont pas les seuls à échanger dans les médias sociaux sur les questions de pain, de beurre et de démocratie économique. Des millions d'Américains le font aussi.