Les femmes dans le rétroviseur

Tous les 8 mars, il faut marquer un temps d'arrêt. Mesurer le chemin parcouru et regarder le travail qu'il reste à faire. Reprendre son souffle et repartir plus déterminées que jamais. Il faut garder en mémoire d'où nous sommes parties pour ne pas retomber dans les mêmes vieilles ornières qui avaient fait de nous des femmes soumises, peu instruites et destinées à la reproduction. Jusqu'au jour où nous avons décidé que nous valions mieux que ça.

Les réalisations des femmes ne sont pas insignifiantes dans notre société. Sans prendre les armes, elles ont fait la conquête d'une identité qui leur est propre, elles ont ouvert des horizons qui étaient complètement bouchés. Elles ont gravi les échelons à la force de leurs cerveaux et elles ont apporté leur vision du monde dans des lieux qui ne savaient même pas que les femmes pouvaient avoir des idées nouvelles. Elles ont découvert la solidarité et l'amitié entre femmes. Elles ont maintenant une idée du monde dans lequel elles veulent vivre. Et ce n'est certainement pas dans celui d'autrefois...

À la fin des années 50, au siècle dernier, on enseignait aux filles dans des écoles catholiques, pendant les cours d'Économie domestique, comment rendre un mari heureux. Si vous prenez le temps de lire ces conseils, vous comprendrez pourquoi nous avons raison de dire que nous sommes parties de loin. Voici un résumé d'un enseignement que toutes les femmes de mon âge ont connu. C'était l'époque où les hommes étaient rois et maîtres...

  • PRÉPAREZ SON PLAT PRÉFÉRÉ POUR LE SOUPER. La plupart des hommes ont faim quand ils rentrent à la maison.
  • SOYEZ PRÊTE. Prenez 15 minutes pour vous reposer avant son arrivée. Retouchez votre maquillage. Mettez un ruban dans vos cheveux. Soyez fraîche et avenante. Sa dure journée a besoin d'être égayée, et c'est votre devoir de faire en sorte qu'elle le soit.
  • RANGEZ LE DÉSORDRE. Faites un dernier tour des pièces de la maison avant qu'il n'arrive. Ramassez les livres d'école, les jouets, les papiers. Époussetez les tables.
  • PENDANT LES MOIS FROIDS. Allumez le feu dans la cheminée pour qu'il puisse se détendre. Il aura le sentiment d'avoir trouvé un havre de paix et d'ordre et cela vous rendra heureuse. Veillez à son confort. Vous en tirerez une grande satisfaction personnelle.
  • RÉDUISEZ LES BRUITS AU MINIMUM. Avant qu'il n'arrive, supprimez tous les bruits d'aspirateur, de machine à laver. Encouragez les enfants à être calmes. Soyez heureuse de le voir et montrez de la sincérité dans votre désir de lui plaire.
  • ÉCOUTEZ-LE. Peut-être avez-vous des douzaines de choses à lui raconter, mais ce n'est pas le bon moment. Laissez-le parler d'abord. Souvenez-vous que ses sujets de conversation sont plus importants que les vôtres. Faites en sorte que la soirée lui appartienne.
  • NE VOUS PLAIGNEZ JAMAIS QU'IL RENTRE TARD À LA MAISON. Il sort pour souper ou pour aller dans d'autres lieux de divertissement sans vous. Essayez plutôt de faire en sorte que votre foyer soit calme et reposant pour qu'il puisse y détendre son corps et son esprit.
  • NE L'ACCUEILLEZ PAS AVEC VOS PLAINTES ET VOS PROBLÈMES. Ne vous plaignez pas s'il est en retard pour le souper et même s'il reste dehors toute la nuit. Considérez cela comme mineur par rapport à ce qu'il a dû endurer à son travail durant la journée. Parlez d'une voix douce et apaisante. Souvenez-vous qu'il est le maître du foyer et qu'en tant que tel, il exercera toujours sa volonté avec justice et honnêteté.
  • À LA FIN D'UNE SOIRÉE. Rangez la maison pour qu'elle soit prête pour le lendemain matin et pensez à préparer son petit déjeuner.
  • EN CE QUI CONCERNE LES RELATIONS INTIMES. Il est important de vous souvenir de vos voeux de mariage, et en particulier de votre obligation de lui obéir. S'il estime qu'il veut dormir rapidement, qu'il en soit ainsi. Soyez guidée par les désirs de votre mari et ne faites aucune pression sur lui.
  • SI VOTRE MARI SUGGÈRE L'ACCOUPLEMENT. Acceptez avec humilité tout en gardant à l'esprit que le plaisir d'un homme est plus important que celui d'une femme. Lorsqu'il atteint l'orgasme, un petit gémissement de votre part l'encouragera.
  • SI VOTRE MARI SUGGÈRE UNE QUELCONQUE DES PRATIQUES MOINS COURANTES. Montrez-vous obéissante et résignée. Indiquez éventuellement votre manque d'enthousiasme par le silence.

Je ne connais pas le nom de l'auteur de ces règles de vie. S'il veut se faire connaître, je publierai son nom. Je le soupçonne cependant d'être le grand-père d'Yvette, cette petite fille qui s'est retrouvée dans un livre d'école où elle faisait la vaisselle, servait le thé et balayait le plancher pendant que Guy, son petit frère, voulait devenir un champion. Autres temps, mais toujours la même vieille histoire. Moi Tarzan, toi Jane.

Bon 8 mars, les filles. Surtout, n'abandonnez pas...

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59 commentaires
  • Gilles Bousquet - Inscrit 8 mars 2011 04 h 04

    Un job à plein temps, dans le temps

    C'était le travail de la madame du temps : Le mari, les petits et toutes les affaires en age : lavage, pressage, repassage, ménage.

    Il y a une suggestion qui ne devait pas être tenue souvent par les épouses : «ÉCOUTEZ-LE. Peut-être avez-vous des douzaines de choses à lui raconter, mais ce n'est pas le bon moment. Laissez-le parler d'abord.»

    La grande majorité des époux parlaient très peu comme le père de Gabrielle Roy, assis au coin du feu. C'est l'épouse qui contait et racontait et mettait de la vie dans la maison et parlait, parlait, parlait, la seule chose qui n'a guère changé...selon moi.

  • Pierre Cossette - Inscrit 8 mars 2011 05 h 57

    Contexte ...

    il faut quand même reconnaître que dans les années cinquante sauf l'entracte de la deuxième guerre où les femmes ont beaucoup travaillé, peu de femmes oeuvraient à l'extérieur du foyer. Ce qui ne leur enlève rien en regard du dévouement qu'elles mettaient à s'occuper de leur ménage (dans le sens large du terme) et ce n'est pas une mince tâche. On en était au Québec avec une faible syndicalisation et à des conditions de travail très difficiles et les hommes pour la plupart subissaient un stress constant et une démotivation accentuée par un haut taux de tabagisme qui ne leur aidait pas à voir la vie du bon côté. Les femmes malgré leur dépendance financière contrôlaient la maison,l'éducation des enfants elles devaient cimenter toute cette PME souvent plus de 10 enfants. Ce que l'histoire ne dit pas et que plusieurs maris ne se gênaient pas pour reconnaître c'était l'importance accordé à leurs femmes plusieurs confiaient la paie entière à leur épouse qui s'occupait du budget familial de bien meilleure façon. Même si la femme ne ¨travaillait pas¨à l'époque elle avait une bien meilleure prise sur son destin que l'homme surchargé de travail sur la ligne de montage on parle bien là du citadin puisque le campagnard vivait plus au rythme des saisons. Et la femme a toujours eu le contrôle sur l'homme par l'ouverture de son coeur et de son corps. Plus d'une femme se servait fort bien de ce ¨bargaining power

  • Pierre Cossette - Inscrit 8 mars 2011 06 h 14

    Contexte ... 2

    Et l'amour dans tout çà on ne parle que peu souvent des couples traditionnels et de leurs merveilleuses réussites, des familles nombreuses qui ont réussi ensemble à créer une cohérence tout à fait louable. Il est malheureux au Québec qu'on analyse notre société souvent qu'au prisme de la vision citadine ce qui est le cas de Mme Payette. J'ai presque 60 ans j'ai toujours aimé mes femmes elles ont oeuvré en fait nous avons oeuvré et eu de merveilleux moments ensemble sans antagonisme et dans le respect de nos spécificités et le dynamisme du couple en amour n'a jamais été valorisé où très peu au Québec. Ceci étant dit les femmes ont beaucoup amélioré leur sort depuis les années 60 avec l'opiniâtreté de leurs aînées et grand bien leur en fasse mais ont-elles plus le choix qu'auparavant avec le double emploi souvent maison travail je ne suis pas sûr que leurs mères et grand-mères n'avaient pas une meilleure qualité de vie que la leur.

  • Jungle Jim - Inscrit 8 mars 2011 06 h 29

    je me souviens

    Bizrre parfois la vie. J'ai connu une fille soit disant libérée. Pas un seul jour elle n'oubliait de mentionner à son entourage combien elle était une femme libre et épanouie. Mariée, elle portait le nom de son mari, par exemple Johanne Tremblay au lieu de son nom de fille Audet. Elle signait ses chèques avec le nom Tremblay, tous ses papiers légaux portaient le nom Tremblay, jamais ne voyait-on son nom de fille. Puis, quinze ans après son mariage, elle et son conjoint décident de prendre un chemin différent. Femme libérée, elle eut droit à sa part de la maison, des finances et je trouve cela bien correct. On est plus en 1920 et elle a su tirer son épingle du jeu. Je la rencontre l'autre jour dans une assemblée publique alors qu'elle voulait donner son opinion sur un sujet d'actualité devant les élus de sa municipalité. Elle prend le micro et lorsqu'on lui demande de s'dentifier, elle répond: "je m'appelle Johanne Tremblay". La femme libérée, même libérée de son ex conjoint, continuait de porter le nom de son ex et franchement, j'ai trouvé cela plutôt d'une autre époque. Après l'assemblée, je lui demande pourquoi elle ne se nommait pas Audet, elle me répondit que cela était moins compliqué pour elle compte tenu du fait qu'il lui faudrait changer tous ses documents légaux. Autrement dit, les véritables femmes libérées, sont peut-être celles qui parlent peu, celles qui prennent leur place sans vouloir venger leurs ancêtres féminins plutôt soumises aux hommes de cette époque et qui savent véritablement se faire respecter dans leur vie de tous les jours. Je pense que les jeunes filles qui grandissent n'auront plus besoin de cette plaie publique nommée Conseil du statut de la femme, un mouvement revanchard qui n'apporte plus rien de bon aux femmes. Salutations quand même à Johanne Audet.

  • ysengrimus - Inscrit 8 mars 2011 06 h 44

    Le feminisme est en danger...

    Ceci dit, de nos jours. le féminisme est en danger

    http://www.jesuisfeministe.com/?p=2833

    et ces obtus de vieux straights avec leurs règles de comportement dépassées sont un ramassis d’amateurs inanes et inopérants face à ce vrai danger de fond, que de nombreuses femmes courageuses et impliquées dans leur milieu commencent de plus en plus à dénoncer.
    Paul Laurendeau