Gros plan sur la critique

La veille, je m'étais rendu à Longueuil afin de discuter du rôle de la critique auprès des élèves allumés de Nicolas Chalifour, au cégep Édouard-Montpetit, à la lumière du visionnement d'En terrains connus, de Stéphane Lafleur, qui les a joyeusement divisés. Le lendemain encore, j'allais expliquer la nature de mon travail à quatre sympathiques étudiants, gagnants d'un concours de critique dans leur cégep respectif, et chaperonnés pendant les RVCQ par Helen Faradji. Et encore, mercredi, j'ai passé trois heures magiques en compagnie des élèves de Dany Roberge, Marco Bédard et Daniel Dupré, du programme Arts et Lettres du cégep de Granby. À parler de vous savez quoi, et à répondre à des questions enthousiastes et intelligentes: amis critiques qui parfois en doutez, nous avons des lecteurs.

Au volant de ma Fit au retour de Granby, je me suis demandé: pourquoi autant d'intérêt pour notre métier? La réponse, qui m'est venue au passage du Dix-30, aurait tout aussi bien pu m'être soufflée à l'oreille par Bernard Émond: parce que nous approchons de la perte de sens. La frontière entre notre travail, visant à communiquer l'envie du cinéma, et la publicité, dont l'objectif consiste à attirer les spectateurs dans les salles, n'est pas aussi nette qu'elle l'a déjà été. Nous pouvons blâmer les médias de masse, qui trop souvent barbouillent leurs pages d'infopubs et confient la critique à des incompétents influençables. Mais blâmons aussi en partie le public, qui se laisse emporter par ces torrents d'infospectacles, tandis que son degré d'exigence vis-à-vis des critiques, et de l'information journalistique, fléchit. Les enseignants que j'ai rencontrés travaillent sur le terrain pour transmettre leur passion de la langue, du cinéma, et pour accroître le degré d'exigence de leurs élèves. La critique a besoin de garde-fous. Ils forment des surveillants. Ils ont toute ma reconnaissance.

***

Assisterons-nous dimanche soir à la consécration du film le plus surestimé de l'année, j'ai nommé The King's Speech? Ou verrons-nous au contraire le gros bon sens reprendre ses droits à la cérémonie des Oscar et destiner les statuettes les plus importantes (film, réalisation, scénario adapté) à The Social Network? Dans le même ordre d'idées, l'Académie américaine des arts et des sciences choisira-t-elle de payer sa dette envers le Mexicain Alejandro González Iñárritu (Amours chiennes, 21 grammes, Babel) en lui remettant l'Oscar du meilleur film en langue étrangère pour son inférieur Biutiful? Ou privilégiera-t-elle des films majeurs sur la violence et le pardon comme In a Better World, de Susanne Bier, et Incendies, de Denis Villeneuve?

La course aux Oscar m'a de tout temps fait souffler le chaud et le froid. Pour chaque récompense méritée, une autre l'est moins. Si le facteur qualité joue un rôle de premier plan dans la sélection des finalistes (une réalité déjà contestable), durant la dernière étape précédant la cérémonie, ce facteur est parasité par mille et un autres: la concurrence, la publicité, les dettes morales, les jeux de pouvoir, etc. Ma pensée est trop scientifique pour sanctionner l'exercice, ou lui passer ses caprices. Mais ma volonté d'y croire est plus forte encore. Si bien que, chaque année, je me reprends à espérer que le vrai l'emporte sur le faux, que la qualité l'emporte sur la popularité, bref, que Pascal ait fait le bon pari. Je serai dimanche soir collé devant ma télé, comme chaque année depuis celle où Chariots of Fire l'a emporté sur Raiders of the Lost Ark. Bonne chance, Denis.

***

Baz Luhrmann (Moulin Rouge, Australia) s'apprête à donner les premiers tours de manivelle à son adaptation du roman de F. Scott Fitzgerald Gatsby le magnifique, déjà porté au grand écran en 1974 par Jack Clayton, avec Robert Redford dans le rôle-titre. Cette nouvelle adaptation, qui nous reporte dans le Long Island des années folles, sera entièrement tournée... en Nouvelle-Galles-du-Sud, province australienne qui se maquillera pour l'occasion. Dix ans après Romeo + Juliet, du même Luhrmann, Leonardo Di Caprio renoue avec le réalisateur, qui lui a confié le rôle du Richard oisif retombant follement amoureux d'une ancienne flamme, Daisy, jouée par Carey Mulligan. Du coup, cette dernière essaiera de faire oublier que l'ex-Daisy Mia Farrow en avait pris plein la gueule à l'époque. L'agenda de production comporte 17 semaines de tournage, en 3D s'il vous plaît (et pour quoi faire?), et 30 de postproduction. Qui veut parier avec moi que le film ouvrira Cannes en 2012?

***

Étrange cas de figure qui vient d'être dévoilé cette semaine dans Screen International. La compagnie de production américaine Magnolia vient de vendre à UGC-France les droits de remake, en français, pour la France, de la comédie américaine Humpday, racontant la mésaventure de deux pas beaux hétéros se lançant le défi de tourner ensemble un film porno gai. Alors que les projets font habituellement le chemin contraire, Magnolia a décidé de vendre des licences de remake à différents pays intéressés. Et ça mord. À quand une version québécoise? Et, plus important encore, avec qui? Par esprit de vengeance, je suggère Guy A. Lepage et Rachid Badouri.

***

Note du 7 mars 2011
Veuillez noter que puisqu'une erreur de nom s'était glissée dans le texte précédent, une modification y a été apportée, après publication.

À voir en vidéo