Médias - La télésérie, de droite ou conservatrice ?

La télésérie de droite existe elle aussi. L'interminable feuilleton 24 heures chrono en fournit la preuve chaque semaine à Télé-Québec. Dans ce concentré pur sucre de l'ère George Bush, les complots pervertissent l'État, et de méchants terroristes étrangers (souvent arabes) sévissent partout.

Et ici? Existe-t-il ne serait-ce qu'une seule série télévisée ouvertement de droite? Poursuivons la réflexion amorcée samedi dans Le Devoir autour de la production Malenfant qui entre en ondes cette semaine à Séries +. Le drame en quatre épisodes s'inspire de la vie de Raymond Malenfant, le «toffe de La Malbaie» qui a bâti et perdu un empire hôtelier tout en développant une haine franche et assumée pour les «capotés de la CSN». Il y a effectivement un peu d'adéquisme là-dedans.

Est-ce pour autant une télésérie typiquement de droite? Il faudrait évidemment d'abord s'entendre sur le terme. La droite libertarienne n'est pas celle du conservatisme fiscal ni celle des nationalistes identitaires. Pour faire court, Éric Duhaime n'est pas Richard Martineau qui n'est pas Mathieu Bock-Côté.

Heureusement, ces perspectives ne sont pas aux commandes de la fiction. Sinon, ça donnerait quoi, une fois distillé au pur jus? Un truc à la 3600 secondes d'extase mettant en scène des fonctionnaires socialistes et de ratoureux islamistes. Au secours!

Clivage difficile à manier

Le clivage gauche-droite semble assez difficile à manier pour positionner les vraies de vraies fictions télévisuelles comme bien d'autres productions culturelles. On y arrive plus facilement en changeant de notion, en se demandant plutôt s'il existe des oeuvres conservatrices, au sens philosophique, désignant cette fois ce qui veut durer, une noble tradition culturelle à perpétuer par exemple, une volonté de ne pas «progresser» à tout prix, surtout vers le pire ne serait-ce qu'en éducation ou dans les rapports aux autres.

La très belle série Minuit, le soir de Radio-Canada (2005-2007) pourrait un peu malgré elle refléter cette option critique, mais résignée, pour ainsi dire postrévolutionnaire. Elle met en scène des écorchés de la vie et expose les ratés de toutes les gran-des institutions sociales, y compris le syndicat, l'école et l'hôpital. Les échecs de la Révolution tranquille, les grands espoirs déçus d'une société plus juste, cultivée et démocratique y sont présentés sans rancoeur, sans croisade pour dénoncer un éventuel coupable, à gauche ou à droite.

La nouvelle série 19-2, du même tandem Podz à la réalisation et Claude Legault au jeu comme à la coécriture, reproduit le modèle du constat des dérives du «progrès» et des luttes sociales darwiniennes. La production trace le portrait panoramique d'une société difficile, dure, souvent cruelle, en l'émaillant de zones d'espoirs liées à des valeurs simples, venues de la sagesse héritée, l'amour de l'autre, le partage, la compassion.

La sollicitude comme seul remède à la solitude.

Au cinéma

En fait, pour trouver de plus grandes oeuvres médiatiques de cette eau (disons) lucide, il faut se tourner vers le cinéma, celui de Denys Arcand notamment. On fête cette année les vingt-cinq ans de son film Le Déclin de l'empire américain. Les Invasions barbares étaient encore plus dans le ton du bilan négatif des idéologies progressistes qui, selon cette vision, ont finalement tout bousillé, ou presque, la famille, le sexe ou la culture.

Le cinéma de Bernard Émond (La Neuvaine, Contre toute espérance...) défend aussi une lecture assez noire et pessimiste du monde. Ses personnages désespèrent de ne plus trouver de sens, même dans les réservoirs percés de la religion.

Ce cinéma ouvertement conservateur souhaite que certaines valeurs persistent. Tout simplement parce qu'elles en valent la peine, alors que tant de choses autrefois solides s'effritent, y compris sous les coups répétés des Malenfant d'aujourd'hui et de leurs antennes de la droite médiatique...

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