Machiavel est en ville

Machiavel est en ville, mais incognito bien sûr. Le brave homme n'a plus l'âge de se voir importuné par tous les curieux qui ne manqueraient pas de venir le consulter s'ils savaient qu'il est en ville. Il se fait très discret, car il sait que le secret de sa durée, c'est d'être aussi discret que possible. Il sait aussi que sa réputation n'a jamais cessé de grandir parce que justement, on ne l'attend jamais là où il est.

Donc, passage au Québec. Quelques jours tout au plus. En route vers Washington, où il a été appelé en renfort par les conseillers habituels du président Obama, juste à temps pour les guider dans la rédaction du fameux discours à la nation qui doit permettre à M. Obama de retrouver, après deux ans de misère, toute la gloire et la confiance de son peuple pour pousser un peu plus loin des réformes nécessaires mais douloureuses dont les Américains ont besoin.

Il avait l'intention de dire à M. Obama de laisser parler son coeur et de répéter le plus souvent possible qu'il était disposé à travailler avec les républicains, sans jamais renoncer à chercher un terrain d'entente sur tous les sujets qui pouvaient les diviser. Il aura pris soin d'expliquer à M. Obama qu'il ne sera aucunement tenu de tenir cette promesse dans l'avenir, mais qu'il doit jurer dur comme fer que c'est ainsi qu'il voit les relations avec l'opposition.

Au Québec

Au Québec, il a fait une petite visite de courtoisie au maire Labeaume pour essayer de le remettre sur les rails et lui permettre de poursuivre son rêve de grandeur malgré le mur qu'Ottawa a levé devant ses multiples projets. Il lui a suggéré de se tourner la langue sept fois dans la bouche avant de parler et depuis ce formidable conseil, le maire s'est retiré dans son bureau et a cessé de mettre de l'huile sur le feu en ouvrant la bouche sans arrêt sur tous les sujets à la fois.

M. Machiavel aurait souhaité rencontrer Jean Charest, mais le pauvre homme était tellement occupé que le rendez-vous n'a pas eu lieu. Machiavel aurait souhaité lui expliquer pourquoi c'était une grave erreur d'avoir oublié l'anniversaire du drapeau québécois et pourquoi un homme politique en fonction ne devait jamais annoncer «qu'il était ailleurs». Son rôle, c'est d'être là où il doit être, même si ça l'ennuie royalement. Être ailleurs, c'est annoncer qu'on a déjà décroché et que «la job» ne nous intéresse déjà plus.

Quand on lui a dit que Jean Charest partait pour Davos, M. Machiavel a souri et il a dit que hélas, à Davos, c'est lui qui n'aurait plus de temps pour Jean Charest car ses précieux conseils avaient trouvé preneurs parmi les plus grosses délégations, chinoise et indienne entre autres, qui sont des clients assidus depuis des siècles.

Pendant son séjour, il a donné son aval à la nomination de Diane Lemieux à la Commission de la construction du Québec. Après tout le tintamarre qui avait entouré la commission Bastarache, il a confirmé que ce serait une très mauvaise idée de demander une suggestion à Chantal Landry, du bureau du premier ministre, pour faire une nomination libérale à ce poste. On a mis de côté l'usage du post-it habituel pour nommer Mme Lemieux. Pourvu qu'on n'en fasse pas «la femme de ménage» de la construction, elle devrait pouvoir livrer la marchandise, et Machiavel lui a recommandé d'appuyer la demande de la population en faveur d'une commission d'enquête sur la construction et le crime organisé.

Les gaz de schiste

La visite de Machiavel était liée d'abord et avant tout aux problèmes que rencontrait l'Association pétrolière et gazière du Québec. Devant le réel bourbier qu'était devenu leur projet de développement des gaz de schiste, c'est un véritable appel au secours qu'ils ont lancé à Machiavel, espérant trouver auprès de l'auguste conseiller la solution à l'opposition citoyenne qui continuait à prendre de l'ampleur au Québec.

La ministre Normandeau avait sombré dans le ridicule, peu de temps avant, en appelant les vaches à son secours et elle avait fini par vanter sa propre humilité devant toute la question des gaz de schiste avant de partir en vacances.

Machiavel a examiné le problème sous tous ses angles. Après mûre réflexion, il a conclu qu'il fallait un véritable sauveur pour espérer faire comprendre au bon peuple que personne ne lui voulait du mal et que l'Association pétrolière et gazière du Québec, comme partout ailleurs, ne voulait que SON BIEN, dont elle avait d'ailleurs déjà commencé à s'emparer en creusant sur des terrains privés en oubliant de demander la permission.

Il fallait un homme de confiance. Un Superman, un Zorro, un Robin des bois, rien de moins. Pour tout dire, un Bouchard. Pas celui des accommodements raisonnables, mais celui des gaz raisonnables. Ces gaz qui endorment sans faire mal. Laissez-vous aller, vous ne sentirez rien... promesse de Machiavel.

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