Et puis euh - Le chiffre rond

Et puis, êtes-vous heureux de la victoire d'Équipe Lidstrom. Personnellement, je dois le reconnaître, je n'ai fait preuve d'aucune objectivité analytique en regardant la prestigieuse joute des Étoiles de la Ligue nationale de hockey dimanche à Caroline. Aussi loin que je puisse me souvenir, j'ai toujours été un fan d'Équipe Lidstrom. Surtout quand elle a connu sa période de gloire dans les années 1970. Équipe Lidstrom, c'est la tradition, une allégeance sans faille de tous ses membres, qui ont le Lidstrom tatoué sur le plexus solaire. (Ça, ça vient de Bob Morane. Bob Morane y allait toujours pour le plexus solaire après avoir passé le tranchant de sa main dans ses cheveux drus coupés en brosse. Il avait aussi les yeux gris acier et était nyctalope. Il l'est peut-être même encore.)

Donc, Équipe Lidstrom l'a emporté 11-10, ce qui tend à montrer que l'ère du carcan défensif est bel et bien chose du passé. C'est aussi bien comme ça puisque le monde aime les buts. N'oubliez jamais, messieurs dames, que si la défense gagne les championnats, l'attaque remplit les gradins et le prix des denrées au Centre Bell Téléphone vide les poches.

On avait d'ailleurs affaire à toute une séance dominicale d'ardeur à la tâche étant donné que, tout juste après la classique, on retrouvait le Pro Bowl, qu'il ne faut sous aucun prétexte confondre avec le circuit professionnel de grosses quilles. Le Pro Bowl est le match des Étoiles de la Ligue nationale de football, où l'essentiel consiste à ne pas se blesser, donc à éviter les contacts qui méritent de porter ce nom, donc à ne pas jouer au football. Cela donne un spectacle à décoller la tapisserie: c'était 42-0 pour la NFC avant même que ne survienne la mi-temps, et ça s'est terminé sur le score magique de 55-41. On s'apprêtait à en redemander lorsqu'on a constaté qu'avec tout ça, on manquait de maudits bons programmes à d'autres postes.

Et pendant toutes ces heures qui ne reviendront jamais alors que la vie est si courte, il était possible de faire oeuvre de connaissance (in)utile en lisant des extraits choisis de Scorecasting:

The Hidden Influences Behind How Sports Are Played and Games Are Won, de Tobias J. Moskowitz et L. Jon Wertheim. Le bouquin récemment publié fait un voyage proprement hallucinant dans l'univers des nombres et leur importance considérable dans le merveilleux monde du sport™.

À un moment donné, les auteurs se penchent sur le phénomène en vertu duquel une quantité déraisonnable de biens de consommation sont vendus à un prix se terminant par le chiffre 9: 1,99 $, 2,29 $, 24 999,99 $, etc. Plusieurs études montrent que bien que cette pratique n'ait guère de sens, les gens sont persuadés qu'ils paient vraiment moins cher que si le prix était exprimé en «chiffres ronds».

Le baseball prête particulièrement le flanc à cette drôle de manière de procéder. La saison de 20 victoires par un lanceur, la saison de 100 victoires par une équipe sont particulièrement prisées. Mais aucune statistique ne présente autant d'importance que celle d'un frappeur qui maintient une moyenne au bâton de ,300 par rapport à celui qui frappe pour ,299 (notamment parce qu'en arbitrage salarial, le premier obtiendra substantiellement plus que l'autre).

Or en voici une dont vous ne reviendrez pas de sitôt. Des chercheurs, par ailleurs fort occupés à faire avancer la science, ont étudié les sommaires des derniers matchs de chaque saison de 1975 à 2009. Ils ont regardé qui frappait pour ,299 — et donc avait besoin d'au moins un coup sûr pour passer à ,300 — et qui frappait pour ,300, et donc pouvait se contenter d'un but sur balles, qui ne constitue une apparition au bâton officielle.

Leur découverte: au dernier match de l'année, les frappeurs de ,299 s'élançaient sur tout. Proportion de buts sur balles des frappeurs de ,300: 14,5 %. Proportion des frappeurs de ,299: 5,8 %. Mieux encore: en 25 ans, lors de sa dernière présence à la plaque dans une saison, aucun frappeur de ,299 n'a soutiré un seul but sur balles.

Ainsi va la quête du chiffre rond.

Voilà sérieuse matière à réflexion, dans un contexte de complexification des enjeux et toutes ces choses. Enfin, on peut trouver que.

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