Un étalage indécent

Il arrive parfois qu'on évoque des «problèmes personnels» ou un burn-out quand un député met son parti dans le pétrin par une démission inopinée ou une déclaration embarrassante, mais on le fait généralement sous le sceau de la confidence, tout en espérant que la chose finira tout de même par s'ébruiter.

On n'avait cependant jamais vu un leader parlementaire rencontrer la presse pour raconter en détail les malheurs vécus par un de ses collègues, comme Stéphane Bédard l'a fait mardi. Divorce difficile, décès de sa mère, dépression nerveuse, suicide manqué... Cette tentative de diversion était franchement indécente.

M. Bédard a dit avoir obtenu du député de Groulx, René Gauvreau, l'autorisation d'étaler ses problèmes personnels sur la place publique. Au nom des intérêts supérieurs du parti, cela n'a pas dû être très difficile.

Après avoir été accusés de tous les péchés du monde depuis deux ans, il était bien évident que les libéraux chercheraient à tirer profit de l'arrestation et de l'inculpation pour vol de son attaché politique, Jean Paquette, mais les commentaires de Nathalie Normandeau n'avaient rien d'inconvenant dans les circonstances.

La preuve que la vice-première ministre peut manquer de jugement n'est plus à faire, mais ce n'était pas le cas cette fois-ci. À moins que quelqu'un au PQ ne l'en ait informé, ce qui n'était manifestement pas le cas, il n'y avait aucune raison qu'elle sache que la vie de M. Gauvreau était devenue un véritable enfer.

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Malgré toute la sympathie qu'on peut avoir pour l'homme, cette affaire ne peut pas être considérée comme «personnelle», comme l'a soutenu M. Bédard. Même en admettant que M. Gauvreau n'était pas en état de porter un jugement lucide sur les agissements de son adjoint, le président de l'association péquiste de Deux-Montagnes, Daniel Legault, affirme avoir également alerté les autorités du parti il y a plus d'un an et s'être fait répondre qu'avant d'agir, on attendrait de voir si l'affaire allait être publicisée ou non.

M. Legault dit avoir été tellement outré par le manque de transparence de son parti qu'il a décidé de démissionner de son poste. Peut-être nous expliquera-t-on qu'il avait aussi des «problèmes personnels»?

Soit, il n'y a aucune commune mesure entre les agissements d'un escroc qui agit en solitaire et la corruption généralisée dont l'opposition tient le gouvernement responsable, mais la réaction du PQ quant aux méfaits dont Jean Paquette est accusé soulevait certainement des questions.

Dans une déclaration faite à la police de Sainte-Thérèse la semaine dernière, le gestionnaire d'une coopérative qui battait de l'aile, Sylvain Bernier, certifie qu'il s'est rendu au bureau du député de Groulx en octobre 2009 afin de réclamer de l'aide.

À sa grande surprise, M. Paquette lui a plutôt proposé de l'aider à faire une «faillite payante». Un syndic lui coûterait plus de 10 000 $, lui a-t-il expliqué, alors que lui-même était en mesure de régler l'affaire «pour pas cher».

Selon M. Bernier, les collègues de M. Paquette ont entendu toutes leurs conversations. Si c'est le cas, il est assez inquiétant que personne n'ait regimbé. Pauline Marois assure avoir agi «dans les règles de l'art», mais il faut croire que quelqu'un a fermé les yeux. Ou les oreilles.

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En attendant le discours inaugural, qui ne viendra que dans deux semaines, le PQ s'était bien promis de reprendre la session parlementaire là où il l'avait laissée en décembre dernier. D'autant plus que le gouvernement ne semble pas trop savoir à quoi occuper les députés.

Cette triste histoire semble toutefois avoir eu pour effet de tempérer ses ardeurs purificatrices. Depuis des mois, la corruption dans l'industrie de la construction monopolisait presque toute la période de questions à l'Assemblée nationale. Hier, ce n'était plus qu'un sujet parmi d'autres.

Le traitement réservé aux personnes âgées dans les centres d'hébergement privés, qui avait été abordé en toute fin de séance mardi, était devenu la grande priorité. Il y avait aussi la grève des procureurs de la Couronne et l'avenir incertain de ce qui subsiste de la Bourse de Montréal, sans oublier les démêlés de Gilles Vigneault avec l'ancien président du Comité organisateur des Jeux de Vancouver.

Tout le monde savait que le gouvernement n'attendait que l'occasion de tourner le fer dans la plaie, mais il aurait été un peu gros d'escamoter complètement la question. C'est presque à regret que le député de Verchères, Stéphane Bergeron, a réclamé pour la énième fois la tenue d'une enquête publique. Il fallait bien que quelqu'un se sacrifie.

Bien entendu, le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, s'est empressé de reprendre à son compte les propos de Mme Marois, qui avait expliqué qu'avant de dénoncer M. Paquette à la police, il avait fallu prendre le temps de réunir la preuve. Elle n'a pas fini de se le faire répéter.

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mdavid@ledevoir.com

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18 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 10 février 2011 07 h 30

    Mais oui, il faut des preuves maintenant...

    Du temps de Marc Bellemare, il n'en fallait pas...

  • Nasboum - Abonné 10 février 2011 07 h 43

    Ce n'est pas la même chose

    Je suis d'accord que le PQ aurait dû être plus ouvert sur cette affaire Paquette mais on ne va tout de même pas mettre sur un pied d'égalité ces deux affaires: la corruption dans la construction est bien plus sournoise que les manigances de ce bandit de petits chemins.

  • Erwan Basque - Inscrit 10 février 2011 07 h 56

    Une virginité étalée.

    Bonjour,
    Avec nos amis du Parti Québécois qui veulent avoir ce privilège d'être les seuls depuis le 8 Décembre 2008 d'avoir ce droit acquis de brasser de la m....., comme affirmait la cheftaine Madame Pauline Marois le soir de l'élection en grimpant sur le strapontin en disant qu'on va être assez nombreux pour ce faire, nul doute que ce soudain pavé dans leur mare a fait mal, très mal. Et ce n'est pas pour rien que le tout a vainement été glissé sous le tapis. Monsieur Stéphane Bédard dans un geste théâtral a voulu beurrer épais afin d'en mettre plein la vue de la population et du gouvernement libéral en jouant à fond la caisse la victimisation à outrance de ce pauvre député péquiste dépassé par les évènements, en voulant de cette façon que tous passent l'éponge en jouant de cette démagogie perverse qui s'abaissa d'étaler au grand jour une vie privée et des problèmes personnels de quelqu'un. Mais tout le monde n'est pas dupe à ce point. En voulant ainsi susciter une compassion, une compréhension, en voulant continuer cette démonstration que nos péquistes peuvent continuer de se draper dans les oripeaux de la vertu car, ceux ci ont toujours été blanc comme neige en lavant plus blanc que blanc.
    En outre, ce spectacle n'est pas sans rappeler cette épisode d'Oxigène 9 où Monsieur Gilles Baril démissionna tout en pleurs en se jetant dans les bras de son mentor, Monsieur Bernard Landry.
    Finalement, en essayant de faire votre travail avec l'objectivité requise, vous mettez votre tête à prix pour certains. cher Monsieur David. Car dès le début des années 1960, qui ne se souvient pas de tous ces auto-collants garnissant tous les poteaux et lampadaires disponibles et ce, jusqu'au milieu des années 1990 qui affichaient en lettre de feu avec le sigle rouge du poison : Boycottons La Presse ! Boycottons La Gazette ! parce que ces quotidiens osaient afficher une opinion différente de celle que l'on voulait entendre. ( Suite )

  • Erwan Basque - Inscrit 10 février 2011 08 h 13

    Une virginité étalée ( Suite ).

    En conclusion, toutes ces tentatives des nationalistes québécois de museler l'information qui montrait un point de vue différent aux leurs font la démonstration évidente que : Hors de la pensée nationaliste, point de salut. En voulant museler une opinion diamétralement opposée aux dogmes nationaux ! Et pourtant, jamais de ma vie à cette époque, je n'ai vu une seule affiche de la partie adverse disant : Boycottons Le Devoir ! Boycottons le Journal de Montréal ! Car celui-ci à l'époque s'affichait carrément nationaliste et engageait même la plupart de ses chroniqueurs qui affichaient au grand jour leurs forts penchants pour la Cause Nationale et pourtant, nous les fédéralistes respections cette libérale liberté d'expression de tous. En voulant être le plus objectif possible et en voulant surtout faire la part des choses, qui sait, Monsieur David, si votre photo sera peut-être bientôt placardée sur tous les poteaux et lampadaires disponibles en étant cloué au pilori de la grogne nationale. Et depuis plus de 40 ans que je lis et me procure Le Devoir à chaque jour en voulant y puiser une information différente qui m'aide pour avoir de la perspective et je ne cesserai point ce geste..... Merci beaucoup, Erwan Basque.

  • France Marcotte - Inscrite 10 février 2011 08 h 37

    Nuance

    "Soit, il n'y a aucune commune mesure entre les agissements d'un escroc qui agit en solitaire et la corruption généralisée dont l'opposition tient le gouvernement responsable, mais la réaction du PQ quant aux méfaits dont Jean Paquette est accusé soulevait certainement des questions."

    "et la corruption généralisée dont l'opposition tient le gouvernement responsable"

    Vous n'y croyez toujours pas, n'est-ce-pas M.David?

    Il me semble qu'il aurait fallu lire: "et la corruption généralisée dont le gouvernement est tenu par plusieurs responsable"