Vulnérable, mais non à risque

On le sait, le ménage canadien est endetté. Cela indique qu'il est vulnérable à une hausse du loyer de l'argent, à une chute rapide des prix de l'immobilier et à un revers conjoncturel venant détériorer l'état de santé du marché du travail. Cela dit, le gros de l'inquiétude ne tient finalement qu'à une donnée. Quant à lui, le risque d'ensemble a peu varié depuis 1999.

Les Services économiques TD ont proposé cette semaine une évaluation de la vulnérabilité financière des ménages dans les différentes régions du Canada. On y observe que les ménages de la Colombie-Britannique, de l'Alberta, de l'Ontario et de la Saskatchewan sont les plus exposés aux risques d'une situation économique négative, telle qu'une baisse importante des prix des maisons, une interruption prolongée des revenus ou une augmentation majeure inattendue des taux d'emprunt. Les moins vulnérables habitent le Manitoba, tandis que les provinces de l'Atlantique et le Québec affichent une vulnérabilité modérée.

La TD met cependant en exergue la faible probabilité qu'un ou plusieurs de ces événements négatifs surviennent dans les prochaines années. Tout en soulignant que la vulnérabilité des ménages n'a cessé d'augmenter au cours des dernières années. «Jumelée à la hausse des taux d'intérêt qui se profile à l'horizon, cette tendance à la hausse de la vulnérabilité n'est pas près de s'arrêter.»

«Depuis 2007, l'augmentation de la vulnérabilité a été en grande partie confirmée par la tendance à la hausse de l'endettement des ménages par rapport à leur revenu, et ce, partout au pays. Cet état de fait est une indication de la vigueur des marchés de l'habitation et de l'emprunt lié aux biens immobiliers.» La TD retient que derrière la hausse de l'endettement se profile un renforcement de l'actif avec la présence au bilan d'une valeur immobilière en hausse. Sans oublier l'effet très sensible de la faiblesse du coût de l'emprunt, qui vient abaisser la part de revenu que les ménages consacrent au service de la dette. «Les faibles taux d'intérêt ont également aidé à maîtriser la proportion des ménages vulnérables ces dernières années. Ainsi, les ratios du service de la dette ont chuté et se maintiennent dans une fourchette raisonnable.»

«Plus récemment, cependant, il est devenu de plus en plus évident que de nombreux Canadiens se sont tournés vers le crédit pour financer leur consommation plutôt que pour investir dans leur propriété», a ajouté la TD.

Les Canadiens mettent donc davantage la plus-value de leur propriété à contribution pour financer leurs dépenses de consommation. Ce fut le cas aux États-Unis avant l'effondrement du marché, les Américains se servant de leur propriété tel un guichet automatique. Et leur exposition à une hausse imminente des taux d'intérêt est exacerbée par le recours accru à des marges de crédit hypothécaire, offertes à taux variables.

Tous ces bémols étant, les données de la TD font ressortir que le gros de l'inquiétude vient d'un ratio, celui du niveau d'endettement par rapport au revenu personnel disponible. Le fameux 148 %. Les statistiques de la TD arrêtent après neuf mois en 2010 et à ce moment, le taux moyen au Canada était de 127 %. Les plus élevés s'observaient dans l'Ouest (160 % en Colombie-Britannique, 143 % en Alberta), les moins élevés dans les provinces de l'Atlantique (97 %) et au Québec (99,5 %). Et sur un horizon de dix ans, la détérioration est réelle, sous le coup d'un prix moyen d'une résidence augmentant quatre fois plus rapidement que le revenu des ménages.

La TD présente cependant cinq autres indicateurs. Et dans son indice pondéré, l'institution n'accorde qu'un poids de 15 % à la relation entre la dette et le revenu disponible. Un autre 15 % est accolé au rapport entre le prix de la maison et le revenu. Les ratios mesurant le service de la dette, soit la capacité des ménages à s'acquitter de leurs obligations, reçoivent plus d'attention. À juste titre.

Que ce soit le ratio du service de la dette (paiements des intérêts et du capital en pourcentage du revenu), celui de la proportion des ménages ayant un ratio du service de la dette supérieur à 40 %, le rapport entre la dette et l'actif, ou encore le taux d'épargne personnel... Tout est conforme à ce qu'on a pu observer année après année depuis 1999. Donc, pour 70 % de l'indice pondéré de la TD, la situation actuelle des ménages n'est ni mieux ni pire, année après année, depuis 1999.

En résumé, la vulnérabilité vient d'une augmentation des prix immobiliers supérieure à la croissance des revenus, alors que la faiblesse des taux d'intérêt est venue alléger le poids du service de la dette dans le revenu des ménages. Si l'on retient le scénario d'une remontée des taux d'intérêt, graduelle mais inférieure à la croissance anticipée des revenus des ménages (de l'ordre de 3,5 à 4 % par année), il n'y a rien de dramatique en vue. Et l'accalmie prévue dans la hausse des prix de l'immobilier combinée au resserrement des normes d'accès à la propriété et de refinancement devraient faire le reste.