Protection des milieux naturels - Le meilleur n'effacera jamais le pire

Les boisés de la grande région de Montréal rétrécissent d'année en année comme peau de chagrin. Leur sort ressemble à celui des milieux humides, que les entrepreneurs en construction et promoteurs immobiliers ne cessent de détruire avec la complicité d'une classe politique intéressée ou mal avisée.

Le bilan des forêts résiduelles, dressé l'an dernier par deux ministères québécois et la Fondation de la faune du Québec dans Lanaudière, est tout simplement alarmant. En 15 ans, soit de 1994 à 2008, selon ce document obtenu par Le Devoir, ce sont plus de 5000 hectares de boisés naturels qui ont été sacrifiés au profit de la construction résidentielle et de l'agriculture dans cinq des MRC de Lanaudière. Deux de ces MRC font d'ailleurs partie de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), où la disparité des politiques est inquiétante. Ce document démontre que le déclin des milieux forestiers ou humides est devenu dans la région métropolitaine une menace tangible pour sa biodiversité malgré les discours sur un pseudodéveloppement durable.

Heureusement, il y a des exceptions et, pour l'instant, elles se regroupent sur la Rive-Sud, principalement à Longueuil et à Boucherville, où des initiatives exceptionnelles de protection des milieux humides et du boisé du Tremblay ont été prises.

Mais parlons d'abord des bonnes nouvelles.

Mardi soir, le conseil municipal de Longueuil entérinait une résolution en vertu de laquelle cette importante municipalité de la Rive-Sud demandera au ministère des Richesses naturelles et de la Faune (MRNF) de créer un refuge faunique sur les terrains de la ville à l'intérieur du boisé du Tremblay. Ce boisé abrite une des plus importantes populations de rainettes faux-grillons du Québec, une espèce menacée.

Selon Tommy Montpetit, de la coalition Sauvons nos boisés et milieux humides, cette décision du conseil de Longueuil permettra de sauver «entre 80 et 85 % des habitats de la rainette». Tommy Montpetit, qui mène la bataille pour sauver cette espèce menacée depuis des années, n'en revient pas encore de voir se concrétiser le résultat de cette bataille citoyenne, qui a gagné les hautes sphères de la Ville et qui débouche aujourd'hui sur la création d'un véritable refuge faunique.

Il faut aussi rappeler que cette décision fait suite à une promesse électorale véritablement respectée par la mairesse, Mme Caroline Saint-Hilaire. Avec les portions protégées de ce boisé à Boucherville et les maigres concessions de La Prairie, la métapopulation de rainettes, soit l'ensemble des populations de la région, a des chances de se rétablir et de se maintenir, selon les évaluations du comité provincial de rétablissement de l'espèce.

Mais Lanaudière...

Par contre, dans Lanaudière, la valeur des forêts encore intactes est loin de faire l'objet d'une priorité. Le sort des forêts de cinq MRC de cette région indique en effet que dans quatre d'entre elles, le couvert forestier est passé sous la barre des 30 %, soit le seuil en deçà duquel la biodiversité d'une région est menacée, selon les lignes directrices d'Environnement Canada.

Dans les cinq MRC, qui couvrent ensemble 202 462 ha, en 15 ans, 5027 ha de milieux boisés ont été sacrifiés, soit 10 % des milieux naturels encore présents en 1994, date du début de l'étude réalisée par le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) et le MRNF. Globalement, les milieux boisés naturels ne couvrent plus que 24 % de la surface totale, soit sensiblement moins que le seuil de maintien de la biodiversité.

La MRC des Moulins (Terrebonne, Mascouche), la plus au sud des cinq MRC de Lanaudière, a subi en 15 ans des pertes totales qui représentent 37 % des pertes globales dans les cinq MRC. Dans son territoire, cette MRC a laissé sacrifier 18 % des milieux naturels présents en 1994. Globalement, le couvert naturel de cette MRC est passé, de 1994 à 2008, de 39 % à 32 %. Si la baisse de couvert naturel est très importante, un indice de l'agressivité des promoteurs, la MRC des Moulins est néanmoins la seule à maintenir encore un couvert naturel sur plus de 30 % de sa surface. À Mascouche, un important projet immobilier en plein territoire municipal pourrait alourdir prochainement ce mauvais bilan d'ici un an ou deux.

D'autre part, selon le même bilan ministériel, seulement 17 % de la surface de la MRC de L'Assomption demeure encore sous couvert boisé, 22 % dans la MRC de Montcalm, 26 % dans la MRC de Joliette et 24 % dans la MRC d'Autray.

Non seulement l'absence de politiques sur le maintien d'un couvert forestier minimal permet à ces régions périphériques de passer sous le seuil de conservation, mais on apprend que dans deux MRC, soit celle de Joliette dans la municipalité de Saint-Thomas, et celle d'Autray notamment à Lanoraie (238 ha), à Lavaltrie (190 ha) et à Sainte-Geneviève-de-Berthier (151 ha), le déboisement est intervenu à l'intérieur des tourbières de Lanoraie. Il s'agit d'un milieu humide protégé par la Loi sur la qualité de l'environnement. Or, jusqu'ici, selon nos sources, aucune poursuite n'a été intentée par le MDDEP contre les contrevenants...

Le MDDEP et la CMM pourraient neutraliser ces tendances lourdes par une politique qui définirait un seuil minimum de surface boisée à protéger, quitte à devoir tenir compte de certaines situations historiques. Il demeure inacceptable dans une région comme Montréal que les normes de protection des boisés et des milieux humides soient aussi différentes d'une ville à l'autre. Une politique devrait même obliger les MRC à regagner une partie du terrain perdu sur un horizon décennal.

Notre premier ministre Jean Charest semble pour l'instant préférer défendre des territoires vierges et à l'abri de menaces à court terme malgré son Plan Nord. Le vrai «chantier d'une génération» consisterait plutôt à renaturaliser ces milieux de vie qu'habitent la moitié des Québécois, soit la grande région de Montréal, ce qui améliorerait tangiblement leur qualité de vie. Si Jean Charest le faisait, il pourrait réellement prétendre que le Québec est un exemple pour la planète en matière d'environnement.

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Suggestion de lecture: L'Univers en rebond, avant le big-bang, par Martin Bojowald, éditions Albin Michel, «Bibliothèque Sciences», 349 pages. Qu'y avait-il avant le big-bang, avant le point zéro où le volume de l'univers était nul? Martin Bojowald explore une hypothèse fascinante: y avait-il auparavant un monde qui se serait effondré? L'univers serait-il un «big bounce», une sorte d'élastique qui s'allongerait dans le temps puis se contracterait dans un éternel recommencement?

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3 commentaires
  • Daniel Cyr - Abonné 25 février 2011 10 h 12

    Lanaudière n'est pas la pire, visitez la Montérégie!

    Si vous êtes consternés par le fait que "cinq MRC de cette région (Lanaudière) indique en effet que dans quatre d'entre elles, le couvert forestier est passé sous la barre des 30 %", je vous invite à revoir le rapport de Géomont sur la cartographie des pertes de superficies forestières de la Montérégie entre 2004 et 2009 [http://www.geomont.qc.ca/projets.htm]. On peut y lire que la Montérégie est déjà sous cette barre (27,5%), et que ce constat est heureusement dopé par la situation des MRC de Brome-Missisquoi, de la Haute-Yamaska et d'Acton avec respectivement 56,8, 53,3 et 43,7% de leur territoire sous couvert forestier. Heureusement, manière de dire, car 9 des 15 MRC de cette région ont des couvertures forestières sous les 20%, et 4 sont sous la barre du 12,5%. Si en dessous de 30% la biodiversité est menacée, que peut-on dire du maigre 9,6% de la MRC Beauharnois-Salaberry? Il faut aussi prendre acte du fait que la plus grande biodiversité du Québec se concentre en Montérégie, du moins devrait s'y concentrer (!) Le déboisement durable des forêts est donc bien enclenché!

    Les constats sont faits dans la région, on est au courant du problème, reste à voir s'il y aura une volonté politique pour "tabler" avec les priorités identifiées dans les Plans régionaux de développement intégré des ressources naturelles (PRDIRT) fraichement déposés.

  • Bernard Terreault - Abonné 25 février 2011 14 h 43

    L'Univers en rebond

    A propos du livre que vous citez à la fin de votre excellent article, je vous signale que la théorie de "l'Univers en rebond" est loin d'être la seule ni la mieux étoffée scientifiquement parmi les théories de l'origine de notre Univers. La plus crédible (mais encore là pas définitivement établie) est celle du "multivers" élaborée par Susskind, Vilenkin et collaborateurs. En gros, ils montrent qu'en toute probabilité il existe d'innombrables univers ayant chacun leurs propres lois physiques mais invisibles les uns aux autres (à cause entre autres de propagation non instantanée de la lumière). Le nôtre est seulement celui, ou un de ceux, où des galaxies, puis de étoiles, puis de planètes ont pu se former, puis durer assez longtemps pour que la vie telle que nous la connaissons s'y développe et aboutisse entre autres à des êtres conscients qui se posent des questions sur l'Univers, sur l'éthique, sur l'amour et sur le but de la vie!
    B Terreault, physicien`retraité

  • d.lauzon - Inscrite 7 mai 2011 22 h 56

    Les humains sont des prédateurs redoutables

    Le système économique basé sur l'emploi exige que de nouveaux projets se développent sans cesse. Une fois que des édifices, des routes ou toutes autres structures sont mis en place, la nature disparaît pour toujours. Il y a dix ans quand je suis arrivée dans ma petite ville, il y avait tout près de chez moi un grand boisé où j'allais avec mes enfants cueillir des baies et maintenant tout ça a fait place à de nouvelles maisons et nouvelles rues.

    La nature disparaît graduellement et à un rythme accéléré partout dans le monde: des millions d'hectares de forêts disparaissent chaque année, l'étalement urbain empiète sur les terres agricoles, des barrages engloutissent des forêts et des villages entiers, etc. etc.

    Malgré le fait qu'on entend de plus en plus parler de pollution et de catastrophes écologiques, on ne sent pas de la part des différents pays l'urgence d'agir pour changer le cours des choses. Les préoccupations économiques l'emportent sur la protection de l'environnement. D'ailleurs, on est à même de constater que l'environnement à été complètement ignoré lors de la dernière campagne électorale.

    Notre planète a atteint un niveau de détérioration critique et pourtant on continue d'enseigner aux jeunes dans les écoles à devenir de bons entrepreneurs et de bons consommateurs. Je côtoie beaucoup de jeunes et je constate qu'ils sont, en général, insensibles aux questions environnementales. Il me semble que leur principale préoccupation est de gagner le maximum d'argent pour ainsi se payer tous les gadgets sur le marché. Rien de très prometteur.