Pluie d'oiseaux: pas de quoi fouetter un chat!

On a fait grand cas des quelques milliers d’oiseaux «tombés» du ciel aux États-Unis et en Suède au cours des derniers jours, mais on oublie que les chats tuent chaque année des dizaines de millions d’oiseaux, que des dizaines d’autres se tuent en se fracassant le bec dans les vitres des grands édifices. Pénurie de nouvelles oblige en cette période de l’année, les médias répercutent en ouverture de bulletin ou en une du journal un fait banal qui, somme toute, n’aurait même pas droit à un entrefilet en d’autres temps de l’année. <br />
Photo: Agence Reuters Christian Charisius On a fait grand cas des quelques milliers d’oiseaux «tombés» du ciel aux États-Unis et en Suède au cours des derniers jours, mais on oublie que les chats tuent chaque année des dizaines de millions d’oiseaux, que des dizaines d’autres se tuent en se fracassant le bec dans les vitres des grands édifices. Pénurie de nouvelles oblige en cette période de l’année, les médias répercutent en ouverture de bulletin ou en une du journal un fait banal qui, somme toute, n’aurait même pas droit à un entrefilet en d’autres temps de l’année.

On connaissait les pluies noires... de suie près des centrales thermiques ou des aciéries. Maintenant, on aurait des pluies d'oiseaux noirs! C'est du moins l'impression qu'on a à regarder les nouvelles à la télé depuis quelques jours.

À Beebe, en Arkansas, des milliers d'oiseaux, principalement des carouges à épaulettes et des étourneaux sansonnets, jonchaient les rues la veille du jour de l'An. On en aurait dénombré près de 5000!

Quelques jours plus tard, nouvelle pluie d'oiseaux, mais cette fois sur une portion d'autoroute en Louisiane, où on retrouvait environ 500 oiseaux morts. Et avant-hier, mercredi, entre 50 et 100 choucas des tours, un oiseau assez semblable à notre corneille, étaient retrouvés dans les rues de Falköping, à une centaine de kilomètres de la principale ville industrielle de Suède, Göteberg.

Le phénomène est intéressant à étudier du point de vue de l'environnement, mais peut-être faut-il le regarder aussi du point de vue des médias, car les médias ont immédiatement lié les trois épisodes. Et parmi les nombreuses dépêches consacrées au phénomène, il en était même une qui rapportait que le même jour de la pluie d'oiseaux noirs à Beebe, on retrouvait environ 80 000 poissons sans vie sur les berges de la rivière Arkansas, à 160 km de là. On imagine que si un embâcle avait bloqué et asphyxié des milliers de poulamons dans la rivière Sainte-Anne, le même jour, l'incident aurait peut-être été ajouté à la liste...

Personne n'a pu expliquer jusqu'ici ces morts hypermédiatisées, qui sont sans conséquence pour des espèces aussi nombreuses que les carouges et les étourneaux sansonnets, des oiseaux dont le surnombre fait problème aux agriculteurs dont ils pillent les récoltes d'un bout à l'autre de l'Amérique.

À Falköping, des vétérinaires ont été envoyés sur place pour enquêter sur les causes de l'incident. En Louisiane, selon une responsable du Service de la pêche et de la faune citée par l'AFP, on n'avait pas encore pu déterminer les causes de ces morts survenues dans la petite municipalité de Pointe Coupée. Cependant, des oiseaux morts ont été envoyés à un laboratoire afin que des analyses plus poussées permettent d'élucider le phénomène. En Arkansas, les vétérinaires ont trouvé des signes de traumatisme internes dans les tissus de la poitrine des oiseaux, des caillots de sang et des hémorragies. Cependant, les principaux organes semblaient intacts et les oiseaux n'affichaient aucun symptôme de maladie.

Parmi les hypothèses évoquées, une est particulièrement intéressante, car elle s'appliquerait à deux des trois cas. En effet, à Beebe en Arkansas tout comme à Falköping, des feux d'artifice nocturnes ont été tirés juste avant les morts massives. Ces feux soulignaient aux États-Unis le Nouvel An et en Suède, la Saint-Sylvestre. Les détonations puissantes auraient effarouché les oiseaux, qui se seraient heurtés aux maisons, aux fils et aux arbres parce qu'ils n'ont pas cette vision nocturne qui permet à d'autres prédateurs comme les hiboux de chasser la nuit.

En Louisiane, par contre, on évoquait la possibilité que les oiseaux aient été aspirés en haute altitude par de puissants vents ou qu'ils aient été frappés par des billes de grêle, ou aux prises avec des conditions météorologiques extrêmes dans la haute atmosphère. D'autres ont avancé l'hypothèse qu'ils aient pu bêtement être détrempés par un orage, ce qui a handicapé leur vol après leur avoir fait subir un choc physiologique au contact du froid en altitude.

Mais deux aspects de ce dossier méritent tout autant d'être soulignés, soit les liens souvent abusifs que font les médias en rapprochant des faits survenus à peu près au même moment, comme cette hécatombe de poissons survenue le même jour en Arkansas, et l'importance qu'ils ont accordée à un incident ayant connu plusieurs précédents ailleurs dans le monde. Mais quand ça arrive dans une période de vide médiatique comme le temps des Fêtes, c'est du bonbon pour les médias... Il en résulte une amplification des phénomènes et même une distorsion de la réalité à cause de la puissance des images. Hier, un serveur me demandait au restaurant si c'était le signe qu'on entrait dans une ère de catastrophes environnementales sans précédent...

Personne, sauf un excellent reportage à Radio-Canada, n'a souligné que les chats domestiques tuent chaque année dans l'indifférence médiatique la plus totale des dizaines de millions d'oiseaux en Amérique du Nord, tout comme il s'en tue autant dans les vitres des grands édifices ainsi que sur les lignes à haute tension notamment. Mais comme les caméras ne sont pas là pour filmer ces drames quotidiens qui ont le malheur d'être dispersés, le phénomène est banalisé, pour ne pas dire occulté par les gestionnaires de la faune, faute de pression médiatique.

Il y a là une distorsion de la réalité à cause de choix médiatiques et une perte de véritables repères, soit les proportions réelles qui existent entre ces différents phénomènes. C'est ce qui m'incite souvent à penser que le danger d'une certaine information croît avec l'usage... du téléviseur.

Je n'oublierai jamais cette journée du 4 octobre 1984, jour où toute l'Amérique télévisuelle montrait la «catastrophe environnementale» de ces 14 000 caribous emportés par un torrent dans la rivière Caniapiscau, dans le Nord-du-Québec. En réalité, la nature offrait à ce troupeau déjà en surnombre une bouffée d'oxygène. En effet, la croissance sans frein du troupeau de la rivière George, faute d'être chassé suffisamment, a provoqué son déclin actuel pour cause de surnombre. Pire, à l'époque, les médias en étaient restés à l'explication primaire d'un accident naturel alors qu'en réalité, c'était un effet de la gestion de la rivière par Hydro-Québec.

En détournant les eaux de la tête de la Caniapiscau vers les turbines de la Baie James, les caribous avaient tiré avantage de la réduction du débit pour traverser la rivière en amont d'une chute. Mais lorsqu'Hydro-Québec eut décidé de ramener soudainement le débit à son niveau initial parce que le réservoir d'amont était trop plein, les vieilles femelles, qui guident le troupeau, ont décidé de passer au même endroit, sans se douter que le courant plus puissant les précipiterait tous dans la chute. Ce risque était disparu de la mémoire collective du troupeau!
 
7 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 7 janvier 2011 07 h 09

    Hyper-vigilance

    Le vide médiatique peut expliquer bien des choses mais je suis étonnée que M.Francoeur ne voit pas comme une nouveauté et un signe plutôt révélateur cette hyper-vigilance d'un peu tout le monde quant aux phénomènes qui sortent de l'ordinaire dans notre environnement et que l'on peut observer, simplement. Ne peut-on conclure aussi que l'on vit désormais dans l'expectative; on est dans l'inquiétude d'une catastrophe imminente, que ce soit fondé ou exagéré. L'inquiétude, même parfois naïve de la population, n'est pas nécessairement méprisable, monsieur Francoeur.

  • SusanK - Inscrit 7 janvier 2011 10 h 13

    CONSEILS: Frappe aux vitres et les chats

    Vous avez mentionné un grand nombre d'oiseaux qui frappent les vitres. C'est vrai. Dans les centres de réhabilitation, quelque 45% des oiseaux en difficulté ont été victimes de frappe aux fenêtres et un autre 45% ont subi les attaques de chat.

    Pour arrêter les frappes d'oiseaux sur une VITRE particulière, vous n'avez qu'à fixer deux ou trois petites plumes sur la vitre extérieure de la fenêtre avec un petit papier collant. Les oiseaux les voient et les plumes sont un signe de danger pour eux.

    Si votre chat est un chat d'extérieur, mettez-y autour du cou un collier avec pierres miroitantes. À chaque mouvement du chat, les oiseaux voient la lumière qui y réfléchit et ils s'envolent. Les grelots ou clochettes autour du cou sont à jeter à la poubelle et n'ont aucune utilité réelle.

    Quant au triste sort des milliers d'oiseaux décédés, je crois que les feux d'artifice sont les grands responsables.

  • Monsieur Pogo - Inscrit 7 janvier 2011 10 h 32

    La rubrique Chasse

    Concernant la mortalité des oiseaux telle que le rapporte monsieur Francoeur, il n’y a aucune corrélation logique entre la somme des décès qui sont autant de cas d’espèce, d’avec la mort soudaine dans un même lieu et au même moment d’une somme considérable de volatiles.

    C’est comme si l’on banalisait les morts du bombardement de Dresde, sous prétexte que la circulation automobile est responsable d’un plus grand nombre de victime…

    De fait, monsieur Francoeur est plutôt un chasseur qu’un environnementaliste. Ainsi, au lieu de la chronique environnementale, c’est donc la rubrique Chasse

  • Kaomax - Inscrit 7 janvier 2011 11 h 55

    Cessons les comparaisons banales

    Que les chats se nourissent d'oiseaux, c'est bien commun et normal. Mais que les oiseaux tombent du ciel à plusieurs endroits de la planète c'est autre chose.

    Les américains eux semblaient affirmer timidement la raison des feux d'artifice du nouvel an pour expliquer ce phénomène anormal. En Suède je ne sais trop, mais au Québec ce sera le rôle d'un chasseur de venir s'expliquer ... et quoi encore ... ?

    Voudrait-on prendre les gens pour des abrutis ?

    Quelles sont les vrais réponses ? Est-ce la pollution des villes qui devient aussi dévastatrice ? Est-ce des puits de gaz de schistes qui fuient ? Est-ce des essais de nouveaux types d'armes chimiques ? ... ???

    Ou sont les experts en environnements, les experts indépendants qui ne sont pas à la donne des grands secrets militaires ou autres. La population souhaite une seule et unique chose, c'est d'avoir l'heure juste.

  • camelot - Inscrit 7 janvier 2011 12 h 35

    Erreur

    Il faut d'abord essayer de comprendre ces chutes d'oiseaux morts sur la planète. Plusieurs ont soulevé l'hypothèse des rayons-radar. Il y a aussi les satellites qui balaient la terre. Il faudra donc examiner le cerveau de ces bêtes puisque qu'ils ne sont pas porteurs de virus.