Perspectives - Détournement de vols

Un voyageur canadien sur cinq préférait emprunter les aéroports américains l'an dernier, malgré tous les irritants reliés à la sécurité. Ils seront un sur trois à emprunter le même chemin cette année, fuyant les taxes, surtaxes et autres frais aéroportuaires canadiens.

Selon un sondage mené par l'Association des hôtels du Canada, 21 % des touristes canadiens sur les destinations internationales se sont rendu en voiture jusqu'à un aéroport des États-Unis en 2010. Il s'agit d'une augmentation de trois points de pourcentage par rapport à l'année précédente. Il appert que ce pourcentage atteindra les 33 % cette année. «Cela signifie que le tiers des Canadiens pourraient échapper aux taxes aéroportuaires en 2011, ce qui ferait perdre des milliards de dollars aux hôteliers, aux aéroports et aux compagnies aériennes du pays. La hausse de cette tendance démontre que le gouvernement fédéral doit consentir à une diminution des frais aéroportuaires, du coût des trajets et de la surtaxe imposée par les compagnies aériennes», peut-on lire dans l'article de la Presse canadienne.

Le phénomène n'est pas sans refléter la montée du dollar canadien à la parité avec le dollar américain. Mais les nombreux incitatifs offerts par les aéroports américains près de la frontière et la taxation élevée au Canada servent de carburant au mouvement de glissement vers le sud.

Taxes, surtaxes, frais facturés par les «fournisseurs monopolistiques» que sont les aéroports et les services de navigation aérienne, loyers aéroportuaires versés au gouvernement... «Les voyageurs qui font une heure de route pour se rendre jusqu'à un aéroport américain réalisent des économies substantielles. Des Montréalais qui partiraient dans deux semaines pour un périple d'une semaine à Orlando, par exemple, paieraient le double pour un vol aller-retour en partance de l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau par rapport à un vol à partir de l'aéroport de Burlington, au Vermont voisin. Un aller-retour en milieu de semaine sur les ailes d'Air Canada coûte en effet 629 $ — dont 137 $ en frais, taxes et surtaxes. À partir de Burlington, le partenaire d'Air Canada dans Star Alliance, United Airways, offre les mêmes vols pour 308 $, ce qui comprend 42,80 $ en taxes et en frais», ajoute l'article.

Le grand patron du voyagiste Transat A.T., qui a fait de la taxation et des loyers abusifs une longue croisade, a déjà illustré que Transat paie 11 000 $ chaque fois qu'un de ses Airbus atterrit à Toronto, alors que l'atterrissage d'un même Airbus à Paris coûte 3500 $. L'image tient toujours, a martelé Jean-Marc Eustache récemment.

Selon Fred Lazar, professeur associé à l'Université de York, le poids des taxes et d'autres ponctions gouvernementales oscille entre 16 et 33 % du prix total du billet sur les routes domestiques chez Air Canada et entre 21 et 41 % dans le cas de WestJet.

S'ajoute le pouvoir d'attraction grandissant des aéroports se déployant à la frontière des grands aéroports canadiens. Selon une analyse du Globe and Mail, un Canadien sur six voyageant aux États-Unis boude les aéroports canadiens pour bénéficier des tarifs moins élevés offerts aux États-Unis. La tendance aurait doublé en dix ans. L'an dernier seulement, 2,3 millions de Canadiens se dirigeant aux États-Unis ont préféré emprunter un aéroport américain.

Le Globe donnait l'exemple d'une famille de trois personnes voulant visiter New York qui préfère faire près de quatre heures de route vers l'aéroport Buffalo Niagara plutôt que les 30 minutes qui séparent leur maison de celui de Pearson afin de profiter d'un vol aller sur JetBlue entre Buffalo et New York à 89,70 $US. Il s'agit d'une économie de 600 $ pour cette famille de trois personnes.

Montréal doit, pour sa part, conjuguer avec le pouvoir d'attraction de Burlington et de celui de l'aéroport international de Plattsburgh, situé à une heure de Montréal, à la frontière américaine, qui se positionne comme étant l'«aéroport américain de Montréal».

Air Canada doit également composer avec le poids des loyers et de la taxation, ce qui ne l'a toutefois pas empêché d'annoncer la semaine dernière un ajout de 450 000 sièges à ses capacités torontoises. Mais la composition des flottes finissant par se ressembler et les coûts d'exploitation, par se rejoindre, les choix des routes entre les partenaires de Star Alliance se font donc sur la base des coûts totaux, «et là, Air Canada peut être désavantagé», a-t-il averti.

En 2007, l'Institut C.D. Howe donnait raison aux transporteurs aériens canadiens. Ayant la neutralité du système fiscal dans la mire, l'organisme faisait notamment ressortir le poids des loyers des aéroports exigés des transporteurs, qui représente en moyenne 24 % des coûts des aéroports au Canada, alors qu'ils sont nuls au sud de la frontière. S'ajoutent les frais d'aménagement aéroportuaire, de 12,5 % au Canada contre 5 % aux États-Unis. Sans oublier les écarts notoires des taxes fédérale et provinciale sur le carburant, et l'impact d'une TPS, nulle aux États-Unis.

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