Revue de presse - Maximania

Les sujets de réflexion n'ont pas manqué cette semaine. Du périmètre de sécurité nord-américain aux règles du CRTC en matière d'information, tout y a passé, mais, malgré l'embarras du choix, impossible de ne pas tenir compte de la réaction aux propos de Maxime Bernier sur la loi 101 et ce qu'elle révèle sur la perception qu'on en a dans le reste du pays.

Naomi Lakritz, du Calgary Herald, était aux anges. Selon elle, la réaction au Québec et dans la classe politique prouve seulement que la vérité fait mal. La loi 101 n'a pas permis de sauver la langue française au Québec, mais plutôt poussé vers Toronto des gens, du capital et des entreprises, dit Lakritz. Alors qu'elle vivait à Montréal en 1977, elle dit avoir vu des immigrants établir des écoles anglophones clandestines pour leurs enfants «parce qu'ils savaient, comme Bernier, que maîtriser l'anglais était un atout important quand vous vivez sur une île linguistique entourée d'une mer de 350 millions d'anglophones». Elle se souvient de ses voisins francophones dont le mauvais anglais limitait les chances d'avancement et qui ne pouvaient envoyer leurs enfants à l'école anglaise pour éviter qu'ils vivent la même chose. «Et pendant ce temps, dans les écoles francophones, ils étaient trop occupés à bourrer le crâne des élèves avec des absurdités séparatistes pour donner à l'enseignement de l'anglais autre chose qu'un traitement expéditif», écrit-elle sans rire. L'avenir du français dans tout cela? Pas un mot. Pour Lakritz, «la loi 101 est depuis 34 ans une loi régressive, répressive, qui n'a pas de place en démocratie», et elle remercie Bernier de le dire.

L'Ottawa Citizen a pour sa part ouvert ses pages au très conservateur Gerry Nicholls, un ancien président de la National Citizens Coalition. Ce dernier croit, comme Bernier, qu'il n'est pas nécessaire «d'enfreindre les libertés individuelles pour protéger la langue et la culture». À écouter les autres politiciens, dit Nicholls, il semble toutefois «qu'il ne soit pas approprié de défendre ses principes et la liberté face aux bizarres règles linguistiques québécoises». Il tente donc de deviner pourquoi Stephen Harper laisse aller son député. Il est vrai que ses propos n'ont rien de radical pour la base conservatrice et que ses positions «sonnent beaucoup comme celles de Stephen Harper, du moins le Stephen Harper d'il y a dix ans». La première théorie de Nicholls est que «Harper donne de la marge de manoeuvre à Bernier parce qu'il est secrètement d'accord avec lui». Ses autres thèses sont que Harper le laisse faire parce que cela permet d'amadouer une base insatisfaite d'une gestion gouvernementale trop «libérale» ou simplement parce qu'il ne peut arrêter son député. Un rare député, au dire de Nicholls, qui a le «courage de se tenir debout pour ses convictions. [...] S'il y a une chose, c'est que le Canada a besoin de davantage de politiciens comme Bernier.»

Nuances

John Ivison, du National Post, ne se prononce pas directement sur les mérites de la position de Bernier, préférant s'intéresser aux raisons de sa grande marge de manoeuvre sous un chef à la poigne de fer. Faisant en partie écho aux hypothèses de Nicholls, Ivison fait remarquer que le premier ministre serait mal venu de punir le député «pour défendre des vues qui ont déjà été les siennes et le sont peut-être encore». Mais il a appris durant les élections de 2008, dit le chroniqueur, «qu'il fallait laisser tranquilles les paniers de crabes, garder fermées les boîtes de vers et ne pas toucher aux vaches sacrées, et il n'y a, bien sûr, aucun bovin plus sacré que la loi 101». Bernier a fait d'autres sorties qui faisaient fi du pragmatisme du pouvoir mais plaisaient à la base. L'homme est populaire, «mais tant qu'il ne sera pas perçu comme une menace, il semble que le premier ministre tolérera que M. Bernier se positionne, à certains égards, à droite de son gouvernement», pense Ivison.

Originaire du Québec, Tasha Kheiriddin, du National Post, estime que Bernier a raison de dénoncer la loi 101. «C'est une loi draconienne, discriminatoire, qui contrôle la langue que les gens parlent au travail et à l'école.» Elle évoque le départ de 100 000 anglophones, ce qui a affecté l'économie et «fait reculer le Québec financièrement alors que les sièges sociaux fuyaient». La loi, déplore-t-elle, a découragé des unilingues anglophones de s'établir dans la province, mais a aidé à la création d'une classe d'affaires francophone, «les francophones occupant les postes laissés vacants par le talent anglophone disparu». Elle convient que les francophones peuvent maintenant vivre, travailler et réussir en français. Malheureusement, dit-elle, la loi a donné naissance à une bureaucratie envahissante, accaparant beaucoup de ressources publiques et renforçant l'idée de la nécessité d'un État fort. «Et le Québec est devenu la province la plus socialiste au pays», endettée et dépendante des transferts fédéraux. Kheiriddin trouve toutefois un important avantage à la loi: les Québécois peuvent vivre en français dans une société fiscalement distincte sans avoir à se séparer du Canada, note-t-elle. «Alors, merci au Parti québécois pour la loi 101 qui, sans le vouloir, a aidé à garder notre grand pays uni.»

À voir en vidéo