La chasse réussit bien à la faune

La récolte totale d'ours noirs se maintient, car les Québécois ont occupé le terrain laissé vacant par les non-résidants. Ainsi, la récolte est passée entre 2007 et l'automne dernier de 4729 à 4441, puis à 5046 et à 4825 ours noirs, un indice de la stabilité, si l'on peut dire, de ce cheptel.
Photo: Agence Reuters La récolte totale d'ours noirs se maintient, car les Québécois ont occupé le terrain laissé vacant par les non-résidants. Ainsi, la récolte est passée entre 2007 et l'automne dernier de 4729 à 4441, puis à 5046 et à 4825 ours noirs, un indice de la stabilité, si l'on peut dire, de ce cheptel.

La chasse et la grande faune se portent fort bien au Québec, comme en font foi les bilans par espèces, dévoilés par le ministère des Richesses naturelles et de la Faune.

Et, il faut le souligner, la relève de chasseurs se porte aussi bien, car pour une troisième année consécutive, Sécurité nature, le volet éducation de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs (FQCP), a initié plus de 16 000 nouveaux chasseurs au cours d'armes à feu, ce qui porte à autour de 25 000 le nombre de nouveaux chasseurs si on ajoute les candidats à l'arc et à l'arbalète.

L'augmentation de cette relève est notable, car de 2004 à 2006, le nombre de nouveaux initiés s'est maintenu autour de 14 000, alors qu'il stationnait autour de 10 000 de 2001 à 2003. Mais la meilleure nouvelle dans ce domaine, c'est la diminution du nombre de nouveaux chasseurs à l'arc, qui a atteint 8500 en 2010. C'est 20 % de moins que l'an dernier et Québec prévoit une nouvelle baisse en 2011, ce qui indiquerait qu'on a fait le plein d'adeptes de cette arme, devenue l'arme privilégiée pour le pillage de la grande faune sur les terres privées au Québec en raison de son silence et de sa facilité d'opération. Il faut stigmatiser par une honte inaltérable les apprentis sorciers qui, au gouvernement comme à la fédération des chasseurs et pêcheurs, ont outillé autant de braconniers contre l'avis de tous les biologistes gouvernementaux.

Mais revenons à nos grands gibiers, dont les populations semblent en bonne santé, comme tous les gibiers chassés en Amérique du Nord, lesquels ont pratiquement tous retrouvé le niveau des populations précoloniales grâce à leur gestion par la chasse et les outils de la science contemporaine.

Le cerf

La récolte des cerfs se stabilise présentement autour de 50 000 têtes, après des récoltes très semblables en 2010 (50 564 cerfs) et en 2009 (50 765 cerfs). Mais ces chiffres représentent néanmoins un recul notable par rapport à la récolte de 2007, qui atteignait 74 939 cerfs de Virginie, soit en gros une réduction de 33 %.

Deux facteurs pourraient expliquer cette situation. D'abord la température hivernale très rigoureuse des hivers 2008 et 2009. L'importance du couvert neigeux en 2008 a décimé le cheptel dans des proportions qui, selon les biologistes, ont pu atteindre 30 %, voire 40 % de certains cheptels locaux.

L'automne dernier, il s'est donc abattu 14 449 biches adultes, 28 848 mâles et 7267 faons. La diminution constante depuis trois ans n'est pas la conséquence uniquement de la température, mais aussi du plan de gestion de l'espèce, qui vise explicitement à réduire les populations dans certaines régions comme l'Estrie où près du tiers des accidents routiers seraient causés par les «chevreuils» et en raison des impacts d'une trop forte population sur le couvert forestier. Québec parvient à réduire les trop fortes populations dans cette région en octroyant d'inquiétants privilèges sous forme de permis spéciaux à un peu tout le monde.

La partie la plus contestable de ce plan est sans contredit l'octroi aux propriétaires de permis d'abattage de femelles qu'ils peuvent utiliser pour eux et dans certains cas, qu'ils peuvent revendre. Cela a même incité des chasseurs de cette région à détruire ces fameux permis rattachés au titre de propriété, une privatisation d'ailleurs inacceptable de la faune, pourtant définie par la loi comme une ressource publique. Il serait intéressant de voir s'il serait possible d'enrayer cette imprimante à permis que les propriétaires terriens revendent comme un produit commercial alors que toute l'économie de notre gestion de la faune consiste à interdire le commerce des gibiers.

Par contre, la récolte de cerfs de cette année présente certaines caractéristiques intéressantes. Ainsi, la récolte des mâles est en hausse, passant de 24 142 en 2009 à 28 848 l'automne dernier, une augmentation de 20 %. En Outaouais, ainsi que de la Beauce à la Gaspésie, l'augmentation atteint même 40 %. Selon les biologistes gouvernementaux, ces améliorations «découlent d'un hiver particulièrement clément en 2010 et témoignent d'une récupération des populations à la suite des hivers très rigoureux en 2008 et 2009». Par contre, la récolte de cerfs sans bois a diminué à plusieurs endroits parce que Québec voulait protéger un plus grand nombre de génitrices afin de stimuler la croissance du cheptel dans certaines régions.

Autre phénomène à souligner: l'augmentation importante de la récolte à l'arbalète, qui est passée en quatre ans de 3335 cerfs à 7627, tandis que la récolte à l'arc chutait de 5792 à 1404 têtes. On voit ici clairement que les efforts de la fédération, qui tire de nouveaux et importants revenus des cours donnés à cette clientèle, ainsi que ceux du gouvernement qui s'est couvert les fesses en légalisant après coup les fausses déclarations d'inaptitude tolérées pendant des années, achèvent de tuer la pratique de la chasse à l'arc dans la province, la plus éthique de toutes.

L'orignal et ours

Voilà par contre une récolte qui se maintient, sauf du côté des archers, dont la récolte est véritablement transférée, ici aussi, aux arbalétriers. 2010 était une année où on ne chassait que les mâles, comme 2008. Il s'est récolté 20 886 originaux, ce qui se compare aux 18 778 bêtes abattues en 2008.

Du côté de notre Martin national, on note une baisse sensible de la récolte par les non-résidants. Elle est passée successivement depuis 2007 de 1962 ours noirs, à 1671, puis à 1512 et, l'automne dernier, à 1386 bêtes. La crise économique et le redressement de notre dollar auraient rendu le Québec moins attrayant pour les chasseurs étasuniens. Par contre, la récolte totale d'ours noirs se maintient, car les Québécois ont occupé le terrain laissé vacant par les non-résidants. Ainsi, la récolte est passée entre 2007 et l'automne dernier de 4729 à 4441, puis à 5046 et à 4825 ours noirs, un indice de la stabilité, si l'on peut dire, de ce cheptel.

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Suggestion de lecture: L'Orignal, par Michel Breton, Denis Harvey et Robert Joyal, publié à compte d'auteurs, 331 pages. Voilà le livre que tout chasseur d'orignal, même expérimenté, aura intérêt et beaucoup de plaisir à lire. C'est probablement la meilleure somme d'informations rigoureuses amassées sur ce sujet par un guide professionnel, un spécialiste en médecine vétérinaire des ruminants et un biologiste qui a étudié pendant des décennies nos plus grands cervidés. Agrémentées de quelques bonnes histoires, ce livre est avant tout une synthèse des connaissances scientifiques qu'on a ici étonnamment bien vulgarisées. Un incontournable, même pour ceux qui se pensent bien informés sur ce grand gibier.
 
6 commentaires
  • Daniel Pontbriand - Inscrit 21 janvier 2011 10 h 48

    La chasse

    À lire le chasseur-journaliste on croirait que les animaux aiment bien se faire abattre ?
    Tout un un passe-tepms : s'amuser à tuer les animaux dans la nature !

  • Maurice Monette - Inscrit 22 janvier 2011 10 h 16

    Plutôt que de voir ça comme un simple passe-temps, il faut la considérer comme...

    ...un moyen de sublimer un instinct naturel "imprimé" dans les gènes de l'espèce humaine.

    En effet, pendant de longues périodes de l'histoire humaine, la chasse a toujours servie à permettre à cette espèce omnivore de se prémunir de réserves alimentaires pour pallier à des manques de ressources pendant les saisons froides qui suspendent la croissance végétale jusqu'au printemps. Donc, chasser pour se nourrir est une habitude qui remonte à loin...

    Mais, de nos jours, cette activité cynégétique n'est plus une question de s'assurer de ressources pour survivre mais plutôt, d'avoir une activité par laquelle certains(es) membres (pas tout le monde qui pratique cette activité mais, une bonne partie) peuvent "évacuer" leur agressivité. Ainsi, moultes mauvaises situations dans les milieux stressants de la vie urbaine trouve une voie échappatoire. Les tâches hyper-informatisées ou, les emplois qui demandent continuellement de performer de plus en Plus pour gagner sa pitance, ça cause un degré de frustration (stress) peu souvent atteint précédemment. D'où, plusieurs(es) ont besoin d'une soupape pour laisser évacuer la "pression".

    Donc, de telles activités sont salvatrices pour le fonctionnement de notre société humaine saine, permettant de sublimer des frustrations que certains(es) peuvent ressentir plus que d'autres. Savoir bien gérer cette activité salvatrice en fonction des conditions climatiques, environnementales, saisonnières et qui relèvent d'un bilan annuel, çà, c'est la Tâche de Biologistes formés(es) pour assurer le maintien de celles-ci, années après années, comme les chiffres dont vous faites mention le démontrent.

    Maurice Monette
    Biologiste #939

  • Yvon Bureau - Abonné 24 janvier 2011 10 h 03

    Tristesse et colère : le loisir de tuer ou de faire souffrir

    Tristesse : ex-chasseur ( j’en ai encore honte), je trouve le fonds de cet article d’une tristesse inouïe. Le loisir d’aller tuer ces bêtes. Que c’est BÊTE !

    Colère : quand je vois à la télé ces émissions où l’on voit des chasseurs en esprit de loisir et loin de leur cœur se préparer et abattre ces belles bêtes, quand je vois ces pêcheurs «loisirés» attraper avec plaisir des poissons pour nourrir leur égo, prendre photos ou films, et le replacer à l’eau, je ressens une colère; parfois je ne peux m’empêcher de leur souhaiter une hameçon dans une lèvre…, juste pour vivre l’expérience douloureuse, pour savoir ce qu’ils font.

    Faut leur pardonner, car ils ne savent pas ce qu’ils font ! Mais quand ils pêchent ainsi, ils pèchent quand même !

  • Chryst - Inscrit 24 janvier 2011 22 h 28

    But la chasse à l’ours ?

    Surtout que la viande de ce gibier peut être dangereuse pour la santé humaine voire même la vie.

    Michel Thibault ing. f. m. sc.

  • Guy Rochefort - Inscrit 26 janvier 2011 12 h 06

    Le pire est à venir!

    Surabondance de cerfs de Virginie dans la Vallée du Saint-Laurent et les Cantons de l'Est? Laissez donc Charest et Normandeau s'en occuper: lorsque l'industrie des gaz de schiste aura pollué toutes les sources et cours d'eau de ces régions, vous aller voir que ça va baisser. Les chevreuils (et le reste) vont crever d'empoisonnement lent par les liquides de fracturation!